Retraites : l’exécutif au défi de l’échec paritaire

retraite

N’ayant pas réussi à s’entendre, la semaine dernière, sur un projet d’accord sur l’avenir des retraites, les partenaires sociaux s’étaient accordés une séance de négociation supplémentaire pour trouver un compromis : hier en milieu de soirée, ils n’ont pu qu’acter leurs désaccords persistants et se quitter sur un échec.

L’échec des partenaires sociaux à s’entendre sur les retraites place le Premier ministre François Bayrou dans une position délicate.

Désaccords paritaires sur la pénibilité et le financement des régimes

Comme il n’avait cessé de le refuser catégoriquement, le patronat français n’a pas cédé sur la question de l’instauration d’un lien possible entre pénibilité et structuration de dispositifs retraite anticipée. Outre ce point, les négociateurs paritaires présents autour de la table – MEDEF et CPME, côté patronal, CFDT, CFE-CGC et CFTC, côté salarial – n’ont pas trouvé d’entente sur le rééquilibrage financier à horizon 2030 des régimes de retraite obligatoires du secteur privé. Si les discussions relatives à l’abaissement de l’âge de départ à la retraite sans décote et à l’amélioration de la détermination des conditions de départ à la retraite des femmes ont pris une tournure plus positive, il n’en demeure pas moins que l’incapacité des partenaires sociaux à s’entendre sur la pénibilité et le financement des retraites les a condamnés à l’échec de leur négociation.

Sauver le conclave à tout prix

Pour le Premier ministre François Bayrou, la tournure prise par les évènements est fort malheureuse : cette mise en échec de la négociation sur les retraites constitue une remise en cause retentissante de la méthode de travail qu’il a vantée pour la gestion de ce dossier, et le contraint, alors que son assise politique est pour le moins fragile, à s’emparer lui-même d’un problème sensible. S’étant exprimé ce matin, depuis Matignon, au sujet de l’échec des discussions paritaires, François Bayrou a d’ailleurs semblé vouloir relancer ces discussions, sous une autre forme, en annonçant sa volonté de recevoir, ce jour, les partenaires sociaux afin de rouvrir aussitôt le dossier des retraites. Un échec « si près du but » a-t-il estimé, appelle à continuer à chercher « une voie de passage » – que les partenaires sociaux n’auraient pas identifiée au cours de leur longue négociation.

François Bayrou pris au piège des retraites

Sur le fond de l’affaire, les marges d’action de l’exécutif sont limitées. Car, l’état des finances publiques étant ce qu’il est, il n’est plus seulement question d’aménager dans des proportions plus ou moins importantes la réforme de 2023 : il faut surtout trouver des solutions pour équilibrer les comptes des régimes – pour rappel, leur déficit prévisionnel serait, en 2030, de 6,5 milliards d’euros. S’il avait une majorité claire au Parlement, le Premier ministre pourrait prendre les mesures nécessaires à ce rééquilibrage. Il est toutefois loin de se trouver dans cette situation confortable. Or, on voit mal comment le gouvernement pourrait faire accepter par le Parlement l’adoption de mesures d’économies sur les retraites sans la mise en œuvre d’aménagements non négligeables de la réforme de 2023. Aménagements qui seraient nécessairement coûteux pour les comptes publics – et qui contraindraient donc à de nouvelles dégradations ultérieures des régimes. Le gros temps se profile à l’horizon pour François Bayrou.

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