La téléconsultation peine encore à convaincre en France

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) a publié une nouvelle étude dédiée au recours à la téléconsultation. Le service statistique du ministère de la santé y constate que la période post-Covid a vu s’installer durablement de nouvelles pratiques en la matière. Le document vise à dresser un état des lieux pour identifier qui a vraiment recours (ou non) à la téléconsultation et quels sont les éventuels freins persistants.

Ce rapport, accessible ici, a pour vocation de décrypter les mécanismes d’adoption de la téléconsultation, d’en évaluer les impacts sur l’égalité d’accès aux soins, et d’interroger les perceptions citoyennes qui façonneront les politiques de santé de demain. Il en découle que si la téléconsultation s’est normalisée, elle n’a pas pour autant gommé les inégalités structurelles d’accès aux soins.

La téléconsultation reste une pratique de niche marquée par une fracture générationnelle et sociale

Loin de l’explosion observée durant la crise sanitaire, la téléconsultation s’est normalisée à un niveau modeste. En 2023, elle ne représente que 2,2% de l’ensemble des consultations des médecins généralistes libéraux, contre 3,7% en 2021. En 2024, le taux de pénétration dans la population adulte s’établit à 15%, atteignant 18% si l’on ne considère que les personnes ayant consulté un médecin dans l’année.

Cette stabilisation cache une profonde fracture sociologique. L’âge est le déterminant principal : les moins de 45 ans recourent quatre fois plus à la téléconsultation que les 60 ans ou plus. Chez les 18-29 ans ayant consulté, le taux grimpe à 29%, contre à peine 5% pour les 75 ans et plus.

Ce fossé est doublé d’une sélection par le niveau de diplôme et de vie : les diplômés du supérieur utilisent deux fois plus cet outil (24%) que les titulaires d’un CAP/BEP (10%). De même, les 20 % les plus aisés téléconsultent davantage (19%) que les 20% les plus modestes (14%). Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas un outil de démocratisation pour les précaires, mais un service d’optimisation pour les actifs urbains et diplômés.

L’illusion du désert médical : une consommation urbaine et contrainte

L’analyse territoriale bat en brèche le mythe de la téléconsultation comme solution miracle aux déserts médicaux ruraux. Dans les faits, l’usage est massivement concentré dans les métropoles.

Les habitants des grands centres urbains téléconsultent deux fois plus (21%) que ceux des zones rurales non périurbaines (10%). La pratique nécessite une infrastructure (réseau) et une appétence numérique qui font défaut dans les territoires isolés. Cependant, la motivation du recours révèle une tension sur l’offre de soins.

Pour 43% des utilisateurs, la téléconsultation est choisie par défaut car « les délais d’attente pour un rendez-vous en cabinet sont trop longs ». Ce motif monte à 52% dans les communes sous-dotées en médecins. L’urgence est le second moteur (33%). On observe ici un effet de compensation partiel : si l’usage est structurellement urbain, il devient un recours de nécessité là où le médecin manque, sans pour autant combler le déficit d’accès physique.

Pourquoi beaucoup de français ont du mal à passer le pas de la téléconsultation

Le plafond de verre de la téléconsultation est avant tout culturel. Parmi les 85% de Français qui n’y ont pas recours, 67% invoquent une simple préférence pour le contact physique. Ce rejet du virtuel est hégémonique chez les seniors (74 % des 60-74 ans). À cela s’ajoute l’illectronisme : 21% des 75 ans et plus ne téléconsultent pas car ils ne sont « pas à l’aise avec les outils informatiques ».

L’opinion publique est aussi traversée par une contradiction majeure. Si 73% des Français reconnaissent l’utilité systémique de la téléconsultation pour lutter contre les déserts médicaux et désengorger les urgences, ils restent méfiants sur le plan individuel. Plus de 80% jugent qu’elle « déshumanise la relation » patient-médecin, et 60% craignent pour la sécurité de leurs données. Enfin, les usagers réguliers dessinent un profil politique singulier : plus critiques sur la gestion du système de santé, ils sont 84 % à soutenir la délégation de tâches aux infirmiers et pharmaciens, marquant une rupture avec le modèle médical traditionnel.

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