Grèves de la SNCF et de la fonction publique: y a-t-il un risque de thatchérisation du régime?

Avec les grèves qui s’annoncent, y a-t-il vraiment un risque de thatchérisation du régime? Certains l’affirment, le craignent ou le souhaitent, notamment à l’annonce d’un conflit sournois à la SNCF. On peut toutefois s’interroger sur la détermination de chacune des parties…

La journée du 22 mars s’annonce relativement agitée, avec un mouvement de grève suivi à 50% dans l’Éducation Nationale francilienne et substantiellement ailleurs. Du côté de la SNCF, le Parisien a révélé un étrange mail où la CGT appelle à des manoeuvres de désorganisation au-delà du simple fait de grève.  

Du coup, se posent plusieurs questions sur une possible escalade dans l’opposition au gouvernement. 

Quel risque de convergence des mouvements?

Premier point: il existe une possibilité que les mouvements de fonctionnaires et de cheminots se rejoignent. Le choix du 22 mars fait par les cheminots pour défiler en dit long sur la difficulté de cette stratégie. Les fonctionnaires ne leur ont pas tendu la main. Les cheminots se sont imposés dans ce mouvement. Ils ont en réalité bien compris que le gouvernement passerait en force et qu’ils n’étaient pas de taille, seuls, à résister. 

De ce point de vue, l’hypothèse d’un grand mouvement social ne paraît pas mûre. Elle n’est pas impossible, mais elle n’est pas pour aujourd’hui… 

Les fonctionnaires mènent en effet un combat très différent de celui des cheminots, et le gouvernement a bien pris garde à ne pas rompre les fils avec ses agents publics. Ceux-ci savent qu’ils auraient beaucoup à perdre dans une radicalisation. Elle pourrait en effet être le prétexte à des mesures plus désagréables… 

Quel risque de radicalisation du mouvement à la SNCF?

Les phrases prêtées à la CGT de la SNCF sont sans appel: 

« Aujourd’hui, hormis une poignée d’agents, nous sommes incapables de tenir au-delà de 15 jours de grève, et nous savons que face à un gouvernement déterminé comme celui que nous avons actuellement, il nous faudra tenir bien plus longtemps » 

 

Le syndicat ne cache donc pas sa faiblesse et le manque de détermination des cheminots. C’est un point qui distingue fortement le mouvement qui s’annonce et celui des mineurs en Angleterre, sous Thatcher. Le gouvernement Philippe a face à lui des salariés peu vaillants et qui, d’une certaine façon, lui laissent la main libre pour agir.  

Le seul risque que le gouvernement court est celui d’un recours qui pourrait tenter la « poignée d’agents » de la SNCF à des méthodes radicales pour paralyser le trafic. Compte tenu du noyautage progressif de la CGT par des tendances trotskystes (sur lesquels Philippe Martinez pourrait s’être appuyé, si l’on en croit les commentaires internes), cette possibilité semble la plus forte.  

Reste à savoir quelle sera la nature de la réaction gouvernementale en cas de blocage en dehors des règles.  

Le gouvernement a-t-il intérêt à une radicalisation du mouvement?

Toute la question est désormais de savoir si Emmanuel Macron n’a pas intérêt à voir les syndicats contestataires de la SNCF franchir la ligne rouge, par exemple en paralysant le trafic par des voies détournées. Alors que le mouvement des cheminots est globalement impopulaire, une faute politique de ce genre pourrait donner un bon prétexte à Emmanuel Macron pour thatchériser sa politique.  

Légitimé dans une attitude radicale, il disposerait alors d’une sorte de validation plébiscitaire pour aller bien plus loin que le projet somme toute modeste de réforme de la SNCF qu’il a mis en avant. Pour l’opinion publique, ce cas de figure constituerait un vrai test sur la capacité du pays à se réformer.  

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