Réformes sociales : la CFDT et sa posture conciliante de plus en plus isolées

La réunion intersyndicale qui se tenait hier soir au siège de la CFDT afin de définir une stratégie d’action face aux réformes gouvernementales du marché du travail a mis en évidence les divergences de fond qui opposent d’une part la CFDT, la CFTC et l’UNSA et, d’autre part, la CGT, Solidaires et, désormais, FO. Le camp des organisations syndicales modérées se rétrécit de plus en plus autour de la CFDT. 

FO avec la CGT et Solidaires

A l’issue de la réunion intersyndicale, la CGT, FO, Solidaires, l’Unef, la Fidl et l’Unl, ont rédigé un communiqué commun afin de dénoncer la « politique libérale [du gouvernement] visant à accroitre les inégalités au profit d’une minorité ». Adoptant un ton résolument offensif, les signataires dénoncent, pêle-mêle, les « nombreuses dispositions inacceptables des ordonnances », les « risques qui pèsent sur les droits des salariés-es et demandeurs d’emploi en matière d’assurance chômage ou de formation professionnelle », « la modération salariale et l’augmentation de la CSG », les « atteintes au service public et à la protection sociale », ainsi que la situation faite aux jeunes en matière d’accès à l’enseignement supérieur et sur le marché du travail. 

Partant de ces éléments, les signataires appellent à une journée de mobilisation, le 16 novembre prochain. « Compte tenu de la gravité de la situation, elles décident de faire du 16 novembre 2017 une journée de mobilisation interprofessionnelle, étudiante et lycéenne, par des grèves et manifestations » précisent-ils.  

Le principal enseignement de ce communiqué est que moyennant un élargissement des mots d’ordre – qui ne concernent plus uniquement les ordonnances – FO a donc réintégré le camp des contestataires et reprend le chemin de la rue. La séquence « réformiste » ouverte par Jean-Claude Mailly après l’élection d’Emmanuel Macron n’ayant convaincu ni la base ni la plupart des responsables fédéraux et départementaux de son organisation, le secrétaire général de FO a dû se résoudre à changer son fusil d’épaule. 

Les modérés sans la CFE-CGC

Ceci n’étonnera sans doute pas grand monde : la CFDT, la CFTC, l’UNSA et la FAGE n’ont pas jugé pertinent de s’associer à cet appel à la dénonciation du libéralisme macronien et à la mobilisation générale. Dans un autre communiqué, ces quatre organisations ont d’abord affirmé que les ordonnances avaient, certes, des défauts, offrant notamment « de nombreuses flexibilités aux entreprises », mais également des qualités : encadrement de l’emploi précaire et revalorisation des indemnités de licenciement. Elles ont ensuite demandé au gouvernement de profiter des réformes de l’assurance chômage et de la formation professionnelle afin de « rééquilibrer les souplesses accordées aux entreprises par les ordonnances par des modalités nouvelles de sécurisation des parcours professionnels. » 

Dans cet objectif, la CFDT, la CFTC et l’UNSA n’appellent pas du tout à battre le pavé mais promettent de se mobiliser dans le cadre de « leurs interventions en direction des pouvoir publics, des organisations patronales et des salariés » afin de faire avancer leurs revendications. Reste à savoir si, du côté des troupes de ces centrales, notamment du côté de celles de la CFDT, cette position douce fera l’unanimité. 

Une chose sûre : la CFE-CGC a estimé que le communiqué des organisations modérées était bien trop timoré et qu’elle ne pouvait donc pas le signer. Interrogé par Le Monde, Gilles Lécuelle, secrétaire national de la centrale de l’encadrement a été clair à ce sujet, critiquant de fait l’attitude de la CFDT : « Quand aujourd’hui on discute et que certains voient des aspects positifs aux ordonnances et veulent le mettre dans le texte commun, c’est clair que, pour nous, c’est inacceptable et nos militants ne le comprendraient pas ». Autrement dit : après la défection de FO, le camp des organisations syndicales modérées fait en outre face à un essoufflement de la CFE-CGC.  

Alors que le gouvernement doit encore mener d’importantes réformes sociales, l’isolement progressif de la CFDT pourrait rapidement s’avérer problématique pour lui. 

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