Réseaux de soins en optique : cette étude universitaire qui met en avant les contradictions du législateur

La chaire Gouvernance et Régulation de l’université de Paris Dauphine vient de publier une étude dédiée à l’articulation entre l’équipement des assurés français en lunettes (savamment appelées « optique médicale » et l’action des complémentaires santé. L’étude tente de comprendre comment le législateur et les organismes complémentaires d’assurance maladie (Ocam) essayent de mettre fin au renoncement aux soins dans le domaine de l’optique. Deux ensembles se télescopent selon l’étude : les réseaux de soins et les contrats responsables et solidaires.

L’étude (accessible ici) considère en introduction que « le marché de l’optique en France n’opère pas de manière efficace et souffre probablement d’une défaillance de marché« . Outre une opacité concernant les pratiques de certains opticiens et fournisseurs, l’étude note la propension de certains consommateurs (notons que les lunettes deviennent ici un bien de consommation) à faire peu de cas du prix des lunettes qu’ils achètent « en raison d’une forte subvention par leurs complémentaires« . De fait la concurrence a du mal à agir véritablement sur ce secteur, ce qui aurait poussé le législateur à prendre plusieurs mesures. Parmi ces mesures figurent la création des réseaux de soins en 2014 et la fixation de planchers et plafonds de prise en charge dans le cadre des contrats responsables (devenus contrats responsables et solidaires avec la réforme du Rac0).

Les auteurs de l’étude soulignent qu’en 2016, 78% des bénéficiaires d’une complémentaire santé collective et 80% des bénéficiaires d’une complémentaire santé individuelle avaient accès à un réseau de soins. De plus, d’après les données récoltées auprès du réseau Santéclair, ces réseaux permettent aux assurés d’être réellement mieux remboursés.

Une certaine entente pourrait donc être organisée entre, d’une part, les réseaux de soins qui entendent faire profiter aux assurés de tarifs avantageux et de meilleurs remboursements, et d’autre part, le législateur qui met en place et fait évoluer le cadre des contrats responsables et solidaires.

Sauf que ces contrats responsables proposent des planchers qui sont supérieurs à certains tarifs négociés dans les réseaux de soins en optique ! En outre, si les contrats dits « de base » doivent être responsables, il en va autrement des surcomplémentaires qui peuvent être non responsables. La souscription d’une surcomplémentaire santé n’est pas rare et conduit, selon l’étude, à limiter les effets de la réforme sur la limitation des dépenses en optique. Ici la méconnaissance du secteur et du terrain par le législateur est clairement dénoncée par l’étude. Les auteurs admettent que la tâche du législateur n’est pas aisée, mais si les contrats responsables brident la capacité des réseaux de soins à produire leurs effets bénéfiques sur une baisse des dépenses en optique médicale, l’objectif de la réforme n’est pas totalement atteint.

L’étude de la chaire Gouvernance et Régulation se termine finalement par des questions sur l’avenir du secteur optique, les effets de la dernière réforme du Rac0 et le rôle du législateur et des Ocam dans la consommation de lunettes. On peut s’attendre à une future analyse économique du secteur pour comprendre un peu mieux comment y fonctionne la concurrence et quelle place les réseaux de soins y occupent.

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmarkClose
0 Shares:
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #5 : l'actualité des CCN Syntec, chimie, sécurité sociale

Lancer la vidéo

PLFSS 2026 : rejet du socle solidaire et responsable par la ministre Amélie de Montchalin

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #2 : Le point sur les catégories objectives dans les CCN

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #6 : focus sur l'avenant santé n° 9 de la CCN Syntec

You May Also Like

Les salaires minimums de la CCN du conseil et service en élevage

Les partenaires sociaux de la convention collective nationale (CCN) des entreprises du conseil et service en élevage (IDCC 7027) ont signé un avenant salarial le 26 novembre 2025. Ce texte acte les rémunérations minimales annuelles garanties (RMAG) applicables au 1er janvier 2026. Il a été signé par les organisations d'employeurs SNCIA et Eliance Association (ex-FCEL) et...
Lire plus

Pourquoi le gel des tarifs santé en 2026 n’est pas (encore) une fatalité

Après le choc de la non-censure du gel des tarifs santé en 2026, le monde de la complémentaire santé reprend peu à peu ses esprits. Malgré une fébrilité toujours palpable - laquelle est probablement due aux nombreux commentaires précipités et parfois peu avisés - l'heure est à la préparation face aux échanges qui s'annoncent avec le gouvernement, mais aussi avec les assurés. Ce...
CTIP
Lire plus

Gel des tarifs : les OCAM ont perdu une « bataille » mais pas la « guerre » (CTIP)

Organisé par l'article 13 de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026, et entériné de fait par le Conseil Constitutionnel, le gel des tarifs des complémentaires santé suscite, en cette rentrée de janvier, de nombreuses réactions du côté des organismes complémentaires d'assurance maladie (OCAM) et de leurs représentants. ...

Les ministères sociaux changent de secrétaire générale

Un décret paru ce jour au Journal officiel acte la nomination de la nouvelle secrétaire générale des ministères chargés des affaires sociales. Le texte acte l'arrivée de Virginie Magnant, inspectrice générale de l'administration, à cette fonction à partir du 12 janvier 2026. Suivez ce lien pour retrouver le décret en intégralité. ...