Budget social : les propositions chocs de l’U2P pour rapprocher le net du brut

Alors que le redressement des comptes de la nation fait actuellement l’objet d’intenses réflexions politiques, administratives et paritaires, l’U2P, la confédération patronale du petit commerce, de l’artisanat et des professions libérales, vient de faire connaître ses propositions budgétaires pour une revalorisation du travail.

Visant moins à rééquilibrer les comptes sociaux qu’à repenser le circuit de leur financement, les propositions de l’U2P s’inscrivent dans une volonté de rapprocher le salaire brut du salaire net.

Le « big bang » budgétaire à 116 milliards de l’U2P

C’est hier que le président de l’U2P, Michel Picon, a présenté à la presse les propositions de son organisation pour une refonte du budget social qui soit appelée à bénéficier aux actifs. Il est parti du constat selon lequel le travail ne serait plus assez rémunérateur en France. « Pour la majorité des gens, travailler ne permet plus d’améliorer son niveau de vie » a-t-il estimé, se justifiant notamment en invoquant le fait que si le salaire net représentait près de 70 % du salaire brut en 1970, ce taux n’a pas cessé de décroître depuis, à 60 % en 1990, puis 54 % aujourd’hui. Dans le détail, cette baisse significative résulte à la fois de hausses de cotisations sociales et, surtout, de la mise en place de la CSG et de la CRDS puis de la progression tendancielle de leurs taux – qui, s’agissant des revenus d’activité, frôle désormais les 10 %.

Partant de ces constats, les dirigeants de la confédération des indépendants et professions libérales proposent de revaloriser la rémunération du travail en supprimant, à horizon de cinq ans, ces deux impôts qui pèsent sur lui. Ce « big bang » budgétaire permettrait de revaloriser les revenus des actifs – quels qu’ils soient, y compris les chefs d’entreprises – de 116 milliards d’euros. L’U2P ajoute qu’en articulant cette hausse considérable avec l’augmentation normale des revenus du travail, les quelque 28 millions d’actifs pourraient bénéficier d’une forte hausse, de 22 %, de leur rémunération nette sur les cinq années de la montée en charge de la mesure. De manière structurelle, le salaire net retrouverait pour sa part le niveau, exprimé en brut, qui était le sien au cours des décennies 70 et 80.

Un coup de massue fiscal

Afin de compenser la suppression de la CSG et de la CRDS, l’organisation patronale veut miser sur un tour de vis fiscal sur les héritiers et les rentiers en premier lieu, mais également sur les retraités aisés et sur l’ensemble des Français. Au menu, entre autres joyeusetés : rehaussement du prélèvement forfaitaire unique sur les revenus financiers et de la CSG sur les revenus locatifs, hausse de la taxation des héritages supérieurs à 500 000 euros par part – sauf pour les transmissions d’entreprises – gel pendant trois à cinq ans des pensions de retraite supérieures à 2500 euros et suppression de l’abattement de 10 % et, enfin, hausse du taux de la TVA générale et forte hausse de la TVA sur les produits de luxe. Si l’U2P insiste sur le fait que ces mesures concerneraient surtout les Français les plus aisés, il n’en demeure pas moins qu’elles constitueraient pour eux un bon coup de massue fiscal.

En l’état, la proposition de l’U2P appelle par ailleurs un commentaire plus général sur le circuit de financement du budget social. Elle ne remet, certes, pas en cause sa fiscalisation tendancielle, puisqu’elle appelle à un remplacement de taxe par d’autres taxes, ne pesant pas sur les mêmes contribuables et assiettes. En revanche, il n’est pas anodin de constater qu’elle ne consiste pas en une promotion d’une solution visant à remplacer de la cotisation sociale par de l’impôt – type de solution ayant pourtant le vent en poupe depuis les années 1990. Il est tentant de déduire de ceci qu’avec ses propositions, l’U2P n’entend pas continuer à creuser davantage le sillon de la dépossession des partenaires sociaux de l’organisation et de la gestion des différents régimes de protection sociale.

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmarkClose
0 Shares:
1 comment
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #6 : focus sur l'avenant santé n° 9 de la CCN Syntec

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #2 : le point sur la santé des HCR et la prévoyance des Services à la personne

Lancer la vidéo

PLFSS 2026 : rejet du socle solidaire et responsable par la ministre Amélie de Montchalin

Lancer la vidéo

Nicolas Desormiere (MH) : la garantie aidants, nouvelle corde de la prévoyance CCN

You May Also Like

L’Unédic lance son appel d’offres santé-prévoyance

L'Unédic vient de publier son appel d'offres pour trouver ses assureurs en santé et en prévoyance collective. L'appel d'offres se décompose en 2 phases distinctes. Une sélection va d'abord s'opérer entre les candidats qui seront admis à présenter une offre. Entre 3 (minimum) et 4 (maximum) candidats seront ainsi sélectionnés. Puis une négociation pourra s'ouvrir avec les candidats retenus pour définir la mise en place du marché. Mais le marché pourra aussi être...

Les services du Premier ministre cherchent leur actuaire santé-prévoyance

Les services du Premier ministre ont récemment lancé un appel d'offres en vue de trouver leur actuaire conseil pour les volets santé et prévoyance de leur protection sociale complémentaire. Ce marché d'accompagnement est évalué à 440 000 € hors taxes pour une durée initiale allant du 15 octobre 2026 au 31 décembre 2028. La mission pourra ensuite être reconduite 2 fois pour 2 ans supplémentaires à chaque fois. Soit une prolongation potentielle jusqu'au 31 décembre...

Qui pour assurer la santé et la prévoyance de l’AGS ?

La délégation Unédic de l'association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés (AGS) lance son appel d'offres pour trouver son ou ses assureur(s) santé et prévoyance. L'appel d'offres tout juste mis en ligne indique que la valeur estimée du marché est de 8 M€ (5 M€ pour la santé et 3 M€ pour la prévoyance). Chaque candidat peut évidemment proposer à la fois une offre sur la santé et la prévoyance. ...

L’INRS cherche ses assureurs santé et prévoyance

L'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) lance tout juste son appel d'offres pour trouver ses partenaires en santé et prévoyance collective. L'organisme public veut réviser les actuelles couvertures santé et prévoyance de ses salariés et propose aux candidats deux marchés d'un an renouvelables tacitement 5 fois chacun, soit 6 ans de contrats collectifs au total. Notons d'ailleurs cette condition baroque dans l'appel d'offres : "Le titulaire ne peut pas...
Lire plus

Différence brut/net : le sentiment de déclassement salarial viendrait de la cotisation santé (et pas des cotisations sociales)

Le Haut conseil du financement de la protection sociale (HCFiPS) publie un petit état des lieux de l'évolution de l'écart entre le salaire brut et le salaire net au fil des 30 dernières années. D'après les données disponibles, la différence entre brut et net est restée très stable. L'objectif clairement affiché par le Haut conseil est de défendre le financement de la sécurité sociale en tordant le bras à l'idée selon...