Geoffroy Roux de Bézieux élu à une courte majorité à la présidence du MEDEF

Avec 284 voix sur 512 exprimées (pour 545 électeurs…), Geoffroy Roux de Bézieux vient de remporter l’élection à la présidence du MEDEF. Alexandre Saubot n’a pas fait le plein des voix qu’il aurait pu avoir. Cette élection à une courte majorité traduit bien la crise d’identité que le mouvement patronal traverse aujourd’hui.

Après une campagne indécise (et morne), Geoffroy Roux de Bézieux vient de remporter d’une courte tête l’élection qui lui avait échappé il y a cinq ans. À de nombreux égards, ce résultat constitue une défaite collective pour le mouvement patronal. Voici pourquoi. 

Une très courte majorité

Il fallait 273 voix pour décrocher la majorité absolue à l’élection. Roux de Bézieux en recueille 11 de plus… Jamais un président du MEDEF ne s’est réclamé d’une si faible représentativité au sein du mouvement. Autant dire que, au premier coup de grisou avec le gouvernement (par exemple lors de la prochaine remise à plat des « aides aux entreprises », dont la TVA à taux réduit), la capacité du président du MEDEF à peser au nom des entreprises sera singulièrement réduite.  

Cette difficulté risque d’être accrue par la tentation (classique et récurrente) que le gouvernement peut avoir d’interroger l’UIMM pour contre-balancer les propositions du MEDEF… 

Le score en berne d’Alexandre Saubot

Autre anomalie du scrutin: le score biscornu d’Alexandre Saubot. Raide comme « i », celui-ci a mené une campagne sans concession, qui se termine en berne. S’il avait fait le plein de ses voix, il aurait collé de près à son concurrent. Le score final le place 60 voix derrière, soit un différentiel de plus de 10 points… À titre personnel, ce résultat constitue une défaite substantielle. Il illustre la perte d’influence des grandes fédérations, dont l’UIMM et la banque, qui ont soutenu ce négociateur réputé pour sa faible souplesse.  

Dans la pratique, la capacité de l’UIMM à mobiliser subit ici un fort décrochage… Même si Alexandre Saubot est récupéré dans le collège des personnalités qualifiées du conseil exécutif, le poids global des industriels risque d’être en souffrance.  

Y a-t-il un vrai programme dans la salle?

Non seulement, les deux concurrents semblent avoir échoué à rassembler au-delà des coteries, mais la campagne a peiné à passionner les foules. Au-delà de quelques platitudes d’usage sur la réforme du MEDEF et un peu plus d’innovation contre un peu moins de charges, le mouvement patronal n’a pas trouvé le souffle du renouvellement mode Macron. Pire: alors que la candidature Sénard, avortée par l’inaction de Pierre Gattaz, semblait porteuse d’une vision, Roux a donné le sentiment d’être très en-deçà de cette ambition. Par rapport à sa posture de 2013, l’intéressé donne même des signes de démotivation.  

Un statu quo dans l’univers paritaire?

Concrètement, les choses s’éclaircissent toutefois dans le monde paritaire. Soutenu par les assureurs, Roux de Bézieux devrait confirmer Claude Tendil à la tête de la stratégique commission de la protection sociale. Pour les institutions de prévoyance, cette annonce est en partie un soulagement. La stratégie du MEDEF devrait peu changer dans ce domaine.  

Sauf à ce que Claude Tendil ne considère qu’il a désormais les coudées franches pour agir et laisser libre cours à ses penchants « libéraux », la modération devrait continuer à prévaloir dans la réorganisation des groupes de protection sociale. Le rapprochement entre Malakoff et Humanis devrait se confirmer, et, pour le reste, le MEDEF devrait se tenir à l’écart des grandes remises en cause.  

 

 

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