Ayant décidé de jouer le sort de son gouvernement le 8 septembre prochain sur un vote de confiance à l’Assemblée Nationale, dont l’enjeu central devrait porter sur le redressement des finances publiques – vote qui ne s’annonce pas vraiment sous les meilleurs auspices – le Premier ministre François Bayrou se mobilise de toutes parts, y compris du côté des partenaires sociaux, afin de convaincre du bien-fondé de sa démarche.

Si, cette semaine, François Bayrou a multiplié les appels du pied en direction des partenaires sociaux, ces derniers se sont montrés peu réceptifs à ses initiatives.
Les partenaires sociaux mis à l’honneur
La semaine qui s’achève a fourni au Premier ministre deux occasions de choix de rencontrer les responsables des deux confédérations syndicales au cœur du paritarisme français : la CFDT, côté salarial, et le MEDEF, côté patronal – les uns et les autres s’étant réunis pour leur université d’été. Aux premiers, le Premier ministre a, notamment, réaffirmé que les modalités de la suppression de deux jours fériés étaient entièrement négociables, a promis de réévaluer les contrôles des aides publiques aux entreprises et il a annoncé qu’il souhaitait confier pleinement aux partenaires sociaux les rênes “des principaux piliers du système de protection sociale”. Auprès des seconds, il a insisté lourdement sur la nécessité de réduire l’endettement public de la France, ciblant les générations des “boomers”, aujourd’hui à la retraite et qui refuseraient de concéder des sacrifices au service de l’intérêt général.
Cette semaine, autrement dit, François Bayrou a fait le tour des popotes paritaires afin de dire à chacun ce qu’il avait envie d’entendre et d’escompter, en retour, des soutiens de la “société civile” à sa démarche qu’il pourrait essayer, dans un second temps, de faire valoir, à toutes fins utiles, auprès de la chambre des députés.
Une CFDT guère convaincue
Hélas pour le Premier ministre, force est de constater que la première de ses deux opérations séduction n’a pas vraiment eu l’effet escompté. Les responsables de la CFDT ont d’abord profité de sa venue à leur université d’été pour lui rappeler leur opposition totale avec les objectifs formulés par l’exécutif pour une nouvelle réforme – de dégradation – de l’assurance chômage. En outre, François Bayrou s’est confronté au refus cédétiste catégorique d’entendre parler d’une remise en cause de deux jours fériés. “Supprimer ces journées, c’est envoyer un message clair : “vous travaillerez plus, mais sans droits nouveaux, sans reconnaissance, sans partage et surtout, sans rémunération supplémentaire”. C’est pourquoi la CFDT ne sera pas autour de la table pour valider la suppression des jours fériés, quelles qu’en soient les modalités” a en effet déclaré Marylise Léon, la secrétaire générale de l’organisation.
Du point de vue de cette dernière, ainsi que de nombreux militants de la CFDT, l’heure est bien plutôt à l’organisation d’une mobilisation intersyndicale contre les orientations budgétaires du gouvernement – prévue pour avoir lieu le 18 septembre – qu’à la participation à des négociations d’ajustement de ces orientations. Ainsi le Premier ministre a-t-il fait chou blanc du côté de la principale confédération salariale, pourtant modérée.
Un MEDEF au soutien ambigu
Dans la foulée de cet échec, le Premier ministre a pu rebondir devant les responsables du MEDEF, a priori plus acquis à sa cause. De fait, il a pu compter sur le soutien de Patrick Martin, le président de l’organisation, qui a notamment insisté sur le fait que la démarche de Matignon permet “un début de prise de conscience collective […] sur la rudesse de la compétition mondiale, ou encore sur l’état si critique de nos finances publiques”. “Le Premier ministre s’y emploie avec gravité et il a raison !” a insisté Patrick Martin. Il a par ailleurs dénoncé l’attitude des opposants à l’exécutif, coupables selon lui de penser à leurs intérêts partisans et politiques et non à l’intérêt de la France : “Ceux qui, par calcul politique, jouent la politique du pire, devront assumer leurs responsabilités”.
Ce soutien appuyé s’est néanmoins accompagné de certaines conditions bien précises. On relèvera notamment que, pour le président du MEDEF, un retour de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) est hors de question et qu’afin de défendre la compétitivité de l’économie, il s’agit au contraire de procéder à de nouvelles baisses de la fiscalité sur les entreprises. A ce titre, Patrick Martin s’est d’ailleurs officiellement opposé à une suppression de jours fériés qui se traduiraient non pas par des hausses des salaires mais par de nouvelles ponctions fiscales. Enfin, il a appelé à ce que les Français travaillent davantage, par des réformes des retraites ou de l’assurance chômage. Les marges de manœuvre financières et politiques du Premier ministre étant ce qu’elles sont, c’est-à-dire fort limitées, il n’est pas tout à fait évident qu’il dispose des moyens d’un soutien plein et entier du patronat français.
Des partenaires sociaux éreintés par le macronisme
Surtout, en l’état, et quand bien même il mettrait de côté ses conditions à un tel soutien, on voit mal ce que le patronat français peut bien apporter comme soutien concret au Premier ministre. On l’a dit : la CFDT, principal interlocuteur du MEDEF en matière sociale, n’est preneuse d’aucune des négociations proposées par le Premier ministre. On voit mal, il est vrai, ce qu’elle aurait à y gagner. Ceci constitue d’ailleurs, bien plus généralement, le principal problème de la méthode de sollicitation des partenaires sociaux mise en œuvre par le camp macroniste : mobilisés uniquement sur des objectifs très précisément imposés à l’avance, les partenaires sociaux répondent, tendanciellement, de moins en moins présents. Ereintés par le régime macronien, ils ne peuvent plus lui fournir la béquille dont il paraît pourtant avoir le plus grand besoin.