1er mai : une journée de mobilisations sous le signe de la fracture syndicale

Comme tous les ans, le 1er mai a donné lieu à de nombreuses mobilisations sociales – syndicales mais pas uniquement – un peu partout en France.

 

Au-delà des développements spectaculaires qui ont eu lieu lors du défilé parisien, le principal enseignement de ce 1er mai 2019 est que la fracture s’est affirmée entre les centrales syndicales dites contestataires, autour de la CGT et FO, et celles dites modérées, autour de la CFDT. 

Le 1er mai fort policé de la CFDT

Hier, à Paris, la CFDT s’est tenue ostensiblement à l’écart du défilé parisien organisé à l’appel, notamment, de la CGT, de FO et de Solidaires. En fin de matinée, accompagné de responsables de la CFTC et de l’UNSA, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, avait préféré tenir un discours, place de l’Odéon, au sujet de « l’Europe sociale » – la fameuse « Europe sociale » que l’on nous promet depuis plus de trente ans maintenant… D’après Marianne, « une centaine de militants » a assisté à cette manifestation. 

Dans son discours, entre autres considérations europhiles, M. Berger a notamment annoncé qu’il allait être reçu le 6 mai prochain à Matignon par le Premier ministre. Il s’agira d’échanger autour des salaires et de la prime transport, logement et transition énergétique. « Enfin, la porte de l’exécutif s’entre-ouvre, à nous d’y glisser le pied » s’est félicité le patron de la CFDT. Après avoir apporté, quelques heures auparavant, sur France Info, son « soutien » aux forces de l’ordre en prévision des manifestations du jour, M. Berger s’illustrait donc à nouveau par son attitude très policée à l’égard du gouvernement. 

Ainsi, alors même que l’exécutif tient aussi souvent que possible, depuis deux ans, à ignorer, voire à mépriser, la CFDT, Laurent Berger veut croire qu’il aperçoit le bout de ce long tunnel. Aussi a-t-il tenu, après quelques récents emportements, à faire de son 1er mai une ode à la grande modération syndicale. 

Le 1er mai haut en couleur de la CGT et FO

En comparaison de la journée très paisible de la CFDT, celle de la CGT et FO a pu paraître plus chahutée, sinon chaotique. Les images de Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, exfiltré du cortège parisien à la suite d’affrontements entre éléments radicaux et forces de l’ordre ont, par exemple, beaucoup fait parler d’elles. De la même manière, certains commentateurs ont insisté sur le fait que les « black blocks » ainsi que certains « gilets jaunes » présents hier à Paris avaient contribué à ce que la manifestation échappât au contrôle des dirigeants syndicaux. Indiscutablement, le 1er mai 2019 des chefs des syndicats contestataires n’a pas été de tout repos. 

Ceci étant dit, force est de reconnaître que la CGT et FO ont plutôt réussi leur pari d’un 1er mai offensif. Si l’on en croit les estimations officielles, près de 165 000 personnes ont participé aux défilés organisés un peu partout en France, contre 143 000 l’an passé. Plus symboliquement, si la défiance des manifestants radicaux et des « gilets jaunes » vis-à-vis des bureaucraties syndicales est évidente, il n’en demeure pas moins que tous ont défilé dans le même cadre global, avec des mots d’ordre commensurables. 

Au total, bon an mal an, les responsables de la CGT et de FO apparaissent donc confortés par le déroulement de la journée d’hier, sur une posture clairement offensive vis-à-vis de la politique gouvernementale. 

Une configuration à risques

Il y a fort à parier que l’exécutif se satisfait pleinement de voir se creuser le fossé entre la CFDT d’une part et la CGT d’autre part. Dans la situation politique et sociale qui est actuellement celle de la France, cette configuration présente pourtant des risques non négligeables.  

D’abord parce qu’en l’occurrence, elle se traduit par le fait que FO tend à réaffirmer son ancrage dans le camp contestataire. Ensuite parce qu’alors le gouvernement a déjà beaucoup distribué aux Français et qu’il doit encore mener de lourdes réformes, il n’est pas anodin que la CGT et FO se trouvent portées vers une ligne offensive. Enfin parce qu’il ne faudrait surtout pas sous-estimer les conséquences, pour le climat social et politique général, d’un rapprochement, fût-il opéré sur un malentendu, entre des « gilets jaunes », des « black blocks » et certaines bases syndicales. 

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