Gilets Jaunes: les petites entreprises oubliées par Macron à l’aube de la Grande Peur

Une Grande Peur s’installe dans le pays. Tout indique que le mouvement des Gilets Jaunes devrait accentuer la décélération de l’activité économique déjà esquissée depuis plusieurs semaines. Selon toute vraisemblance, la croissance au 4è trimestre devrait plafonner à 0,2% désormais, dont 0,1 point perdu du fait du mouvement qui secoue le pays. Face à ces prémices de krach économique, le Président n’a guère prévu de dispositif de soutien aux petits commerces mis en difficulté par les blocages.

Les chiffres commencent à tomber. Selon la Banque de France, la croissance effective au quatrième trimestre serait inférieure de 0,2 point aux prévisions initiales. L’ensemble des secteurs de l’économie commencerait à souffrir du ralentissement de l’activité. Et partout les commerçants sont les premiers à subir le poids des blocages qui hérissent le territoire. Pour un grand nombre de très petites et de petites entreprises, les conséquences pourraient être très douloureuses.  

Les petits patrons face à la Grande Peur

Après l’allocution du Président de la République, une Grande Peur ne devrait pas tarder à s’emparer du pays. Les mesures proposées ont été jugées unanimement insuffisantes par l’opposition, et de nombreux Gilets Jaunes ont d’ores et déjà exprimé leur frustration vis-à-vis de celles-ci.  

Il est encore un peu tôt pour trancher sur l’avenir du mouvement, mais tout porte à croire qu’il devrait continuer jusqu’à l’éclatement d’une crise politique majeure. Si celle-ci n’intervenait pas immédiatement, il existe de fortes probabilités que la décélération mondiale de l’activité annoncée pour 2019 finisse par lui donner un corps relativement brutal à l’horizon de l’été. 

Pour de nombreuses petites ou très petites entreprises à la trésorerie déjà fragilisée par les événements, cette mauvaise conjonction d’événements politiques et économiques n’est guère favorable. Le climat de défiance qui s’installe dans le pays face aux incertitudes politiques devrait éprouver durement notre tissu économique.  

Le silence présidentiel sur le financement des mesures annoncées

Pour comble de malchance, le Président ne s’est pas exprimé sur le financement des mesures qu’il a annoncées hier. Entre le relèvement de 1.200 euros de la prime d’activité (présentée curieusement comme une augmentation du SMIC) et la suppression de la hausse de la CSG pour les retraites inférieures à 2.000 euros mensuels, l’Etat devrait chercher plusieurs milliards. 

De nombreuses hypothèses avaient circulé sur la suppression rétroactive du CICE de 2018, dont le coût est évalué à 20 milliards. Toutefois, la suppression de cette bouffée d’air pour la trésorerie de nombreuses entreprises paraît techniquement compliquée. On sait surtout que le CICE constitue un élément non négligeable de la trésorerie de ces entreprises et que, à ce titre, sa disparition sans coup férir ne ferait qu’aggraver la difficulté de petites entités déjà éprouvées par les circonstances.  

Mettre en place un prêt d’urgence à taux zéro de la BPI?

Pour donner un peu d’air à l’économie française, et tout particulièrement aux petits commerçants qui ont perdu leurs quatre meilleurs samedis de l’année, le pouvoir exécutif serait bien inspiré de proposer quelques mesures d’urgence. En particulier, pour faire face aux échéances de fin d’année dans une théorie dégradée par la baisse de la consommation, il serait salutaire de mobiliser la Banque Publique d’Investissement.  

Celle-ci pourrait par exemple consentir des prêts d’urgence remboursables en douze ou dix-huit mois à taux zéro, pour les commerçants touchés par les blocages. Ces prêts, plafonnés à un montant relativement faible (de l’ordre de 100.000 euros) permettrait à beaucoup d’éviter le pire et d’ainsi limité l’effet dépressif de la crise des Gilets Jaunes.  

Reporter préventivement les échéances trimestrielles de l’URSSAF?

Autre mesure qui donnerait un peu d’oxygène à des commerçants en difficulté: un moratoire de trois mois sur les prélèvements URSSAF en soulagerait plus d’un. Il s’agirait seulement d’un moratoire, le temps d’un retour à meilleure fortune, et non d’une annulation. Cette mesure souvent pratiquée au cas par cas et de façon informelle produirait un effet de confiance si elle était officialisée et anticipée.  

L’hiver naissant de l’économie française

Il n’en reste pas moins qu’une multiplicité d’indicateurs suggère que l’économie française est entrée en phase de repli ou est en instance de le faire. Les anticipations pour 2019 devont forcément tenir compte de cette donnée nouvelle.  

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