Les conséquences de l’annulation des élections professionnelles sur le CHSCT

Cet article est issu du site de la CFDT.

Les membres des CHSCT sont élus, au suffrage indirect, par les délégués du personnel et les représentants salariés au comité d’entreprise réunis, pour l’occasion, au sein d’un collège désignatif. Mais lorsque l’élection de ces grands électeurs est elle-même annulée, qu’advient-il du CHSCT qu’ils ont contribué à mettre en place ? Il continue à fonctionner « comme si de rien n’était » a jugé la haute Cour. Cass. soc. 15.04.15, n° 14-19.139. 

Fin 2013, une société organise les élections des représentants salariés au comité d’entreprise et des délégués du personnel. Ce scrutin a visiblement été le théâtre d’irrégularités majeures puisqu’il sera finalement annulé par jugement du tribunal d’instance de Courbevoie. 

Le problème, c’est qu’entre ces élections litigieuses et leur annulation effective, il se sera tout de même écoulé un peu plus de trois mois. De quoi laisser à ces représentants du personnel issus du suffrage universel direct le temps « de faire des petits » via l’élection, au suffrage indirect, de représentants du personnel au CHSCT. 

C’est donc une question globale qui s’est trouvée posée à la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire : l’annulation des élections des délégués du personnel et des représentants des salariés au comité d’entreprise est-elle de nature à remettre en cause, du même coup, celles des représentants au CHSCT ? Dès lors que ce sont ces mêmes délégués du personnel et représentants des salariés au comité d’entreprise qui ont été amenés à constituer le collège désignatif. 

 

L’annulation de la première élection ne saurait faire tomber, comme dans un jeu de dominos, la seconde. 

 

Pour parvenir à une telle conclusion, la Cour de cassation n’a rien fait d’autre que de se référer à sa propre jurisprudence selon laquelle l’annulation des élections des représentants du personnel n’a pas d’effet rétroactif (1). Positionnement qui est, d’ailleurs, aussi et de longues date, celui de la plus haute juridiction de l’ordre administratif (2). La simple application de ce principe conduit logiquement à considérer que le collège désignatif a été régulièrement constitué puisque, le jour où il a été réuni, l’élection de ses membres n’avait pas encore été remise en cause. 

 

Les actes posés par les délégués du personnel et les représentants des salariés au comité d’entreprise, dont l’élection est, par la suite, annulée par les tribunaux, demeurent donc valables. Ainsi en va-t-il, notamment, des élections des représentants du personnel au CHSCT. Cela vaut y compris dans cette affaire dans le sens où, pour des raisons de circonstances qui lui sont propres, toute suspicion de fraude a finalement été écartée. 

 

 


 

(1) Cass. soc., 28.02.07, n° 05-42.553. 

(2) Le Conseil d’État considère, en effet, que « l’annulation des élections ne rend pas irrégulières les délibérations rendues par l’institution représentative du personnel depuis sa mise en place et avant l’annulation des élections ». Cf. CE, 21.12.94, n° 105.313. 

 

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmarkClose
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

MECSS 2026 : la Direction Générale du Trésor parle transfert de charges et solvabilité

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #1 : le régime santé de la CCN Syntec

Lancer la vidéo

PLFSS 2026 : rejet du socle solidaire et responsable par la ministre Amélie de Montchalin

Lancer la vidéo

Nicolas Desormiere (MH) : la garantie aidants, nouvelle corde de la prévoyance CCN

You May Also Like
Lire plus

Urgences : derrière les moyennes, la double peine du lieu et de l’âge

La Drees (service statistique des ministères sociaux) livre deux nouvelles études les urgences hospitalières à partir d'informations qui datent de 2023. Le constat est difficile car derrière la durée moyenne de passage — 3h10, contre 2h15 il y a dix ans — se dessinent deux inégalités : l'une concerne le service des urgences où l'on se présente, l'autre concerne l'âge du patient. Un état des lieux qui n'est pas sans conséquences pour les assureurs complémentaires. ...

Avis d’extension d’un avenant prévoyance à la CCN de l’industrie de salaison et charcutière en gros

Le ministre travail et des solidarités envisage d’étendre, par avis publié le 3 juin 2026, les dispositions de l’avenant du 16 avril 2026 relatif au régime de prévoyance pour les salarié.e.s cadres relevant des articles 2.1 et 2.2 de l'ANI du 17 novembre 2017, conclu dans le cadre de la convention collective nationale des industries de la salaison, charcuterie en gros et conserves de viandes du...

Avis d’extension d’un avenant à un accord territorial dans la métallurgie (Drôme-Ardèche)

Le ministre travail et des solidarités, envisage d’étendre, par avis publié le 3 juin 2026, les dispositions de l'avenant n° 3 du 27 mars 2026 à l'accord territorial (Drôme-Ardèche) du 9 juin 2022, relatifs aux dispositions spécifiques aux salariés, conclu dans le cadre de la convention collective nationale de la métallurgie du 7 février 2022 (...