Pascal Pavageau bien décidé à imprimer sa propre marque à la tête de FO

Successeur annoncé de Jean-Claude Mailly à la tête de Force Ouvrière – la passation de témoin doit avoir lieu lors du congrès confédéral qui se tiendra fin avril 2018 à Lille – Pascal Pavageau enfile peu à peu ses habits de secrétaire général de la troisième confédération syndicale française. Ses premières prises de position indiquent que l’ère Mailly touche bel et bien à sa fin. 

Un fonctionnaire sans carte PS

Agé de 48 ans, Pascal Pavageau est un ingénieur diplômé de l’école nationale des travaux publics. Il a réalisé la première partie de sa carrière dans la fonction publique. Fonctionnaire d’Etat depuis 1994, il a travaillé dans le domaine de l’eau dans le Nord et le Pas-de-Calais avant de devenir, en 2001, secrétaire général adjoint de la direction générale de l’environnement de la région Centre.  

Engagé à FO depuis 1991, Pascal Pavageau en a vite gravi les échelons. Elu en 2003 secrétaire général du syndicat national des ingénieurs des travaux publics de l’Etat et des collectivités territoriales, c’est alors qu’il devient permanent syndical. A partir de 2009, Pascal Pavageau est secrétaire confédéral FO, chargé de l’économie, de la fiscalité, du numérique, de la politique industrielle, de l’environnement et du développement durable. Ce portefeuille très large lui a permis de se forger une stature de potentiel secrétaire confédéral crédible et bien introduit dans les hautes sphères politico-administratives. 

Seul candidat déclaré à la succession de Jean-Claude Mailly depuis que ce dernier a annoncé en 2015 qu’il ne se représenterait pas, Pascal Pavageau se singularise par le fait qu’il n’a aucune carte politique. Autrement dit : contrairement à l’actuel secrétaire général de FO, il n’est pas membre du PS. 

Le « réformisme militant »

Si l’on en croit le principal intéressé lui-même, mais également d’autres dirigeants de FO, une « même logique » devrait constituer la continuité entre l’ère Mailly et l’ère Pavageau : celle du « réformisme militant ». Interrogé par le Journal du Centre à l’occasion du congrès des syndicats FO de la Nièvre, Pascal Pavageau l’assure en effet : « sur le fond, rien » ne le différencie de Jean-Claude Mailly. Il précise : « nous avons la même logique. Nous sommes pour un réformisme militant : à chaque fois qu’il faut négocier, nous le faisons ». Il soutient même la gestion que l’actuel secrétaire confédéral a faite de la concertation sur les ordonnances : « C’est ce que nous avons fait cet été concernant les ordonnances et nous avons obtenu des choses ». La continuité dans la continuité, en somme ! 

Au sein de Force Ouvrière, certains ont très envie de croire à ce scénario. Ainsi, Philippe Pihet, secrétaire confédéral en charge de la protection sociale, l’a fait savoir à l’AFP. « C’est un pragmatique, un FO pur jus, c’est-à-dire qu’on négocie tout ce qu’on peut, puis on établit un rapport de force », a-t-il affirmé au sujet de M. Pavageau. Il en a d’ailleurs déduit qu’en cas d’élection de Pascal Pavageau à la tête de FO, les positions confédérales se situeraient dans la « continuité » des positions actuellement défendues par la centrale de l’Avenue du Maine. Chez FO, le changement ne serait décidément pas pour maintenant.  

« Pas le clone de Jean-Claude Mailly »

Ces quelques déclarations ne sauraient toutefois masquer les divergences de fond qui commencent à apparaître au grand jour entre les approches Mailly et Pavageau. Dans son interview au Journal du Centre, M. Pavageau n’a pas fait mystère de sa volonté de se différencier de M. Mailly. « Attention, je ne suis pas le clone de Jean-Claude Mailly. Il n’y a aucune opposition de pensée, mais plutôt une différence de style » a-t-il déclaré. Rappelons par exemple que si, le 16 novembre dernier, Jean-Claude Mailly a préféré manifester contre les ordonnances Travail à Marseille, un lieu confortable pour FO, Pascal Pavageau a pour sa part fait le choix de marcher à Paris, aux côtés de Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT. 

Plus encore, évoquant le contenu des ordonnances Travail, le futur patron de FO ne craint pas de prendre ses distances vis-à-vis de Jean-Claude Mailly. La concertation « ne vaut pas acceptation » estime-t-il, poursuivant : « Je suis pragmatique. Si ce n’est pas bon, nous le disons aussi. C’est à ce moment-là que nous passons à l’action, comme la mobilisation ». Pour Pascal Pavageau, la réforme gouvernementale du Code du Travail ne mérite qu’une chose : se voir opposer une mobilisation sociale. 

En interne, de nombreux responsables fédéraux interprètent en tout cas son arrivée à la tête de FO comme devant s’accompagner d’une posture confédérale plus contestataire qu’elle ne l’est à l’heure actuelle. D’après l’un d’entre eux, la composition de la future équipe entourant M. Pavageau pourrait matérialiser cette inflexion de la ligne défendue par la centrale. Une question se pose à cet égard : la très peu contestataire FGTA-FO peut-elle se maintenir à la confédération ? 

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