Réforme des retraites : Agnès Buzyn en mode pompier pyromane ?

Alors que la concertation sur la réforme des retraites est encore loin d’avoir pris fin – et que, par ailleurs, la situation sociale et politique de la France ne semble pas sur la voie de l’amélioration – Agnès Buzyn n’a pas trouvé mieux à faire que de s’exprimer publiquement en faveur d’un report de l’âge du départ à la retraite.

 

Une manière risquée pour le gouvernement d’annoncer la couleur aux Français ? 

« A titre personnel »…

Invitée hier du « Grand Jury » RTL-Le Figaro-LCI, Agnès Buzyn, la ministre des Solidarités et de la Santé, s’est laissée aller à quelques confidences sur la manière dont, « à titre personnel », elle concevait l’avenir de la politique des retraites en France. Elle a notamment insisté sur le fait qu’elle ne voyait pas comment éviter, à terme, un report de l’âge de départ à la retraite. « Je pense que, un jour, nous serons obligés de travailler plus longtemps sinon notre système de retraite ne pourra pas tenir » a-t-elle en effet déclaré. 

Au cas où certains Français n’auraient pas été pleinement convaincus par ce propos, la ministre a bien insisté sur le fait qu’il ne faisait qu’exprimer une vérité qui lui a été révélée en sa qualité de médecin : « Je suis médecin, je vois que la durée de vie augmente d’année en année. Est-ce que, alors que le nombre d’actifs diminue, nous allons pouvoir maintenir sur les actifs le poids des retraites qui vont augmenter en nombre et en durée ? Nous savons que cet équilibre-là va être de plus en plus difficile à tenir. » Grâce à Agnès Buzyn, tout ce que la France compte de non médecins prenait enfin conscience du fond du problème des retraites ! 

Une idée des « gilets jaunes » ?

N’étant pas naïve, Agnès Buzyn s’est probablement doutée que sa position purement personnelle – évidemment, qui se serait permis de douter un seul instant que la ministre en charge de la Sécurité sociale s’exprimait sur la politique des retraites à un autre titre qu’à un titre purement personnel ? – risquait tout de même d’être interprétée comme un dévoilement des intentions gouvernementales. Il est vrai que, jusqu’à présent, ces dernières ne sont pas tout à fait claires. 

Mme Buzyn a donc trouvé la parade. Non contente de mettre de l’huile sur le feu de la grave crise sociale que traverse le pays, elle a jugé opportun d’affirmer qu’en réalité, cette idée du report de l’âge du départ à la retraite a été formulée à l’occasion du mouvement des « gilets jaunes ». « À partir du moment où les Français l’évoquent, c’est sur la table, a estimé la ministre. À partir du moment où toutes les propositions qui sont amenées par le grand débat vont être étudiées, nous étudierons celle-là comme les autres. » a-t-elle en effet avancé. Au lendemain des évènements qui ont eu lieu sur les Champs-Elysées, il fallait oser – mais certains osent tout… 

Un coup porté à la réforme des retraites

Politiquement irresponsables dans le contexte qui est actuellement celui de la France, les propos de la ministre pourraient en outre affaiblir sérieusement la réforme des retraites. 

Alors que les dirigeants des confédérations salariales se tiennent à peu près calmes sur le sujet des retraites justement parce que Jean-Paul Delevoye leur a promis que l’âge de départ à la retraite ne serait pas reculé, les déclarations de Mme Buzyn viennent dévoiler la réalité des intentions gouvernementales à ce sujet. Probablement sonné par les déclarations de ministre, Laurent Berger, le patron de la CFDT, ne les a toujours pas commentés. Yves Veyrier, le secrétaire général de FO, s’est pour sa part montré plus gaillard. Sur RTL ce matin, il a dénoncé l’attitude gouvernementale : « les masques tombent » a-t-il en effet déclaré. A la veille d’une journée de mobilisation interprofessionnelle contre la politique sociale du gouvernement, Mme Buzyn se charge du travail de mobilisation des troupes syndicales. 

Du côté du patronat français, les propos d’Agnès Buzyn n’ont pas nécessairement été accueillis plus positivement. Bien des fractions du monde patronal se méfient en effet de la perspective d’un recul de l’âge de départ à la retraite. Les seniors demeurant souvent mis sur la touche avant de pouvoir partir à la retraite à taux plein, une telle perspective signifiera une dégradation des comptes des régimes sociaux – notamment de prévoyance – des entreprises et des branches. En relevant l’âge de départ à la retraite, l’Etat se défausserait en réalité – et à nouveau – de ses propres responsabilités sur les partenaires sociaux, les assureurs et les assurés. 

 

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