La liberté d’expression des représentants du personnel n’est pas sans limite

Cet article provient du site de la CFDT.

La liberté d’expression s’exerce dans la limite de l’abus de droit. Si elle est plus largement entendue pour les salariés s’exprimant dans l’exercice de leur mandat, elle n’est pas sans limite. C’est ce qu’a jugé la Cour de cassation dans un arrêt du 11 février dernier. Cass.soc.11.02.15, n°13-22978. 

  • Faits

Dans cette affaire, un salarié, représentant du personnel au CHSCT, a été sanctionné par un avertissement, après avoir adressé un courrier collectif aux directeurs d’une MJC. Ces derniers ayant jugé cette lettre irrespectueuse et menaçante. Le salarié a saisi le conseil des prud’hommes en référé afin d’obtenir l’annulation de la sanction au motif que cette dernière a porté atteinte à l’exercice de sa liberté d’expression et ce d’autant que les « limites de la critique et de la revendication admises pour un salarié s’exprimant dans le cadre de son activité syndicale sont plus large qu’en dehors de ce cadre ». 

 

  • Rappel sur la liberté d’expression et ses limites

 

La liberté d’expression est un droit individuel qui comprend la liberté de conscience et d’expression. Il se distingue du « droit d’expression » prévu par l’article L.2281-1 du Code du travail, qui prévoit que « les salariés bénéficient d’un droit d’expression directe et collective sur le contenu, les conditions d’exercice et l’organisation de leur travail ». 

 

La jurisprudence considère que « le salarié jouit, dans et en dehors de l’entreprise, d’une liberté d’expression à laquelle il ne peut être apporté que des restrictions justifiées par la nature de la tâche à accomplir et proportionnées au but recherché ». À ce titre, la liberté d’expression ne peut constituer une faute qu’à la condition que son usage ait été abusif. 

 

Qu’est ce que l’abus de droit en matière de liberté d’expression ? L’abus de droit est défini par la jurisprudence comme la tenue de propos injurieux, diffamatoires, ou excessifs (Cass.soc., 16-12-2009, n° 08-44 830). 

 

 

  • La décision de la Cour de cassation

 

La Cour de cassation, confirmant la décision de la cour d’appel, a jugé que « la lettre collective », adressée à trois directeurs de l’association, « les accusait d’user de procédés tels que la diffamation ou la diversion pour ne pas prendre en compte les préoccupations des salariés, leur adressait un ultimatum d’obéir à un ordre d’engager immédiatement des négociations et de répondre à leur convocation en adoptant un ton menaçant ». Ce qui constituait un abus à la liberté d’expression. 

 

De ce fait, la Haute Cour a décidé que « le salarié, dont la cour d’appel a fait ressortir qu’il ne s’exprimait pas dans le cadre d’une action syndicale, avait abusé de sa liberté d’expression, que s’il était représentant syndical au CHSCT, le salarié n’invoquait, s’agissant de la délivrance d’un avertissement, aucun élément de fait laissant supposer l’existence d’une discrimination ». 

 

Attention donc au ton et aux termes employés dans des tracts ou des communications syndicales par les représentants du personnel, dans la mesure où leur liberté d’expression, même si elle est acceptée de manière large, n’est pas absolue. 

 

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmark Close
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

MECSS 2026 : le HCAAM parle Grande Sécu et prévoyance

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #4 : zoom sur les dernières grandes actus CCN santé/prévoyance

Lancer la vidéo

MECSS 2026 : la DGAFP évoque le cas "Alan" dans la fonction publique

You May Also Like
Lire plus

La taxe OCAM disparaît temporairement du PLFSS 2027

Les députés réunis en commission des affaires sociales ont adopté les amendements de suppression de la taxe sur les complémentaires santé prévue à l'article 12 du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 (PLFSS 2027). Cette suppression est évidemment temporaire et la taxe sera sans nul doute réinstaurée en séance publique. Ce qui est intéressant c'est de ...

Avis d’extension d’un accord territorial (Dordogne) conclu dans le cadre de la convention collective nationale de la métallurgie

Le ministre du travail et des solidarités, envisage d’étendre, par avis publié le 16 octobre 2026, les dispositions de l’accord territorial (Dordogne) 30 juin 2026 relatif à la détermination de la valeur de point pour le calcul de la prime d’ancienneté, à compter du 1er juillet 2026 conclu dans le cadre de la convention collective nationale de la métallurgie (...

Avis d’extension d’un avenant salarial dans la CCN de l’assainissement et de la maintenance industrielle

Le ministre du travail et des solidarités envisage d’étendre, par avis publié le 16 octobre 2026, les dispositions de l’avenant n° 46 du 15 septembre 2026 relatif à la réévaluation des salaires minima conventionnels au 1er octobre 2026, conclu dans le cadre de la convention collective nationale de l’assainissement et de la maintenance industrielle du 21 mai 2002 (déchets liquides ...