AT/MP : derrière une sinistralité stable, des comptes qui dérapent

L’Assurance maladie vient de diffuser les premiers éléments chiffrés de son rapport annuel avec les données 2025 de la branche accidents du travail et maladies professionnelles (AT/MP). La publication montre que si la sinistralité reste globalement stable, l’année 2025 marque une rupture car après 12 ans d’excédents, la branche bascule dans le déficit, sous l’effet d’une envolée des indemnités journalières devenues son premier poste de dépenses.

En 2025, la branche AT/MP — qui couvre 20,9 millions de salariés du régime général et 2,5 millions d’établissements cotisants — a reconnu et indemnisé près de 700 000 accidents du travail, accidents de trajet et maladies professionnelles avec arrêt ou incapacité permanente, pour plus de 84 millions de journées d’arrêt. Les accidents du travail proprement dits restent stables (551 225, soit +0,3%), avec un indice de fréquence inchangé à 26,4 accidents pour 1 000 salariés, prolongeant une baisse de long terme.

Les accidents de trajet progressent plus nettement (96 306, +1,7%), tandis que les maladies professionnelles poursuivent leur hausse (52 187, +3,1%), portées à près de 90% par les troubles musculosquelettiques. Notons que les affections psychiques reconnues comme maladies professionnelles augmentent de 9% et ont plus que doublé depuis 2020. Enfin, on constate que 1 331 décès liés à un AT/MP ont été reconnus, soit 34 de plus qu’en 2024.

Les indemnités d’arrêts de travail deviennent le premier poste de dépenses

Les indemnités journalières versées au titre des risques professionnels atteignent 5,4 Md€ en 2025, en hausse de 10,5% sur un an (soit environ 500 M€ de plus !). Pour la 2e année consécutive, ces indemnités constituent le premier poste de dépenses de la branche AT/MP, devant les prestations d’incapacité permanente (qui représentent elles-mêmes près de 4,8 Md€). En dix ans, leur part dans les dépenses est passée de 34 % en 2015 à 48 % en 2025. La Sécurité sociale en donne clairement la cause : c’est l’allongement de la durée des arrêts qui pèse le plus, à hauteur de 6,4 points sur les 10,5 % de progression.

Le communiqué pointe aussi une sursinistralité des AT/MP chez les plus jeunes. Les salariés de moins de 25 ans ne représentent que 11% des effectifs du régime général. Et pourtant c’est de cette population que proviennent 16% des accidents du travail et 23% des accidents de trajet. Leur indice de fréquence atteint 36,4 accidents du travail et 8,7 accidents de trajet pour 1 000 salariés, ce qui est bien supérieur à la moyenne.

Face à ces risques, l’année 2025 a été la première année pleine de la nouvelle convention d’objectifs et de gestion (COG) de la branche, qui cible en priorité les TMS, les risques chimiques et psychosociaux, les accidents graves et mortels, ainsi que des secteurs exposés comme l’intérim, le BTP et le médico-social. Au titre du Fonds national de prévention (FNPAT), plus de 2 800 subventions (pour un montant d’environ 28 M€) et quelque 800 contrats de prévention (pour environ 29 M€) ont été accordés, pour aider surtout les petites entreprises à financer diagnostics, formations et équipements. Mais le Fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle (FIPU), ouvert en 2024, a surtout accéléré son activité avec le versement de plus de 21 000 aides en 2025, pour près de 140 M€, dédiées aux risques ergonomiques (manutentions, vibrations, postures pénibles).

Finalement, la branche AT/MP enregistre un solde déficitaire de 182,2 M€ en 2025, marquant la fin de 12 années successives d’excédents. Ses dépenses progressent désormais plus vite que ses recettes en raison des indemnités journalières d’arrêt de travail. Cette trajectoire déficitaire en fait un sujet de premier plan à l’heure où le budget de la Sécurité sociale pour 2027 cherche précisément à freiner les dépenses d’arrêts de travail.

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