Le burn-out: bientôt reconnu comme maladie professionnelle?

Le mardi 26 mai 2015, l’Assemblée nationale a commencé à examiner le projet de loi sur le dialogue social du ministre du travail François Rebsamen. La question de la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle a été abordée à cette occasion. 

 

  • Le burn-out: un syndrome encore flou

Le burn-out est également appelé « syndrome d’épuisement professionnel ». Aucune définition officielle n’a encore été donné. Néanmoins, il est décrit comme un processus complexe comprenant 3 dimensions, comme le précise le guide d’aide à la prévention du Gouvernement

D’abord, le burn-out se manifeste par une sorte d’épuisement émotionnel, psychique et physique. Ensuite, l’individu a une attitude qui devient négative et dure vis à vis de son travail et des personnes qui l’entourent. Enfin, la personne se dévalorise, plus précisement elle a le sentiment d’être inefficace dans son travail et de ne pas être à la hauteur du poste. 

Néanmoins, ce phénomène toucherait une part significative de la population. En effet, selon une étude du cabinet de prévention des risques psychosociaux Technologia cité par le journal Libération, le burn-out toucherait près de 3,2 millions de salariés

 

  • Une initiative de Benoît Hamon

Lors de l’examen sur le dialogue social à l’Assemblée nationale se déroulant le mardi 26 mai 2015, le député socialiste Benoît Hamon a déposé un amendement au projet de loi sur le dialogue social pour faire reconnaître le burn-out comme une maladie professionnelle.  

Il s’était confié au journal Libération en expliquant que « le burn-out est un défi social auquel nous devons répondre ». 

 

  • D’importantes conséquences à prévoir

Actuellement, aucune maladie psychique n’est reconnue dans les tableaux des maladies professionnelles. Ainsi, il est pratiquement impossible de faire reconnaitre la responsabilité de son employeur dans un burn-out. 

Comme le précise le journal le Parisien, le salarié peut décider de monter un dossier auprès d’un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles mais il faut présenter un taux d’incapacité de travail d’au moins 25% ! Une condition difficile à remplir, en ajoutant en plus que cette démarche semble compliquée pour des salariés qui sont déjà au bord de l’effrondrement. 

Par conséquent, la qualification de « maladie professionnelle » impliquerait que le salarié atteint de burn-out ne serait plus considéré comme une personne en dépression nerveuse prise en charge par le régime général de la Sécurité sociale, mais par la branche professionnelle financée par les cotisations des entreprises

Benoit Hamon énonçait au journal le Parisien que « reconnaître la cause professionnelle de ce mal, c’est obliger les entreprises à payer pour les dégâts qu’elles engendrent sur la santé des salariés ». 

Ainsi, cette réforme est destinée à faciliter les démarches des victimes mais surtout à faire payer les entreprises

 

  • Un accueil très mitigé pour ce projet

Ce changement est rejeté par le patronat. Dans le journal les Echos, le Medef faisait valoir que « le burn-out ne peut pas être décrété maladie professionnelle car c’est un phénomène très complexe, encore flou, où se mélangent des facteurs internes et externes à l’entreprise». Pour le patronat, « la clef du problème, ce n’est pas la réparation, c’est une meilleure prévention » 

En revanche, le syndicat FO soutient cette initiative de reconnaitre le burn-out comme maladie professionnelle. Pour eux, ce sont les employeurs qui restent responsables de l’organisation du travail ainsi que de la qualité de vie au travail pouvant favoriser l’apparition des burn-out des salariés; c’est pourquoi FO est favorable à l’imputation de la prise en charge de ce syndrome aux employeurs. 

A ce sujet, le syndicat CFDT Cadres avance que l’urgence est de reconnaître en amont les organisations du travail susceptibles de l’engendrer. Il préconise de rendre possible « une alerte professionnelle » sur les situations les plus graves. 

Enfin, le gouvernement est plutôt réservé sur le sujet et attend un rapport de la Direction générale du travail (DGT) pour se prononcer sur la reconnaissance professionnelle du burn-out. 

