Réforme de l’assurance chômage : les hauts cadres mis à contribution ?

Alors que le Premier ministre Edouard Philippe doit recevoir les partenaires sociaux entre la fin du mois d’août et le début du mois de septembre afin d’échanger, entre autres, au sujet de la réforme de l’assurance chômage, un parlementaire proche d’Emmanuel Macron a proposé de s’attaquer à l’indemnisation des hauts cadres. Vivement dénoncée par la CFE-CGC, la proposition n’est pas anecdotique. 

Les chômeurs à plus de 5000 euros en cause

Pour Aurélien Taché, député « République en Marche » du Val d’Oise, la réforme à venir de l’assurance chômage aurait tout intérêt à comporter une mesure destinée spécifiquement à l’indemnisation des hauts cadres. Dans une interview au Parisien, le parlementaire réputé proche du Président de la République juge opportun de remettre en cause les règles aux chômeurs percevant une allocation chômage se situant entre 5000 et 6000 euros par mois – pour rappel, un peu plus de 1000 allocataires ont perçu l’allocation chômage maximale en 2017, fixée à 6200 euros. M. Taché a proposé d’instaurer « une dégressivité à partir de six mois » ou de « forfaitiser le revenu » de référence des allocataires, servant au calcul des indemnités. Il a justifié ainsi son propos : « la justice sociale, ce n’est pas de couvrir pendant deux ans des gens qui ont de très hauts revenus et pourraient retrouver un emploi ».  

La CFE-CGC très critique

Prenant connaissance de cette nouvelle idée de réforme macronienne, François Hommeril, le président de la CFE-CGC, s’est montré très critique. Il l’a qualifiée de « forfaiture », dénonçant le fait que cette mesure concernerait en premier lieu « les cadres de plus de 60 ans », dont les perspectives d’emploi sont très limitées d’après lui. M. Hommeril a en outre rappelé que les cadres ne sont pas précisément des profiteurs de l’assurance chômage, dont ils sont bien plus fréquemment des contributeurs que des allocataires – l’APEC estime que 4 % des cadres sont au chômage, un chiffre de fait bien moins important que dans le cas de la population active en général. Autrement dit, pour la CFE-CGC, le gouvernement a trouvé une proie facile à dénoncer auprès de l’opinion publique. Afin de faire passer la pilule des efforts qui risquent d’être de nouveau demandés aux salariés ?  

Une proposition anecdotique ?

Il est vrai que, concernant à peine quelques milliers d’allocataires, et ne contribuant qu’en trompe-l’oeil au déficit de l’assurance chômage – dans la mesure où le haut encadrement et l’encadrement sont effectivement contributeurs nets de ce régime – cette proposition a toutes les apparences, a priori, d’une annonce d’affichage visant à démontrer qu’Emmanuel Macron sait aussi s’en prendre aux « riches ». Une tout autre interprétation peut en réalité être faite du principe défendu par M. Taché. En dégradant sensiblement les conditions d’indemnisation des hauts cadres par l’Unédic, le gouvernement pourrait contraindre cette catégorie de salariés à se tourner vers d’autres systèmes d’assurance chômage. Ceci constituerait alors une première étape d’un processus de remise en cause de l’unicité et de la légitimité, c’est-à-dire de détricotage, de l’assurance chômage. 

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