Fin mars 2025, la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (Drees) a publié un nouveau dossier consacré à l’expérience des patients en médecine générale. Tiré de l’enquête internationale Patient-Reported Indicator Survey (PaRis), ce rapport dresse un panorama détaillé de la relation que les patients de 45 ans et plus vivent leur suivi médical. Une relation souvent marquée par la fidélité et la satisfaction, mais où persistent certaines zones d’ombre.

Menée auprès de plus de 15 000 patients âgés de 45 ou plus, l’enquête révèle un fort attachement au médecin traitant, une satisfaction globale quant à la qualité des consultations, mais aussi des disparités selon l’état de santé, le niveau de vie ou l’accès aux soins.
Un lien durable et central avec le médecin généraliste
En 2023, 77 % des patients de 45 ans ou plus déclarent consulter toujours le même médecin généraliste pour la majorité de leurs problèmes de santé. La moitié entretient cette relation depuis plus de dix ans. Ce lien, à la fois personnel et structurant, s’inscrit dans un cadre où les généralistes restent les premiers interlocuteurs du système de soins, bien loin devant les spécialistes ou autres professionnels de santé.

Un attachement solide donc, mais qui se nuance selon l’état de santé des patients. L’enquête révèle que 30 % des personnes se déclarant en mauvaise santé ne s’adressent pas toujours au même professionnel de santé, contre seulement 10 % parmi celles qui jugent leur santé excellente. Dans le même temps, 7 % des patients en mauvaise santé déclarent consulter uniquement un médecin spécialiste, soit plus de trois fois plus que ceux en excellente santé (2 %). Les patients atteints de maladies chroniques sont aussi plus nombreux à diversifier leur parcours : 18 % d’entre eux consultent plusieurs professionnels pour leurs soins, contre 11 % pour ceux qui n’en déclarent aucune.

Le recours des patients au médecin généraliste varie fortement selon les caractéristiques sociales et l’état de santé
La fréquence des consultations chez le médecin généraliste diffère selon plusieurs facteurs. En 2023, la moitié des patients de 45 ans ou plus ont consulté leur médecin au moins quatre fois dans l’année. Les femmes sont plus nombreuses à consulter régulièrement que les hommes, avec 52 % contre 47 %. L’état de santé joue un rôle déterminant : 86 % des patients en mauvaise santé déclarent avoir eu au moins cinq consultations dans l’année, contre seulement 21 % chez ceux en excellente santé. Ce pourcentage s’élève à 68 % chez les personnes qui souffrent de plusieurs maladies chroniques.
Les écarts sont également marqués selon le niveau de vie. Les patients les plus modestes consultent plus fréquemment que les plus aisés. Par ailleurs, l’environnement local a une influence non négligeable : dans les territoires où l’offre de soins est plus dense, les patients, en particulier ceux atteints de pathologies chroniques, ont davantage recours aux consultations de médecine générale.

Une qualité perçue globalement élevée, mais inégale selon les profils
Globalement, les consultations sont bien perçues. 95 % des patients estiment que leur médecin généraliste a passé assez de temps avec eux lors de leur dernier rendez-vous. Le temps médical semble donc suffisant aux yeux de la grande majorité, même si cette proportion diminue légèrement chez les personnes en moins bonne santé (89 % pour ceux se disant en mauvais état de santé, contre 97 % chez ceux en excellente santé).

Autre indicateur révélateur : 79 % des patients trouvent les explications du médecin faciles à comprendre, et 18 % plutôt faciles. La compréhension diminue toutefois chez les plus âgés et les moins diplômés : seulement 74 % des patients de 75 ans ou plus jugent les explications claires, contre 80 % des 45-54 ans. La corrélation entre durée perçue de la consultation et compréhension est nette : seuls 20 % de ceux estimant que la consultation a été trop courte trouvent les explications claires, contre 83 % chez ceux satisfaits de la durée.
La confiance envers le médecin traitant reste forte, surtout dans la durée
La confiance entre les patients et leur médecin traitant ressort également comme un pilier de la relation de soins. D’après l’enquête, 83 % des répondants disent avoir eu entièrement confiance en leur médecin lors de leur dernière consultation, et 15 % dans une certaine mesure. Ce lien de confiance se renforce avec le temps, puisque 87 % des patients qui consultent le même médecin depuis plus de dix ans déclarent lui faire pleinement confiance.

Des délais d’attente globalement bien acceptés
En matière d’accès aux soins, l’enquête révèle que les délais pour obtenir un rendez-vous avec un médecin généraliste sont globalement courts. 28 % des patients ont été reçus le jour même ou le lendemain de leur prise de rendez-vous. Ce taux atteint 35 % dans les communes les mieux dotées en médecins généralistes, c’est-à-dire celles où l’indice d’accessibilité potentielle localisée (APL) est supérieur à 4. À l’inverse, dans les zones les moins bien pourvues, où cet indice est inférieur à 2,5, seuls 27 % des patients ont obtenu un rendez-vous dans ce délai.
Médecine générale : des difficultés plus fréquentes chez les patients vulnérables
Malgré un tableau globalement positif, une minorité de patients fait état de difficultés dans leur relation avec leur médecin traitant. Sur les douze derniers mois, 5 % déclarent avoir souvent rencontré un problème (diagnostic erroné, mauvais traitement, communication défaillante), et 12 % disent que cela s’est produit parfois. Les patients les plus jeunes, en particulier ceux entre 45 et 54 ans, sont plus nombreux à rapporter ces incidents. Même en tenant compte de leur état de santé, ces tranches d’âge restent les plus critiques à l’égard de leur prise en charge.

Un autre élément ressort de l’enquête et mérite l’attention. Un patient sur quatre a dû répéter des informations déjà censées figurer dans son dossier médical. Cette proportion atteint 40 % parmi ceux qui se déclarent en mauvais état de santé. Par ailleurs, un tiers des personnes interrogées affirment n’avoir jamais ou rarement été encouragées à poser des questions sur leurs soins. Cette situation se rencontre plus fréquemment dans les communes où l’offre de médecins généralistes est particulièrement faible.