Clause Molière : quand la CGT et la CFDT servent la soupe au Front National

Depuis quelques jours, la clause Molière fait beaucoup parler d’elle. Introduite dans les marchés publics, cette clause impose aux entreprises candidates l’usage de la langue française dans le cadre de l’exécution des marchés. Mondialisation oblige, la clause fait débat : il serait désormais inconvenant de parler français… en France ! Quels sont les avis des syndicats sur la question ? 

La CFE-CGC et la CFTC mesurées

Interrogée au sujet de la clause Molière, la CFE-CGC assure qu’elle n’en a « pas débattu ». Cette absence de prise de position provient notamment du fait que la centrale des cadres considère que le problème de la langue « ne concerne pas vraiment [son public] directement ». Les cadres et ingénieurs employés en France sont massivement Français et parlent donc le français – soit dit en passant : la dégradation rapide du niveau de langue des élèves et étudiants pourrait bien remettre en cause, à terme, ce lien entre nationalité française et maîtrise de la langue française… En revanche, reconnaissant que l’encadrement peut avoir à gérer des employés et ouvriers parlant une autre langue, la CFE-CGC ne ferme pas la porte à une réflexion sur la clause. 

Jusqu’à présent, comme la CFE-CGC, la CFTC n’a pas officiellement arrêté de position concernant la clause Molière. Dans un cadre européen, Joseph Thouvenel, vice-président de l’organisation, a toutefois récemment dû dire ce qu’il en pensait. Il approuve la raison mise en avant par les pouvoirs publics afin de justifier la clause : celle de la sécurité des travailleurs. « Il est normal que les personnes concernées puissent comprendre [les consignes de sécurité], il en va de leur santé et de leur sécurité ». Non sans ironie, M. Thouvenel estime d’ailleurs que « s’il est sans intérêt de comprendre ces consignes, c’est qu’elles ne servent à rien : simplifions la réglementation ». Imparable ! Et surtout rusé : la CFTC refuse ainsi de se laisser entraîner dans certains débats… 

N’ayant pas encore souhaité répondre à nos question, FO adopte la même posture prudente. 

Le volapuk de la CGT et de la CFDT

Au contraire, la CGT et la CFDT hésitent beaucoup moins à s’engager dans des débats complexes. Sur France Inter, Philippe Martinez a rappelé, hier, que la CGT revendique, certes, la mise en place, au niveau européen, de « règles communes de protection sociale », afin de « faire jouer la concurrence non pas sur le dumping social mais sur l’égalité sociale ». Ceci ayant été dit, le secrétaire général n’a pas du tout jugé contradictoire de tirer à boulet rouge sur la clause Molière. Mesure « purement électoraliste », qui conduit à favoriser « la préférence nationale » et, par conséquent, à suivre « les traces du FN ». En bref pour Philippe Martinez : « c’est absolument scandaleux » d’exiger que la langue française soit la norme en France – oublions la Navarre. 

S’exprimant par le biais d’un communiqué, la CFDT a tenu un discours proche de la celui de la CGT. D’après elle, la clause Molière est « inacceptable ». Sous « prétexte » de sécurité au travail, elle viserait en réalité à instaurer « la préférence nationale », « ce qui est illégal ». La centrale cédétiste va plus loin encore dans l’européisme : « imposer le français pour intervenir sur les chantiers va à l’encontre de la liberté de circulation des salariés, notamment dans le cadre du détachement ». Afin de lutter contre le « travail illégal », la CFDT considère, comme la CGT, que c’est la législation européenne qui doit être redéfinie et que les contrôles de l’inspection du travail doivent être renforcés. En somme, pour la CFDT aussi, la langue française est has been et sent le rance. 

L’heure est décidément à l’esperanto et au volapuk intégrés. 

« Couvrez ce sein que je ne saurais voir »

Les réactions pudibondes de la CGT et de la CFDT appellent quelques commentaires. On notera d’abord l’hypocrisie des deux centrales lorsqu’elles critiquent la « préférence nationale ». Leur clientèle, largement composée de fonctionnaires, bénéficie, de fait, sinon de droit, de la préférence nationale. D’ailleurs, en appelant de tous leurs voeux une harmonisation sociale et fiscale européenne par le haut, les responsables cégétistes et cédétistes font-ils autre chose que revendiquer une mesure qui couperait l’herbe sous le pied aux migrations du travail ? Quel employeur trouverait en effet un réel intérêt à faire venir en France des travailleurs étrangers qui ne maîtriseraient pas la langue française mais qui bénéficieraient des mêmes salaires et avantages sociaux que les Français ? Peut-être M. Pierre Gattaz, après tout, lui qui s’érige en opposant numéro 1 à la « dérive nationaliste » dans laquelle la France serait en train de sombrer. 

Exprimant l’air du temps très politiquement correct qui pollue l’atmosphère des salons de la gauche syndicale et politique, la dénonciation de la « préférence nationale » par les dirigeants de la CGT et de la CFDT, pourrait fort bien avoir des effets inverses à ceux officiellement recherchés par MM. Martinez et Berger. Que retiendront de cette séquence les travailleurs français ainsi que leurs collègues immigrés mais maîtrisant la langue française ? Que la CGT et la CFDT ne les défendent pas. S’ils ont bien écouté les propos des deux hérauts du multilinguisme, ils en tireront même la conclusion que, pour la défense de leurs intérêts matériels les plus immédiats, ils feraient mieux de se tourner vers le FN. Du moins pour ceux pour qui n’ont pas déjà tiré cette conclusion ! 

Qu’il est loin, le temps où les représentants des travailleurs assumaient des positions patriotes. A peu près aussi loin, auront peut-être remarqué certains de nos lecteurs, que celui où le FN ne dépassait pas les 10 % aux élections… 

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