Réforme de la SNCF : très remontés, les syndicats vers une grève dure

L’annonce, lundi dernier, par le Premier ministre Edouard Philippe, de la réforme de la SNCF, qui sera menée par ordonnances et impliquera notamment la disparition progressive du statut de cheminot, a provoqué un tollé du côté des organisations syndicales présentes dans l’entreprise. Dénonçant une réforme qui ne relève pas les vrais défis du rail français, elles promettent une grève dure. 

Une réforme hors sujet

Pour les représentants des personnels de la SNCF, les principales mesures qui devraient être au centre de la réforme de la compagnie sont tout à fait hors sujet. Alors que le gouvernement entend s’attaquer avant toute chose au statut de cheminot, les syndicats insistent sur le fait que cette remise en cause ne permettra en aucun cas de régler le véritable problème de la SNCF, qui est celui de son endettement – de l’ordre de 47 milliards d’euros. Ainsi, interrogé par Le Point, le secrétaire de l’Unsa-SNCF, deuxième organisation salariale en voix, estime que la réforme n’est qu’une « provocation » à l’encontre des cheminots, qui ne répond ni à « la question de l’endettement » ni à « celle de la péréquation financière entre les activités plus ou moins rentables ». 

A cette critique s’ajoute une autre, concernant l’avenir des « petites lignes ». En effet, si le gouvernement a assuré ne pas vouloir suivre les préconisations du rapport Spinetta en la matière, qui les condamnait à une disparition rapide, il n’en demeure pas moins que le Premier ministre ne s’est guère montré précis quant à la manière d’assurer la pérennité de ces lignes. D’après Sud Rail, ceci est une « manoeuvre » de l’exécutif visant à « refiler le bébé » aux régions – sous-entendu : qui n’auront bien souvent guère d’autre choix que de fermer lesdites lignes. 

Enfin, du point de vue des syndicats, la méthode de réforme retenue par le gouvernement : le recours aux ordonnances, passe très mal. Pour l’Unsa, on est « à la limite de la démocratie ». Pour la CFDT-Cheminots également, les ordonnances sont injustifiables dans le cas de la réforme de la compagnie ferroviaire nationale : « Le gouvernement pouvait se permettre de procéder par ordonnances sur la réforme du marché du travail, car il l’avait clairement dit pendant la campagne et parce que la réforme est intervenue juste après l’élection. Ce n’est pas le cas pour la SNCF ». En bref, absolument rien ne convient aux syndicats dans ce qui a été annoncé par le Premier ministre. 

La promesse d’une grève dure

Face à ce qu’ils jugent être une fort mauvaise réforme, les syndicats de salariés ont unanimement promis au gouvernement qu’il allait devoir faire face à une grève dure s’il ne renonçait pas à son projet. Première organisation salariale chez les personnels de la SNCF, la CGT s’est très rapidement déclarée prête à faire grève durant « un mois » : « Pour faire plier le gouvernement, il va sans doute falloir un mois de grève » a tonné Laurent Brun, son secrétaire, dès lundi soir. Dans la foulée, une journée d’action a été appelée par la CGT, l’Unsa et Sud pour le jeudi 22 mars. 

Tentant – une fois n’est pas coutume ! – de dépasser par sa gauche le mouvement de protestation naissant, la CFDT-Cheminots a aussitôt considéré qu’il fallait se mobiliser avant cette date. « Si le gouvernement accélère son calendrier, il faut accélérer le nôtre » a en effet estimé Didier Aubert, le patron de cette fédération CFDT. Il a plaidé pour une grève reconductible lancée dès le 14 mars. Finalement soutenue par l’Unsa, la CFDT a défendu cette position lors de la réunion intersyndicale qui s’est tenue hier soir. Dans l’état actuel des choses, il faut croire que ce n’est pas cette position qui a été retenue par l’intersyndicale. 

Il faut dire que Laurent Brun (CGT) juge pour sa part que dans l’optique d’une grève dure, c’est-à-dire afin de ne pas épuiser les salariés et leurs finances, il est plus opportun d’attendre d’y voir tout à fait clair sur les intentions gouvernementales – rappelons que le projet de loi d’habilitation à prendre des ordonnances ne sera pas étudié par le Parlement avant début avril. En outre, la procédure de déclenchement d’une grève à la SNCF impose un délai d’environ 15 jours. Une nouvelle intersyndicale doit donc se tenir mi-mars afin de décider de la tenue éventuelle de la grève dure – dont le principe est toutefois clairement acté. Autant dire que le printemps risque d’être chaud sur les rails de France et de Navarre. 

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