Sécurité sociale : le retour à l’équilibre budgétaire n’aura finalement pas lieu

C’était l’une des bonnes nouvelles sociales, presque incroyable, de l’année 2018 : pour l’année 2019, le gouvernement avait fièrement annoncé la disparition du fameux déficit de la Sécurité sociale.

 

En ce milieu d’année 2019, les choses se présentent finalement sous un jour bien moins rieur qu’escompté : annoncé entre 1,7 et 4,4 milliards d’euros, le déficit de la Sécurité sociale retrouverait son rythme de croisière. 

Les salaires à la peine

D’après la commission des comptes de la Sécurité sociale, deux raisons expliquent notamment cette évolution budgétaire pour le moins spectaculaire. D’une part, la “croissance de la masse salariale” s’avère “nettement inférieure à la prévision initiale”. En l’occurrence, alors que l’exécutif tablait, à l’automne 2018, sur une hausse de 3,5 % de cette masse salariale pour l’année 2019, elle devrait en réalité plutôt être proche de 3,1 % – voire même de 2,9 % en prenant en compte l’effet de la “prime Macron” défiscalisée et désocialisée. 

Cette déconvenue salariale contribuerait à ce que les recettes de la Sécurité sociale soient “plus faibles qu’attendu”, de l’ordre de 1,7 milliard d’euros – soit l’hypothèse déficitaire la moins défavorable. 

Le coût des mesures “gilets jaunes”

Outre ce premier facteur de diminution des recettes, certaines des mesures annoncées par le Président de la République afin de calmer la révolte des “gilets jaunes” devraient elles aussi contribuer à amputer les recettes de la Sécurité sociale. En particulier, la commission des comptes estime que l’exonération des cotisations sociales sur les heures supplémentaires appliquée au 1er janvier coûtera 1,2 milliard d’euros et que la baisse du taux de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2000 euros par mois aura pour sa part un coût de 1,5 milliard d’euros. 

En cumulé, ces deux mesures se traduiraient donc par un manque à gagner de 3,7 milliards d’euros pour le budget de la Sécurité sociale. Ajouté au 1,7 milliard d’euros évoqué précédemment, ceci conduit à la borne déficitaire la plus pessimiste, de 4,4 milliards d’euros. 

La Sécurité sociale sur une pente dangereuse

Déficitaire en 2019, la Sécurité sociale pourrait bien en outre, hélas, l’être également en 2020. Entre des prévisions de croissance économique régulièrement revues à la baisse et des dépenses nouvelles en prévision pour environ 1,5 milliard d’euros – réindexation sur l’inflation des pensions de retraite de moins de 2000 euros bruts et augmentation à 1000 euros de la pension de retraite correspondant au “minimum contributif – les perspectives financières ne sont pas des plus roses pour la Sécurité sociale.  

Dans cette configuration, on se demande évidemment comment le gouvernement compte s’y prendre pour engager durablement la Sécurité sociale sur la pente du désendettement. 

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmark Close
0 Shares:
Vous pourriez aussi aimer
Lire plus

Des partenaires sociaux peu réceptifs aux appels du pied de François Bayrou

Ayant décidé de jouer le sort de son gouvernement le 8 septembre prochain sur un vote de confiance à l'Assemblée Nationale, dont l'enjeu central devrait porter sur le redressement des finances publiques - vote qui ne s'annonce pas vraiment sous les meilleurs auspices - le Premier ministre François Bayrou se mobilise de toutes parts, y compris du côté des partenaires sociaux, afin de convaincre du bien-fondé de sa démarche. ...

Avis d’extension d’accords (Indre-et-Loire et Loiret) dans la CCN de la métallurgie

La ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles, envisage d’étendre, par avis publié le 9 août 2025, les dispositions de l’accord territorial (Indre-et-Loire) du 25 juin 2025 et de l'accord territorial (Loiret) du 25 juin 2025 relatifs à la détermination de la valeur de point pour le calcul de la prime d'ancienneté, à compter du 1er septembre 2025, conclus dans...