Alexandre Saubot, le pari social risqué de l’UIMM

Quelques mois seulement après son accession à la présidence de l’UIMM, Alexandre Saubot fait son entrée dans les instances confédérales patronales. Appelé à prendre la suite de Jean-François Pilliard en tant que vice-président du MEDEF en charge des affaires sociales, il incarne le patronat, encore en activité, des entreprises de taille importante. Cela suffira-t-il à asseoir sa légitimité ? 

Une succession pilotée depuis l’Avenue de Wagram

Jean-François Pilliard aura donc parfaitement organisé sa succession au pôle social du MEDEF. En même temps qu’il annonçait son départ de l’UIMM et du MEDEF, il désignait Alexandre Saubot comme étant son remplaçant confédéral. La FFSA ayant horreur du vide, l’UIMM a préféré agir vite. A en croire le communiqué de M. Pilliard, l’affaire était d’ailleurs entendue depuis plusieurs mois : « J’ai partagé cette décision personnelle avec Alexandre Saubot dès son élection à la présidence de l’UIMM, ainsi qu’avec Pierre Gattaz ». Pour sa part, ce dernier a affirmé que c’était lui qui avait « immédiatement demandé à Alexandre Saubot » de prendre le pôle social. Dans cette atmosphère sereine, une seule certitude : M. Saubot était conforté dans son nouveau poste confédéral. 

Alexandre Saubot, la cinquantaine à peine entamée, est un Polytechnicien (X1986) qui a réalisé la première partie de sa carrière dans la haute administration, à l’Armement et au Trésor, puis en cabinet, au service de Philippe Douste-Blazy. Comme le veut la coutume actuelle, son premier pantouflage se fait dans la haute finance, chez Natixis. Il revient dans l’industrie en 1999, lorsqu’il est appelé par son père à s’engager au sein de la direction du groupe Pinguely Haulotte, qui devient par la suite Haulotte Group. Depuis 2004, il dirige seul le groupe, qui compte aujourd’hui près de 1500 salariés en France. Ainsi, à la tête d’une ETI familiale, Alexandre Saubot dispose pourtant de tous les titres d’Etat qui font habituellement les grands patrons de la finance ou de l’industrie. 

Le changement dans la continuité

En mandatant M. Saubot au MEDEF, l’UIMM rompt avec certaines routines. S’il est courant que le président de la métallurgie soit un chef d’entreprise en titre et en activité, comme cela était le cas pour MM. Leenhardt, Dewavrin ou Saint-Geours, en revanche, la représentation sociale dont l’UIMM dispose au sein du MEDEF revient traditionnellement au délégué général, un permanent ayant le temps de travailler les dossiers. Ainsi, MM. Pilliard ou Gautier-Sauvagnac, et avant eux MM. Boursier ou Guillen, avaient la main plus ou moins haute sur les affaires sociales du patronat français. Dorénavant, c’est à un militant bénévole que reviendra la lourde charge de suivre les nombreux dossiers sociaux dont est saisie l’Avenue Bosquet et, surtout, d’imposer sa voix afin de les gérer. 

Pour ce qui est des symboles, la nomination d’Alexandre Saubot ne remet pas en cause le rôle prépondérant que les grandes entreprises jouent au MEDEF. S’il est vrai que le nouveau président de l’UIMM n’est pas à proprement parler un « grand patron », nous avons vu qu’il en a toutefois toutes les caractéristiques. Surtout, dans tous les cas, le fossé est grand qui sépare le dirigeant d’un groupe de 1500 personnes et le patron d’une TPE ou d’une petite PME. Dans ces conditions, son image de patron d’entreprise industrielle et familiale ne suffira sans doute pas à redorer le blason de l’état-major, quelque peu lointain, de Pierre Gattaz. La CGPME ne manquera pas de grain à moudre en vue de l’échéance de la mesure de la représentativité des organisations patronales. 

La FFSA en embuscade

La succession de M. Pilliard a dû être suivie de près par les assureurs, qui cohabitent bon an mal an avec la métallurgie à la tête du pôle social du MEDEF. Force est de reconnaître que la FFSA n’a pas nécessairement perdu au change dans cette histoire. Abandonnant un Jean-François Pilliard maîtrisant parfaitement son sujet et tout à fait rompu aux arcanes patronales, paritaires et politiques, ils héritent d’un Alexandre Saubot à l’expérience militante encore limitée et aux talents de négociateurs mis en défaut lors de la récente négociation sur la modernisation du marché du travail. Claude Tendil, qui vient de réussir à négocier un accord dans le domaine ô combien sensible des retraites complémentaires, apparaît donc comme étant en position de force dans le duo.  

Pour le président de l’UIMM, les prochains mois vont être décisifs en vue d’imprimer sa marque en tant que responsable confédéral de premier plan. M. Saubot n’a-t-il pas déjà fait savoir qu’il entendait prendre ses responsabilité à la présidence de l’UNEDIC ? Plus généralement, les occasions pour lui de se mettre en avant ne vont pas manquer : organisation de la fusion de l’AGIRC et de l’ARRCO, service après-vente de la généralisation de la complémentaire santé, révision de la convention UNEDIC, ou encore fusion des branches et réforme du marché du travail. Ces opportunités bien réelles constitueront toutefois autant de risques de prendre des coups. Que les principaux concurrents de l’UIMM ne rechigneront bien évidemment pas à donner… 

Bien que précisément planifiée, la succession de Jean-François Pilliard n’en ouvre pas moins une période d’incertitude pour l’UIMM et pour le MEDEF. 

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