Les députés limitent la liberté d’installation des médecins

La proposition de loi visant à lutter contre les déserts médicaux vient de réintégrer une mesure extrêmement contraignante pour tous les médecins libéraux : la fin de leur liberté totale d’installation. Cette ligne rouge dénoncée par les représentants de médecins et prévue par le texte initial avait été supprimée en commission des affaires sociales dans un premier temps. Elle vient d’être rétablie en séance publique, soulevant immédiatement une vague d’opposition dans les rangs des médecins visés.

La proposition de loi présentée comme étant d’initiative transpartisane est portée par le député socialiste Guillaume Garot. Bien que transpartisane, de nombreuses voix discordantes se sont fait entendre pendant les débats. D’un côté, les défenseurs des amendements n° 55 et n° 67, rétablissant l’article 1er de la proposition de loi qui fixe des limites à la liberté d’installation des médecins. De l’autre, les opposants à la mesure qui relaient la voix des professionnels de santé concernés, farouchement hostiles à cette mesure qui ne résoudra pas la problématique des déserts médicaux selon eux.

Comment les médecins sont limités dans leur liberté d’installation

L’article 1 rétabli par les députés en séance publique crée un principe d’autorisation préalable à toute installation des médecins de ville. Ceux-ci doivent demander l’autorisation à l’Agence régionale de santé (ARS) du conseil départemental de l’ordre dont ils relèvent avant de s’installer en cabinet. L’ARS a 30 jours pour rendre son avis.

Et cela ne s’arrête pas là. La proposition de loi distingue deux cas. Si le médecin veut s’installer en désert médical, son autorisation est délivrée de droit. Inversement, si le médecin veut s’installer en zone déjà suffisamment dotée en professionnels de santé, l’autorisation ne sera pas facilement donnée. Il est alors nécessaire qu’un médecin de la même spécialité et exerçant dans la même zone cesse son activité dans le même temps.

Dans tous les autres cas, l’autorisation d’installation des médecins sera refusée.

Cette mesure est dénoncée par de nombreux députés qui mettent en lumière les effets néfastes qui en découleront. On peut notamment citer le fait que des étudiants se détourneront des spécialités les plus en tensions (et donc les plus contraignantes à l’installation) pour se tourner vers des spécialités dans lesquels ils auront une totale liberté. Par ailleurs la loi pourrait conduire à accélérer les départs à la retraite de médecins qui cèderons leur cabinet et leur patientèle à de jeunes médecins qui s’installeront en zone suffisamment dotée en professionnels de santé.

Les opposants à cette coercition à l’installation des médecins prônent plutôt une incitation à s’installer dans les déserts médicaux. Mais ces arguments n’ont pas suffi à éviter l’adoption des amendements rétablissant l’article 1er de la proposition de loi, contre l’avis du gouvernement.

La réaction immédiate des professionnels en vue d’un (long ?) bras de fer

Il n’aura pas fallu attendre très longtemps pour que les premières réactions se fassent connaître. Ainsi l’association Médecins pour demain (MPD) dénonce « un passage en force incompréhensible » d’une mesure jugée « inefficace, injuste et dangereuse pour l’avenir de notre système de santé ». Le combat est cependant loin d’être terminé. Effectivement les débats reprendront les 6 et 7 mai en séance publique à l’Assemblée nationale. Puis le texte sera transmis au Sénat où les arguments avancés par les représentants des médecins pourraient davantage faire mouche auprès des sénatrices et sénateurs.

De longs mois de tractations semblent donc attendre les représentants des professionnels de santé visés et les parlementaires. Toutefois n’oublions pas que pour que le processus législatif aille à son terme, une certaine stabilité de l’Assemblée nationale est nécessaire. Or, rien ne permet encore de savoir si nous échapperons à une nouvelle dissolution à l’été 2025. Mais cela n’empêchera probablement pas de nouvelles passes d’armes entre partisans et opposants à la fin de la liberté d’installation des médecins.

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmarkClose
0 Shares:
2 comments
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

Gel des tarifs santé en 2026 : Stéphanie Rist répond à Charles de Courson

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #4 : zoom sur les dernières grandes actus CCN santé/prévoyance

Lancer la vidéo

PLFSS 2026 : rejet du socle solidaire et responsable par Thibault Bazin

Lancer la vidéo

PSC au sein des GIP : David Amiel répond à Nadège Havet

You May Also Like

2 exonérations de ticket modérateur vont disparaître

Un décret tout juste publié au Journal officiel prévoit la fin de l'exonération du ticket modérateur (TM) sur deux prestations précises. Premièrement, les patients en affection de longue durée (ALD) vont devoir assumer de payer le ticket modérateur sur les médicaments à service médical rendu faible. Ceux-ci ne sont remboursés qu'à 15% BRSS par la sécurité sociale, le TM de 85% BRSS sera donc généralement remboursé par la complémentaire santé. ...

Avis d’extension d’un avenant dans la conchyliculture et les cultures marines

La ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature envisage d’étendre, par avis publié le 17 avril 2026, les dispositions de l'avenant n° 50 du 13 janvier 2026 relatif à la grille des salaires, conclu dans le cadre de la convention collective nationale de la conchyliculture et des cultures marines du 19 octobre 2000 (...

Avis d’extension d’un avenant prévoyance à un accord dans la conchyliculture et les cultures marines

La ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature envisage d’étendre, par avis publié le 17 avril 2026, les dispositions de l'avenant n° 49 du 13 janvier 2026 à l'accord du 22 septembre 2003 relatif au régime de prévoyance, conclu dans le cadre de la convention collective nationale de la conchyliculture et des cultures marines du 19 octobre 2000 (...

Arrêté d’extension d’un avenant chez le personnel navigant d’exécution des transports maritimes

Le ministre du travail et des solidarités et la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, ont étendu, par arrêté du 16 mars 2026, publié le 17 avril 2026, les dispositions de l'avenant n° 4 relatif aux salaires minima, conclu dans la convention collective nationale des personnels navigants officiers des entreprises de transport et services maritimes du 19 novembre...

Avis d’extension d’un accord départemental (Loire) chez les OETAM du bâtiment 

Le ministre du travail et des solidarités envisage d’étendre, par avis publié le 17 avril 2026, les dispositions de l'accord départemental (Loire) du 15 janvier 2026 relatif aux idemnités de petits déplacements pour 2026, conclu dans le cadre des conventions collectives nationales des ouvriers employés par les entreprises du bâtiment visées et non visées par le décret du 1er mars 1962 (c’est-à-dire entreprises occupant jusqu’à dix et...