Un syndicat s’oppose à une application de gestion sanitaire en entreprise

Cet article a été initialement publié sur le site du syndicat de salariés CFE-CGC.

La crise sanitaire a placé sur le devant de la scène les applications de traçage. Les débuts ratés de l’application StopCovid, pour laquelle nous émettions dès le 15 avril les plus grandes réserves, n’empêche pas les traqueurs de nouveaux business d’exploiter le filon. 

C’est ainsi que l’application Copass de l’entreprise Onepoint propose aux entreprises une gestion sanitaire de leur déconfinement via un outil numérique. Cet outil, sous la forme d’une plateforme numérique, évalue l’environnement sanitaire du salarié via un questionnaire médical en ligne, auquel ce dernier doit répondre régulièrement. En fonction des réponses formulées, l’application génère un QR code qui associe le salarié à une couleur sensée indiquer sonniveau de vulnérabilité au virus : rouge, orange, vert… Cette couleur détermine ensuite sa marche à suivre au regard de son employeur : travail sur site, télétravail ou absence. 

L’envie des employeurs de suivre au plus près la santé de leurs salariés peut s’entendre. Mais pour la CFE-CGC, un tel dispositif interroge le principe de proportionnalité de ce traçage de données personnelles sensibles au regard de la finalité poursuivie, proportionnalité garantie par le code du travail et par le RGPD. Car, à la grande différence de l’application Stopcovid, une application d’entreprise telle que Copass pourrait justifier le traitement de données sans le consentement de l’utilisateur, en invoquant juste l’obligation légale des employeurs à garantir la santé de leurs salariés. Cette démarche pourrait donc être obligatoire et s’imposer aux salariés ! On imagine déjà la tentation de certains employeurs à vouloir coupler le résultat du QR code généré avec le badge du salarié pour interdire l’accès aux salariés les plus à risque ou autre pratique RH comme le profilage ! 

Face au caractère très intrusif de ce type de dispositif et en l’absence de réponses étayées de la part de l’éditeur du logiciel quant aux résultats de l’étude d’impact, pourtant obligatoire en cas de risque élevé pour les droits et libertés des salariés, la CFE-CGC a interpellé la CNIL. 

Face aux risques qu’une telle application peut engendrer, la CFE-CGC rappelle que l’émotionnel ne peut justifier toute restriction des droits et libertés individuelles des salariés. Nous disons STOP, tant que les garanties imposées par la loi ne sont pas respectées ! 

Toute « introduction de nouvelles technologies » doit faire l’objet d’une consultation spécifique (article L 2312-8 alinéa 4). Les représentants du personnel doivent également pouvoir s’assurer de la bonne utilisation et de la sécurisation des données, ainsi que du bon respect des traitements, comme nous le mentionnons dans la Charte Ethique et Numérique RH, dans sa version relue et corrigée par la CNIL. 

Ces bonnes pratiques contribuent à la construction d’un dialogue de confiance, prérequis indispensable lorsqu’il s’agit de traitement de données, encore plus en matière de santé ! 

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmark Close
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #4 : zoom sur le médico-social non lucratif

Lancer la vidéo

Piratage d'Almerys : Nathalie Goulet interroge Stéphanie Rist

Lancer la vidéo

PSC au sein des GIP : David Amiel répond à Nadège Havet

Lancer la vidéo

Nicolas Desormiere (MH) : la garantie aidants, nouvelle corde de la prévoyance CCN

You May Also Like

L’aide et accompagnement à domicile s’accorde sur l’entretien des parcours professionnels

Les partenaires sociaux de la CCN de l’aide, de l’accompagnement, des soins et des services à domicile (IDCC 2941) ont conclu un avenant n°78/2026 sur l'entretien des parcours professionnels. Daté du 12 mai 2026, il a pour objet d'intégrer dans le texte conventionnel les nouvelles dispositions légales relatives à l'entretien professionneln notamment la loi du 24...

La FNIM touchée par une cyberattaque

Une nouvelle cyberattaque revendiquée dans l'après-midi du 2 septembre 2026 a fait vaciller pour quelques heures le site internet de la Fédération nationale indépendante des mutuelles (FNIM). 🔴 Cyberattaque contre la FNIM : le site de la Fédération Nationale Indépendante des Mutuelles ainsi que l’ensemble de ses sous-domaines ont été piratés et défacés. ...

Nouvel accord salarial dans la CCN des agences générales d’assurances

Un nouvel accord relatif aux salaires a été conclu dans la convention collective nationale du personnel des agences générales d’assurances du 2 juin 2003 (IDCC 2335). Il s’agit de l’avenant n°7 du 27 mai 2026 qui a été signé par l’organisation d’employeurs Fédération nationale des syndicats d’agents généraux d’assurances (agéa) ; ainsi que par les...

Nouvelle révision des salaires dans la convention collective de la banque

Un avenant relatif aux salaires a été conclu dans la convention collective nationale de la banque du 10 janvier 2000 (IDCC 2120). Il a été signé le 26 juin 2026 par l’organisation d’employeurs Association Française des Banques ; ainsi que par les syndicats de salariés Fédération CFDT Banques et Assurances, Fédération Nationale CGT des syndicats du Personnel de la...

Les institutions de retraite complémentaire se penchent sur les salariés expérimentés

Un accord relatif à la prise en compte de la situation particulière des salaries expérimentés a été conclu dans la CCN des institutions de retraite complémentaire et prévoyance IDCC 1794.  Le texte daté du 1er juillet 2026 porte sur la volonté des partenaires sociaux à se pencher sur les salariés expérimentés, compte tenu des enjeux économiques et sociaux liés...