Assurance-chômage : quand on veut tuer le paritarisme, on dit qu’il a la rage

Le Conseil d’Analyse Economique (CAE), instance qui conseille le Premier ministre sur les questions économiques, a publié une note sur la réforme de l’assurance chômage – voir ici – qui fait quelque peu parler d’elle du côté des acteurs et observateurs du paritarisme de la protection sociale.

 

Intitulée « Repenser l’assurance chômage : règles et gouvernance », cette note est un vibrant plaidoyer en faveur de l’étatisation de cette politique sociale paritaire. 

Les curieuses critiques étatiques de l’assurance-chômage

Profitant de la réalisation d’un tour d’horizon de la place de l’assurance-chômage dans l’amortissement des conséquences de la crise actuelle, les économistes du CAE formulent à ce sujet quelques observations critiques. En particulier, ils pointent du doigt le fait que l’indemnisation du chômage, en France, soit « légèrement pro-cyclique », « c’est-à-dire légèrement plus généreuse en période de chômage faible que de chômage élevé » – ce qui ne favorise pas la relance économique. En outre, ils déplorent le manque de « coordination » de cette indemnisation « avec les autres dépenses de protection sociale perçues par les chômeurs » : cumul emploi-chômage, revenu de solidarité active, allocation de solidarité spécifique, prime d’activité et allocations logement. Ce défaut de cohérence ne favoriserait pas une prise en charge équitable des chômeurs, trop généreuse dans certains cas et déficiente dans d’autres cas. 

A l’analyse, ces critiques s’avèrent pourtant quelque peu curieuses. D’une part, la première manque sa cible puisque, comme les auteurs de la note le reconnaissent d’ailleurs eux-mêmes, jusqu’à présent, l’indemnisation du chômage en France est en moyenne nettement plus élevée que ce qui se fait au sein des pays de l’OCDE. Autrement dit : on peut difficilement lui reprocher de ne pas être un élément de la lutte contre les crises économiques et sociales. D’autre part, la seconde critique semble partir du postulat que l’indemnisation du chômage est une dépense de solidarité nationale, alors qu’en réalité, comme en témoigne l’intitulé de la note du CAE, elle relève d’un régime d’assurance. Il est aussi aisé que problématique de critiquer l’assurance-chômage à l’aune d’un critère – quelle solidarité le système organise-t-il envers les chômeurs aux ressources fort limitées ? – largement étranger à sa raison d’être. 

L’horizon de l’étatisation

En formulant à l’encontre de l’assurance-chômage des critiques aux fondements pour le moins incertains, le CEA paraît vouloir lui chercher une quelconque rage permettant de légitimer sa mise à mort. Force est de constater que, juste après ces critiques – donnant, certes, lieu à des recommandations spécifiques – les auteurs de la note dévoilent le fond de leur pensée et de leurs préconisations : l’Etat doit prendre le contrôle de l’assurance-chômage. En d’autres termes, leur objectif – dont tout porte à penser qu’il est aussi celui du gouvernement – est de fonder scientifiquement la légitimité du principe de l’étatisation de ce pan de la protection sociale paritaire. Rôdant autour de l’assurance-chômage depuis plusieurs années maintenant, l’exécutif revient donc à la charge en ce début d’année 2021, dans le cadre d’une offensive bien plus générale – qui porte sur la retraite mais aussi, dans une certaine mesure, sur la santé et la prévoyance

Dans ce cadre, le CEA sort l’artillerie lourde. Il préconise d’abord de « créer un Haut Conseil de l’assurance-chômage (HCA) », « indépendant » mais « rattaché au Premier ministre » (sic), afin de réaliser les « études et évaluations nécessaires à l’élaboration des règles de l’assurance-chômage ». Bien lancés, les auteurs de la note jugent finalement opportun de revoir le mode de prise de décision concernant ces règles : plutôt que d’être purement paritaire, il pourrait relever d’un « conseil de négociation composé des représentants de l’ensemble des parties prenantes : les salariés du secteur privé et du secteur public, les employeurs, les travailleurs indépendants, l’État ». Cerise sur le gâteau : l’autonomie dudit conseil serait bien entendu totale, puisque les économistes du CEA veulent « intégrer le budget de l’assurance-chômage dans la loi de financement de la Sécurité sociale ». 

Les souhaits étatiques pour l’avenir de l’assurance-chômage sont ainsi clairement formulés. 

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmarkClose
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #4 : zoom sur les dernières grandes actus CCN santé/prévoyance

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #6 : les grandes actualités CCN santé-prévoyance de la rentrée 2026

Lancer la vidéo

MECSS 2026 : la Direction Générale du Trésor parle transfert de charges et contrats responsables

Lancer la vidéo

MECSS 2026 : le HCAAM parle Grande Sécu et prévoyance

You May Also Like

Du changement pour les visites de préreprise et de reprise du travail

Un décret publié au Journal officiel le 14 juin 2026 met à jour les modalités de mise en œuvre des visites de préreprise et de reprise du travail. Le texte s'applique à tous les arrêts délivrés dès le 15 juin 2026. Il indique que l'employeur doit être informé de la visite de préreprise même si le médecin du travail de n'a pas émis de recommandations (sauf si le salarié s'y oppose). Par ailleurs si une visite de préreprise est organisée, il est possible de ne pas...

Le plafonnement de la durée des arrêts de travail avec indemnités journalières est acté

La mesure de plafonnement de la durée des arrêts de travail ouvrant droit à des indemnités journalières de la sécurité sociale (IJSS) prévue par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 vient de recevoir son décret d'application. C'est le 1er septembre 2026 que ce plafonnement entrera en vigueur. Il précise que tous les arrêts de travail prescrits à compter de cette date ne peuvent durer plus de 30 jours pour une première prescription. En cas de...

La durée maximale de versement des indemnités journalières AT/MP est fixée

Un décret tout juste publié au Journal officiel fixe une durée maximale de service des indemnités journalières de la sécurité sociale (IJSS) dues en cas d'arrêt lié à un accident du travail ou une maladie professionnelle (AT/MP). Ce décret s'appliquera à partir du 1er janvier 2027 uniquement pour les sinistres survenus à compter de cette date. Concrètement, le texte indique que les IJSS versées dans le cadre d'un AT/MP ne pourront être servies plus de 4 ans. De...

Contrôle médical des arrêts longs : le seuil de saisine fixé à 3 mois

Un nouveau décret sorti officiellement définit la durée de renouvellement d'un arrêt de travail à partir de laquelle le prescripteur peut demander l'avis du service du contrôle médical. A partir du 1er septembre 2026, c'est pour les arrêts de travail prolongés sur au moins 3 mois que le prescripteur pourra solliciter l'avis du service du contrôle médical. De plus le texte supprime la durée maximale d'arrêt de travail (4 jours calendaires renouvelables une fois) qu'une...