Urgences : derrière les moyennes, la double peine du lieu et de l’âge

La Drees (service statistique des ministères sociaux) livre deux nouvelles études les urgences hospitalières à partir d’informations qui datent de 2023. Le constat est difficile car derrière la durée moyenne de passage — 3h10, contre 2h15 il y a dix ans — se dessinent deux inégalités : l’une concerne le service des urgences où l’on se présente, l’autre concerne l’âge du patient. Un état des lieux qui n’est pas sans conséquences pour les assureurs complémentaires.

Les études qui viennent de sortir (à lire ici et ) sont tirées de l’enquête Urgences 2023. Dix ans après la précédente édition, elles dressent une photographie précise du temps passé aux urgences, de l’enregistrement administratif jusqu’à la sortie du service. Le chiffre qui retient l’attention est connu : la moitié des patients y restent plus de 3h10, contre 2h15 en 2013. Mais réduire ces travaux à une moyenne qui s’allonge serait passer à côté de l’essentiel. Derrière cette moyenne se cachent de fortes inégalités, qui se jouent à la fois sur le lieu de prise en charge et sur l’âge du patient.

Plus le service est fréquenté, plus l’attente s’allonge — à parcours de soins identique

C’est l’un des enseignements les plus nets des travaux de la Drees : la durée de passage augmente avec l’affluence du point d’accueil, même à parcours de soins équivalent. Pour un patient qui rentre chez lui sans hospitalisation, la moitié des passages durent moins de 1h 43 dans les plus petits points d’accueil (40 passages ou moins en 24 heures), contre 3h14 dans les plus grands (plus de 120 passages). L’écart se creuse encore pour les situations lourdes : un patient admis en unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD) y reste, pour la moitié des cas, 10 heures dans un petit service, contre près de 17h45 dans un grand. Même une simple consultation, sans aucun acte, passe de 1h05 à 1h45 selon la taille du service.

Les documents éclairent le mécanisme étape par étape. Entre le tri et le début de la prise en charge médico-soignante, la moitié des patients des petits points d’accueil attendent moins de 5 minutes, contre 25 minutes dans les plus grands. Et dans les services les plus fréquentés, 58% des patients patientent plus d’une heure avant de voir un médecin, contre 29% dans les plus petits. Le lieu où l’on se présente détermine la rapidité de la prise en charge.

Le grand âge, première victime de la pénurie de lits d’aval

La seconde inégalité tient à l’âge, et elle se concentre sur l’étape la plus critique : la recherche d’un lit d’hospitalisation à la sortie des urgences. Pour la moitié des patients concernés, ce lit est trouvé en moins de 15 minutes, comme en 2013. Mais les délais les plus longs ont explosé : pour un patient sur dix, il faut plus de 6h10, soit 2h20 de plus qu’il y a dix ans.

Or cette dégradation frappe d’abord les personnes âgées. Là où la durée médiane reste de 5 minutes pour les moins de 15 ans (cela veut dire que la moitié des personnes de moins de 15 ans attend moins de 5 minutes pour avoir un lit, l’autre moitié attend plus de 5 minutes), elle atteint 28 minutes pour les 75 ans et plus — et surtout, pour un patient âgé sur dix, il faut plus de 11h25 pour obtenir un lit, contre 5h en 2013. Le constat est d’autant plus paradoxal que les personnes très âgées sont plutôt bien prioritaires lors du tri : seuls 8% des 85 ans et plus attendent plus de 30 minutes avant la première évaluation. C’est donc en aval, faute de place dans les services d’hospitalisation, que se joue leur véritable temps d’attente.

Un goulot d’étranglement qui n’a rien d’anecdotique

La Drees relie explicitement cet allongement à la baisse continue du nombre de lits d’hospitalisation : -11 % entre 2013 et 2023. L’engorgement est maximal dans les grands services — plus de 8h20 d’attente pour un patient hospitalisé sur dix, contre 4h30 en 2013 — et le matin, lorsque les lits ne sont pas encore libérés.

Ces deux études confirment ce que les professionnels constatent sur le terrain : l’allongement des durées de passage n’est pas réparti de façon uniforme. Il pèse plus lourdement sur ceux qui se présentent dans les structures saturées et sur les patients les plus âgés, c’est-à-dire souvent les plus fragiles.

Pour les acteurs de la protection sociale complémentaire, le constat n’est pas neutre : le manque de lits qui engorge l’aval est aussi celui qui, une fois le patient admis, allonge les séjours hospitaliers dont le forfait journalier — pris en charge sans limite de durée au titre des contrats responsables — et une part des frais relèvent des organismes complémentaires ; et l’allongement des délais pour les plus âgés renvoie, en filigrane, au financement du vieillissement, terrain où la prévoyance et les garanties dépendance auront un rôle croissant. Au-delà du seul fonctionnement hospitalier, c’est donc une question d’équité dans l’accès aux soins et de soutenabilité du système qui se pose.

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