Hausses tarifaires en santé : le ministre de la santé espère encore faire porter le chapeau aux seuls assureurs

Dans une intervention sur France 3 assez largement relayée dans la presse nationale (grâce à une dépêche AFP), le ministre de la santé Aurélien Rousseau anticipe la campagne de dénigrement des organismes complémentaires d’assurance maladie (Ocam) qui se tiendra à la rentrée 2024 si les cotisations progressent trop de son point de vue. Son objectif est clair, faire en sorte que les français pensent que les hausses tarifaires sont du seul fait des complémentaires santé qui se gaveraient sur le dos des assurés à l’insu d’un Etat impuissant.

Alors que le contenu du PLFSS 2024 devrait être adopté définitivement aujourd’hui (avec le rejet de la mention de censure déposée par l’opposition de gauche en réaction au 20e recours d’Elisabeth Borne à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution), le ministre de la santé prévient que les augmentations tarifaires, dépassant les 8%, déjà annoncées par certains Ocam ne sont pas acceptables. Selon lui, seules des hausses plafonnées entre 4 et 5% seraient supportables pour les français et il compte bien se faire entendre : au diable les déséquilibres donc ! A en croire le ministre, les Ocam n’ont qu’à faire comme l’Etat en s’endettant davantage afin de financer un système déficitaire : pas certain que cette logique ne survive aux règles de solvabilité qu’Aurélien Rousseau fait mine de mettre sous le tapis.

Il est indéniable que les assurés seront nombreux à grogner en découvrant leurs nouvelles cotisations santé. Cependant, le ministre feint d’ignorer que les augmentations prévues sont en bonne partie dues à sa propre politique.

La ritournelle éventée du ministre de la santé

Les Ocam ont maintenant l’habitude de cette mise en cause annuelle par le ministre de la santé en place. Cette année, sa saveur est peut-être plus désagréable encore que les fois précédentes. En effet, le ministre ne peut pas oublier qu’il a transféré quelques 500 M€ de charges sur les complémentaires santé en augmentant notamment le ticket modérateur de 30 à 40% en dentaire. Il ne peut pas non plus écarter l’alerte émise par les représentants de la profession en juin dernier sur les conséquences de cette mesure. Et pourtant, Aurélien Rousseau prétend que les Ocam ne peuvent pas faire perdre du pouvoir d’achat aux français et réclame une discussion avec leurs représentants. On imagine déjà de nouvelles pressions amicales visant à optimiser les frais de gestion.

Mais le ministre sait très bien que les dépenses de santé en hausse, en partie à cause du 100% santé, alliée au transfert de charges oblige les complémentaire santé à opérer rééquilibrage immédiat pour anticiper leur activité future. Sa ritournelle annuelle paraît donc encore plus dissonante qu’à l’accoutumée. Ceci est d’autant plus vrai que les dirigeants de certains organismes de complémentaire santé n’ont pas attendu ce positionnement d’Aurélien Rousseau pour intervenir dans les médias afin de rappeler le rôle et le fonctionnement des Ocam. On pense notamment à cette interview donnée par le directeur général d’AG2R La Mondiale, Brunon Angles au journal Les Echos, ou bien à cette tribune du directeur général de La Mutuelle Générale, Christophe Harrigan, dans ledit journal.

La fin d’année et la rentrée 2024 s’annoncent donc très tendus pour les complémentaires santé.

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