Coronavirus : ce que prévoit le projet de loi d’urgence définitivement adopté

Le projet de loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de coronavirus, ou covid-19, a été adopté en un temps record de 4 jours seulement. Sa version permettant d’apprécier les différents changements adoptés par rapport au texte initial. La commission mixte paritaire (CMP) s’est accordée pour proposer un texte qui fasse consensus : aucun recours ne sera d’ailleurs déposé devant le Conseil constitutionnel.

 

Il est intéressant de revenir sur les grandes dispositions de ce texte qui instaure, par son article 4, un état d’urgence sanitaire immédiat de 2 mois. 

 

L’état d’urgence sanitaire : mesure centrale du projet de loi

La première mesure du projet de loi est la réécriture des dispositions permettant normalement de déclarer l’état d’urgence sanitaire pour une durée d’un mois : c’est un décret motivé et pris en conseil des ministres qui peut le décider. Cette durée d’un mois peut être prolongée par le vote d’une loi qui doit fixer la durée finale de l’état d’urgence sanitaire. 

En état d’urgence sanitaire, le Premier ministre a le pouvoir de prendre par décret de nombreuses mesures qui ont pour seule finalité de garantir la santé publique. Parmi ces mesures on trouve notamment la restriction ou l’interdiction de la circulation des personnes et des véhicules dans les lieux et aux heures fixées par décret, la fermetures des établissements recevant du public (à l’exception de ceux qui fournissent des biens ou des services de première nécessité), la réquisition des biens et services nécessaires à la lutte contre la catastrophe sanitaire ainsi que de toute personne nécessaire au fonctionnement de ces services ou à l’usage de ces biens. La loi précise que le fait de ne pas respecter les réquisitions est passible de 6 mois de prison et 10 000 € d’amende. Les autres violations aux interdictions prévues par décret peuvent monter jusqu’à des travaux d’intérêt général assorties de 6 mois d’emprisonnement et 3 750 € d’amende. 

La loi précise que les mesures doivent être strictement nécessaires et proportionnées aux risques sanitaires encourus et appropriées aux circonstances de temps et de lieu. Il doit y être mis fin dès lorsqu’elles ne sont plus nécessaires. 

Les mesures d’urgence économique pour faire face au coronavirus

Le titre II du projet de loi d’urgence sanitaire porte sur toutes les mesures destinées à empêcher l’arrêt de l’activité économique du pays. Ainsi, les organes délibérants des collectivités territoriales et des établissements publics peuvent délibérer valablement si le tiers de leurs membres est présent. Si la première convocation ne permet pas de réunir ce quorum, une 2e convocation a lieu au minimum 3 jours après, sans condition de quorum cette fois. Un membre de ces organes peut alors être porteur de 2 pouvoirs et le vote électronique et par correspondance papier est possible, sans si le caractère secret du scrutin est exigé par la loi. 

Le projet de loi permet aussi au Gouvernement de prendre des ordonnances pour prendre plusieurs mesures pour faire face aux conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du coronavirus. Ces décisions peuvent avoir pour objectif de prévenir et limiter la cessation d’activité des personnes physiques et morales exerçant une activité économique et des associations. Cela consiste notamment à permettre : à un accord d’entreprise ou de branche de permettre à l’employeur d’imposer ou modifier la prise de 6 jours ouvrables de congés payés, à un employeur d’imposer ou modifier unilatéralement les dates des jours de réduction du temps de travail, des jours de repos prévus par les conventions de forfait et des jours de repos affectés sur le compte épargne temps du salarié. 

Ces ordonnances permettent aussi de reporter ou d’étaler (et non d’annuler) le paiement des loyers, factures d’eau, de gaz et d’électricité liés aux locaux professionnels et commerciaux. Le nombre de mesures pouvant être prises sont évidemment légion et visent bien d’autres secteurs. 

 

Les mesures liées aux élections municipales

Le projet de loi précise qu’en raison de l’épidémie de coronavirus, le 2e tour des élections municipales qui devait avoir lieu le 22 mars 2020 est reporté au mois de juin 2020 au plus tard. La date choisie sera décidée par décret en conseil des ministres qui devra être pris au plus tard le mercredi 27 mai 2020. Les déclarations de candidatures devront alors être déposées avant le mardi qui suivra la publication du décret de convocation des électeurs. 

Si jamais les élections ne peuvent pas avoir lieu au mois de juin 2020, les mandats des élus seront prolongés pour une durée fixée par la loi. Pour déterminer la date du second tour des élections, un rapport du comité scientifique devra être remis au plus tard le 23 mai 2020 pour évaluer l’état de l’épidémie de coronavirus et les risques sanitaires liés à l’organisation du second tour. 

 

Retrouvez l’ensemble des mesures prévues par le texte de loi ci-après : 

 

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmark Close
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #11 : 4 jurisprudences "CCN" à connaître

Lancer la vidéo

MECSS 2026 : la Direction Générale du Trésor parle transfert de charges et contrats responsables

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #3 : les CCN face à l'assurance obsèques de l'enfant de -12 ans

Lancer la vidéo

Nicolas Desormiere (MH) : la garantie aidants, nouvelle corde de la prévoyance CCN

You May Also Like
Unocam
Lire plus

L’UNOCAM s’oppose en bloc au PLFSS 2027

Nous pouvions nous y attendre, le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 (PLFSS 2027) ne plaît pas du tout à l'Union nationale des organismes d'assurance maladie complémentaire (UNOCAM). Dans sa délibération actée le 13 octobre 2026, l'organisation rend un avis pleinement défavorable au projet de loi. L'UNOCAM y dénonce les 4 Md€ de charges supplémentaires qui pèseront sur les organismes en 2027. Les cotisations payées par les assurées en...
Lire plus

Vie, retraite, santé-prévoyance : ce que le rapport de l’ACPR dit du marché 2025

L'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) publie son panorama annuel des chiffres de la banque et de l'assurance pour 2025. C'était une année exceptionnelle pour l'assurance-vie et l'épargne retraite, tandis que la santé et la prévoyance affichent une croissance plus mesurée. Tour d'horizon chiffré du marché de l'assurance de personnes (rapport complet...

La branche de la bijouterie joaillerie orfèvrerie horlogerie BJOH revient sur le temps de travail des cadres

Les partenaires sociaux de la nouvelle CCN unifiée de la bijouterie, joaillerie, orfèvrerie, horlogerie (IDCC 3251) ont signé un avenant n°2 révisant l'accord sur l'organisation du temps de travail. Daté du 23 juillet 2026, le texte a pour objet de réviser l’article 13 de l’accord du 3 octobre 2023 relatif à l’organisation du temps de travail et de rajouter un...

Cotisations AT/MP : le taux « entreprise » généralisé par décret

Le gouvernement vient de publier le décret qui généralise le calcul des taux de cotisation au titre des accidents du travail et des maladies professionnelles (AT/MP) au niveau de l'entreprise. Ce texte modifie le code de la sécurité sociale pour indiquer que l'entreprise « bénéficie » désormais d'un taux unique pour l'établissement ou l'ensemble des établissements, au lieu de devoir en faire la demande selon des modalités fixées par arrêté. Ce taux applicable aux...