Chahuté par l’exécutif, Laurent Berger (CFDT) hausse le ton

Le quinquennat Macron est décidément difficile pour Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT.

 

Après avoir dû se faire à l’idée de ne plus guère être écouté par l’exécutif dans le cadre de l’élaboration des réformes sociales, M. Berger s’est fait chahuter à plusieurs reprises par le gouvernement ces dernières semaines. Aussi hausse-t-il le ton, afin de tenter de redorer quelque peu son blason. 

Des affronts plus ou moins publics

Ces derniers temps, l’exécutif ne fait pas vraiment mystère du peu de cas qu’il fait de l’avis de la CFDT. Ainsi, dans le cadre de l’élaboration de la réforme des retraites, alors qu’il sait bien que le recul de l’âge de départ à la retraite est une option exclue pour la CFDT, le Président de la République n’a toujours pas mis un terme à l’étalage des états d’âme gouvernementaux en faveur d’un tel recul. Ce matin encore, sur France Info, Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, a estimé que la question était « légitime » et devait « rester ouverte » de savoir s’il « faut […] travailler plus longtemps » afin de « financer notre système de protection sociale ». 

Au chapitre de la formation professionnelle, là encore, l’exécutif a récemment infligé un sérieux camouflet à l’organisation dirigée par Laurent Berger. Alors que la CFDT accordait une grande importance à son projet d’un OPCO Santé et Cohésion sociale unique – sur un périmètre où, d’ailleurs, la CFDT est très bien implantée – le ministère du Travail a finalement choisi de s’orienter vers la mise en place de deux OPCO différents. S’il est vrai que M. Berger n’est pas apparu personnellement investi sur ce dossier, il n’en demeure pas moins que la décision du ministère n’a pas dû manquer de l’interpeller, dans la mesure où les fédérations CFDT qui portaient ce projet d’OPCO unique constituent pour lui, en interne, de solides soutiens. 

Au cas où ces preuves de dédain gouvernemental ne se seraient pas avérées suffisantes, le patron de la CFDT a pu prendre connaissance, à l’occasion de la parution d’un essai sur le « progrès » rédigé par deux anciens conseillers de M. Macron, de la manière dont, dans l’entourage du Président de la République, on peut concevoir les syndicats de salariés. « Les syndicats devraient passer moins de temps à interpeller l’État et plus à changer la société. Pour interpeller l’État, les citoyens n’ont plus besoin d’eux » juge par exemple David Amiel, l’un des deux auteurs du livre. 

Laurent Berger dans tous ses transports

Force de constater que l’exécutif ne respecte que très relativement les syndicats de salariés, Laurent Berger a jugé opportun de marquer le coup et de hausser le ton. 

Interrogé hier matin sur France Inter, il a vivement dénoncé le propos d’ensemble des deux anciens conseillers du Président de la République. « Je crois qu’il y a beaucoup de mépris, beaucoup d’arrogance, beaucoup de méconnaissance dans ce qui a été écrit et dit depuis la sortie de ce livre », a-t-il ainsi déploré. « Je ne sais pas d’où ces jeunes hommes parlent, qui ils représentent mais je sais une chose: ils n’ont pas dû voir des salariés depuis un petit moment ou des syndicalistes depuis un petit moment » a-t-il poursuivi. Passablement agacé, M. Berger a tonné : « Ca suffit ». Il en a profité pour affirmer que le « nouveau monde » macronien ne se caractérisait pas spécialement par une « solidarité » débordante. 

Dans la foulée, le patron de la CFDT a dit tout le mal qu’il pensait de la polémique sur l’âge du départ à la retraite. « Depuis quelque temps, on nous dit qu’il faut augmenter l’âge légal. C’est hors de question pour la CFDT » a-t-il affirmé, qualifié « d’impôt sur le travail » une telle option. Puis Laurent Berger s’est voulu menaçant à l’égard du gouvernement, évoquant l’éventualité d’un départ de la CFDT de la concertation sur la réforme des retraites. « Il faut être très clair : est-ce qu’on va vers une réforme systémique dans le cadre de la concertation engagée par Jean-Paul Delevoye ? Si c’est le cas, on continue. Si il y a un report de l’âge légal, ce sera la fin de la concertation. Si l’exécutif annonce un report à 63, 64, 65 ans, la CFDT ne discutera plus avec M. Delevoye, ça n’aura plus de sens ». M. Macron osera-t-il s’aliéner tout à fait la CFDT ? 

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