Aide à domicile : un colloque au Sénat pour voler au secours du secteur

Cet article provient du site du syndicat FO.

Le 9 mars, dans les locaux du Sénat, s’est tenu un colloque réunissant tous les acteurs de l’aide à domicile, salariés, employeurs, représentants des fédérations concernées, organisations syndicales de retraités, autour du thème « Services d’aide et d’accompagnement à domicile : l’urgence d’un juste prix pour la dignité des personnes âgées en perte d’autonomie et des salarié(e)s ». 

Cette rencontre nationale qui est une première, est à mettre à l’actif de l’action initiée par les 9 organisations et associations de retraités (UCR-FO, UCR-CGT, UNARCFTC, UNIR CFE-CGC, FSU-Retraités, Solidaires, FGR-FP, Loisirs Solidarité Retraite, Ensemble solidaires) auprès de Dominique Watrin, Sénateur du Pas de Calais, très sensibilisé par ce sujet. En témoigne le rapport sénatorial d’information de juin 2014 qu’il a cosigné, intitulé « L’aide à domicile auprès des publics fragiles : un système à bout de souffle à réformer d’urgence ». Les interventions diverses et nombreuses ont levé le voile sur les dures réalités d’un secteur gravement sinistré. 

L’inquiétude grandit dans les structures associatives professionnelles sans but lucratif, confrontées pour la plupart à une rémunération des services effectués, inférieure à leur coût de revient. Aujourd’hui, leurs réserves financières sont épuisées et c’est leur pérennité qui est directement menacée. On estime que 107 associations d’aide à domicile auraient mis la clef sous la porte ces deux dernières années, que 10 000 emplois auraient été supprimés entre 2009 et 2012 dans ce secteur présenté pourtant comme porteur d’emplois. 

Les personnels ont fait part de leur mal-être, de leur sous-rémunération, de la dégradation et de la précarisation générale des conditions de travail. Le secteur de l’aide, de l’accompagnement et du maintien à domicile, représente 226 000 salariés dont 95% sont des femmes et 41% des salariés non qualifiés. Plus de 79% sont à temps partiel, généralement imposé. Avec 15 ans d’ancienneté, le salaire brut moyen mensuel d’un salarié non qualifié ne s’élève qu’à 972 euros brut pour un équivalent temps plein. 44% des salariés travaillent les dimanches et jours fériés, car les services auprès des personnes âgées, dépendantes ou invalides, s’exécutent 365 jours par an, 24 h sur 24. 

Le secteur connaît un taux de sinistralité quatre fois plus élevé que le taux moyen : les travailleurs handicapés sont en hausse de 3% en 2 ans suite à des accidents de travail ou maladies professionnelles [1] ; les arrêts maladie, en augmentation constante, sont dus aux conditions de travail et au turn-over ; 77% des départs résultent de démissions, d’inaptitudes, de rupture à la fin de période d’essai ou rupture conventionnelle (les inaptitudes représentent 16% et les démissions 44%) ; l’âge moyen du salarié inapte dans la branche est de 49 ans et demi, pour une ancienneté de 9 années. Cette souffrance au travail ne semble pourtant qu’à peine alerter les autorités départementales et nationales, l’Inspection du Travail ou la Médecine du Travail. 

Ces difficultés ne doivent pas pour autant, permettre de passer sous silence la finalité de tout ce secteur : assurer le maintien à domicile dans les meilleures conditions, des personnes en perte d’autonomie lesquelles sont aussi les victimes d’une forme de maltraitance institutionnelle avec les plans d’aides insuffisants et des restes à charge trop importants. C’est un aspect qu’a tenu à souligner Didier Hotte, Secrétaire général adjoint de l’UCR-FO. Il a rappelé la revendication Force Ouvrière d’un financement assuré par la Sécurité sociale et a dénoncé la situation qui consiste à faire payer aux retraités eux-mêmes via la CASA (prélevée au taux de 0,3 % sur les revenus des retraités imposables), le financement du coût de la prise en charge de la perte d’autonomie des personnes âgées. 

L’aide à domicile n’est pas un coût, mais en réalité une source d’économies, a déclaré Josette Ragot, Secrétaire générale adjointe de la Fédération nationale de l’Action sociale-FO. Dans un contexte où seule la rentabilité est bien souvent mise en avant, elle a démontré que l’aide à domicile est une source d’économies importantes, notamment en termes d’aménagements du territoire et de maintien des activités économiques (maintien des commerces, des emplois) ou encore en termes de coûts non mis à la charge de la Sécurité sociale (maladies et accidents évités, maintien en bonne santé…). 

Cette rencontre a permis de déboucher sur la décision de tous les intervenants de porter haut et fort les constats partagés de ce secteur auprès des pouvoirs publics et des gouvernements actuels et à venir. C’est le sens du communiqué de presse qui a été adopté à l’issue de ces travaux et adressé aux candidats à l’élection présidentielle et aux groupes parlementaires. 

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