 

  • Ce qu’il faut retenir des débats de la séance du 26 mai 2015 à l’Assemblée nationale

L’Assemblée nationale a publié le compte rendu de la séance du mardi 26 mai 2015. Il ressort de ce document que les avis sont partagés sur le sujet du burn-out mais quelques arguments communs sont mis en avant. 

Tout d’abord, le rapporteur de la commission des affaires sociales, M. Christophe Sirugue énonce qu’il y aura un débat sur la question du burn out mais il rétorque que des avancées sont possibles « sans aller jusqu’à le reconnaitre comme une maladie professionnelle »

Pour, Mme Catherine Lemorton, présidente de la commission des affaires sociales, le problème du burn out ne peut être réglé par voie d’amendement. Elle pense que les partenaires sociaux doivent continuer à en discuter. Selon elle, le risque serait de « créer des cas de jurisprudence en écrivant un texte à la va-vite sans donner du phénomène une définition correcte ». 

Francis Vercamer (député UDI) rejoint cette position en énonçant que la notion de burn-out mérite « une vraie réflexion et non pas un amendement quelconque ». 

Enfin, M. Jean Frédéric Poisson (député UMP) a critiqué de manière virulente ce projet de loi et a avancé que personne ne connaissait les dispositions concernant le burn-out à inclure dans ce texte. 

 

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmarkClose
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

PLFSS 2026 : rejet du socle solidaire et responsable par la ministre Amélie de Montchalin

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #3 : les enjeux de la rentrée de septembre 2025

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #2 : le point sur la santé des HCR et la prévoyance des Services à la personne

Lancer la vidéo

Nicolas Desormiere (MH) : la garantie aidants, nouvelle corde de la prévoyance CCN

You May Also Like

2 exonérations de ticket modérateur vont disparaître

Un décret tout juste publié au Journal officiel prévoit la fin de l'exonération du ticket modérateur (TM) sur deux prestations précises. Premièrement, les patients en affection de longue durée (ALD) vont devoir assumer de payer le ticket modérateur sur les médicaments à service médical rendu faible. Ceux-ci ne sont remboursés qu'à 15% BRSS par la sécurité sociale, le TM de 85% BRSS sera donc généralement remboursé par la complémentaire santé. ...

Avis d’extension d’un avenant dans la conchyliculture et les cultures marines

La ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature envisage d’étendre, par avis publié le 17 avril 2026, les dispositions de l'avenant n° 50 du 13 janvier 2026 relatif à la grille des salaires, conclu dans le cadre de la convention collective nationale de la conchyliculture et des cultures marines du 19 octobre 2000 (...

Avis d’extension d’un avenant prévoyance à un accord dans la conchyliculture et les cultures marines

La ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature envisage d’étendre, par avis publié le 17 avril 2026, les dispositions de l'avenant n° 49 du 13 janvier 2026 à l'accord du 22 septembre 2003 relatif au régime de prévoyance, conclu dans le cadre de la convention collective nationale de la conchyliculture et des cultures marines du 19 octobre 2000 (...

Arrêté d’extension d’un avenant chez le personnel navigant d’exécution des transports maritimes

Le ministre du travail et des solidarités et la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, ont étendu, par arrêté du 16 mars 2026, publié le 17 avril 2026, les dispositions de l'avenant n° 4 relatif aux salaires minima, conclu dans la convention collective nationale des personnels navigants officiers des entreprises de transport et services maritimes du 19 novembre...

Avis d’extension d’un accord départemental (Loire) chez les OETAM du bâtiment 

Le ministre du travail et des solidarités envisage d’étendre, par avis publié le 17 avril 2026, les dispositions de l'accord départemental (Loire) du 15 janvier 2026 relatif aux idemnités de petits déplacements pour 2026, conclu dans le cadre des conventions collectives nationales des ouvriers employés par les entreprises du bâtiment visées et non visées par le décret du 1er mars 1962 (c’est-à-dire entreprises occupant jusqu’à dix et...