A la CGT, le Spectacle sociétal de Philippe Martinez fait de moins en moins illusion

Ces derniers jours, Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, a quelque peu fait parler de lui pour des motifs très différents les uns des autres. Après avoir accordé une interview « gayfriendly » le 18 mai au magazine « LGBT + » – selon les formules désormais consacrées – Têtu, M. Martinez a cosigné une tribune dans le Monde appelant à une « réponse européenne ambitieuse » à la crise en cours.

 

Hélas pour le patron de la CGT, son petit Spectacle sociétal semble faire de moins en moins illusion en interne. 

Lavage de linge sale en public

Pour Philippe Martinez, l’interview accordée au magazine Têtu a été l’occasion de s’en prendre de manière virulente à la campagne syndicale orchestrée par Infocom CGT, une organisation membre de la confédération, au titre de son caractère supposément homophobe – pour mémoire, voir ici. En cette période où l’humanité est en recherche d’un vaccin contre la Covid 19, M. Martinez a jugé opportun de filer la métaphore pasteurienne. « Je pensais qu’être syndiqué à la CGT était un vaccin contre beaucoup de conneries. Notamment contre l’homophobie. Je dois me rendre à l’évidence, j’avais tort » a-t-il en effet déclaré. 

En grande forme, il en a profité pour dispenser quelques leçons de bonne gestion syndicale aux trublions d’Infocom CGT. « Cela pose un problème démocratique. A la CGT, ce sont les syndiqués qui décident. Pas deux ou trois individus qui aiment faire du buzz avec leurs affichettes » a-t-il ainsi déclaré, tenant donc à s’ériger en grand démocrate – on s’en souviendra. Quitte à laver jusqu’au bout le linge sale en public, M. Martinez a également déploré l’amateurisme de l’organisation CGT en question : « On ne peut pas faire n’importe quoi. Surtout quand on est un syndicat dont le coeur de métier est la com’ ». Après cette belle leçon de morale, Philippe Martinez a planché sur la question européenne. 

Le saut du cabri

Avec ses homologues de la confédération allemande DGB et des confédérations syndicales françaises CFDT, FO, CFTC et Unsa, le patron de la CGT a, en l’occurrence, réaffirmé son engagement européiste. Dans une tribune commune que ces dirigeants syndicaux ont fait publier dans le Monde, ils ont assuré que seule « une réponse européenne ambitieuse pourra nous éviter des années de croissance morne, voire de récession ». Dénonçant des « incidents xénophobes » survenus en Europe à la faveur de la crise et reprenant la vieille rengaine de la nécessaire mise en place d’une « Europe sociale », les signataires de la tribune ont appelé à adopter un plan de relance « ambitieux porté à au moins 2 % du produit intérieur brut (PIB) européen ». 

Ainsi donc, Philippe Martinez n’a pas hésité à s’afficher aux côtés de dirigeants d’organisations salariales bien plus modérées que la CGT pour redire publiquement tout le bien qu’il pense, sur le fond, de la construction européenne. Ce faisant, il a une nouvelle fois endossé clairement l’engagement de la CGT au sein de la confédération européenne des syndicats (CES), forme de représentation officielle et institutionnalisée du syndicalisme européen auprès des instances politiques et technocratiques de l’Union Européenne. 

Remous à la CGT

Au sein de la CGT, certains ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : alors que l’enjeu des engagements internationaux de la CGT fait régulièrement débat en interne, ils ont vivement dénoncé la décision de M. Martinez de signer la tribune intersyndicale publiée dans le Monde. Dans une contre-tribune publiée dimanche dernier, quatre dirigeants d’organisations membres de la CGT – la CGT du Val-de-Marne, la CGT des Bouches-du-Rhône, la fédération CGT du Commerce et des Services et la fédération de la Chimie – ont fait part de leur indignation au sujet de l’initiative confédérale. 

Après avoir rappelé le rejet par le peuple français, en 2005, du traité constitutionnel européen, les opposants à M. Martinez cognent sur ses préférences européistes. « Les orientations maintes fois réaffirmées du syndicalisme institutionnel européen sont incompatibles avec ce que doit être notre réaction, notre rôle historique face au choc d’austérité qui démarre. La CGT est une organisation de lutte de classes, elle a pour objectif le renversement du capitalisme, non son adaptation » affirment-ils en effet. 

Jusqu’à présent, Philippe Martinez a pu éviter les débats fondamentaux sur le sens du combat cégétiste en prenant part au Spectacle sociétal contemporain : avec des opposants aussi résolus que ceux qui commencent à faire entendre leur voix en interne, il n’est pas dit que cette diversion va fonctionner encore longtemps. 

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmark Close
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #4 : zoom sur les dernières grandes actus CCN santé/prévoyance

Lancer la vidéo

Piratage d'Almerys : Nathalie Goulet interroge Stéphanie Rist

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #4 : zoom sur le médico-social non lucratif

Lancer la vidéo

Nicolas Desormiere (MH) : la garantie aidants, nouvelle corde de la prévoyance CCN

You May Also Like
Lire plus

La taxe OCAM disparaît temporairement du PLFSS 2027

Les députés réunis en commission des affaires sociales ont adopté les amendements de suppression de la taxe sur les complémentaires santé prévue à l'article 12 du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 (PLFSS 2027). Cette suppression est évidemment temporaire et la taxe sera sans nul doute réinstaurée en séance publique. Ce qui est intéressant c'est de ...

Avis d’extension d’un accord territorial (Dordogne) conclu dans le cadre de la convention collective nationale de la métallurgie

Le ministre du travail et des solidarités, envisage d’étendre, par avis publié le 16 octobre 2026, les dispositions de l’accord territorial (Dordogne) 30 juin 2026 relatif à la détermination de la valeur de point pour le calcul de la prime d’ancienneté, à compter du 1er juillet 2026 conclu dans le cadre de la convention collective nationale de la métallurgie (...

Avis d’extension d’un avenant salarial dans la CCN de l’assainissement et de la maintenance industrielle

Le ministre du travail et des solidarités envisage d’étendre, par avis publié le 16 octobre 2026, les dispositions de l’avenant n° 46 du 15 septembre 2026 relatif à la réévaluation des salaires minima conventionnels au 1er octobre 2026, conclu dans le cadre de la convention collective nationale de l’assainissement et de la maintenance industrielle du 21 mai 2002 (déchets liquides ...