L’Etat prive de médicaments un hôpital psychiatrique !

Alors que l’établissement public de santé mentale de la Sarthe (EPSM) refuse d’intégrer le groupement hospitalier de territoire, l’Agence Régionale de Santé a suspendu le paiement des médicaments commandés depuis le 1er janvier ! Les patients pourraient ne plus avoir accès à leurs médicaments d’ici peu.  

 

 

Le conflit entre les différentes branches de la médecine et de la santé prend un tournant encore jamais vu. Au départ de ce conflit entre l’EPSM de la Sarthe (ex-hôpital psychiatrique) et l’ARS, on retrouve un reliquat de Marisol Touraine : l’article 27 de la Loi de santé, qui rend obligatoire la création de Groupements Hospitaliers de territoire (GHT). Seulement, ce processus aurait mis l’EPSM sous la tutelle de l’hôpital du Mans. 

Une perte d’indépendance contraire à la spécificité de la psychiatrie

Une décision qu’a fermement refusé l’EPSM par la voix de son directeur Vincent Thomas. Et pour cause, il refuse que son établissement perde son autonomie au nom de la spécificité de la psychiatrie. Il souhaitait donc ne pas être intégré mais associé au GHT. Pour rappel, l’établissement propose des protocoles de psychiatrie hors les murs qui semblent porter leur fruits. 

Seulement, l’ARS ne l’entendait pas de cette oreille et a unilatéralement intégré l’EPSM au GHT. De nombreux services ont donc été fusionnés entre les établissements médicaux de la zone, notamment les services administratifs et ceux de la gestion des achats médicaux.  

Contactée par Ouest France, l’ARS se défend d’avoir réalisé un coup de force . 

De manière isolée, l’établissement public de santé mentale de la Sarthe (EPSM) a refusé d’adhérer au groupement hospitalier de territoire (GHT) de la Sarthe, situation unique en Pays de la Loire. De nombreux échanges entre le directeur de l’établissement et l’ARS ont découlé de cette posture. De fait, l’EPSM fait partie du GHT de la Sarthe, à compter du 1erjuillet 2016. […] La fonction achat de l’établissement (dont les médicaments) est mutualisée à l’échelle du GHT et portée par l’établissement support (le CH du Mans). 

 

Les patients vont payer les pots cassés !

Pourtant, dans les faits, difficile de dire que l’ARS ne met pas le couteau sous la gorge de l’établissement. Depuis janvier dernier, en mutualisant les compétences d’achats avec l’hôpital du Mans, les factures des fournisseurs de médicaments de l’EPSM ne sont plus honorées ! L’établissement risque la pénurie d’ici peu.  

Si les approvisionnements ne se sont pas encore stoppés, l’établissement fait savoir qu’en cas de suspensions de ceux-ci, il ne disposerait que d’une quinzaine de jours de réserve. Pour la commission médicale, c’est inadmissible.  

A court terme une telle rupture met en danger la vie des patients, la sécurité des soignants et de la population. La responsabilité de l’Etat est dès lors engagée en cas d’aggravation de l’état de santé de nos patients, ou de leur rechute, voire des mises en danger propres aux maladies mentales.  

 

Même son de cloche chez les familles de patients qui trouvent « inacceptable » cette situation. Ils sont « scandalisés de constater qu’un conflit entre structures publiques puisse conduire l’administration à prendre en otage les patients, risquant de mettre en danger leur santé. » 

De son côté, l’ARS garde le cap et fait monter la pression. Toujours pour Ouest France, elle affirme donc avoir alerté par courrier le 3 juillet 2017, Vincent Thomas, des risques qu’il faisait courir sur les approvisionnements en cas de refus d’intégration dans le GHT. Elle déplore aussi son absence de réponse mais reste tout de à sa disposition pour « élaborer des procédures permettant d’assurer la sécurité des patients et de maintenir la qualité de leur prise en charge. » 

En clair, l’ARS, qui est une institution représentante de l’Etat, ne laisse que deux choix à Vincent Thomas : signer ou démissionner au profit d’un directeur plus conciliant. Il ne pourra pas non plus se reposer sur la justice puisque l’action de l’avocat de l’EPSM est bloquée pour une subtilité de langage. 

Le paiement des factures est seulement suspendu et non pas rejeté. Or, une suspension n’étant pas une mesure définitive, elle ne ferait donc pas grief et ne serait donc pas susceptible de recours.  

 

Les deux partis semblent être irréconciliables. Mais en attendant que l’un ou l’autre cède, ce sont les patients qui trinquent. Mais pour combien de temps encore ? 

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmark Close
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #4 : zoom sur le médico-social non lucratif

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #5 : l'actualité des CCN Syntec, chimie, sécurité sociale

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #11 : 4 jurisprudences "CCN" à connaître

You May Also Like

Arrêté d’extension d’un avenant dans les entreprises horticulture pépinières du département du Calvados

La ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire, a étendu par arrêté du 4 août 2026 publié le 8 août 2026, les dispositions de l'avenant n° 50 du 3 mars 2026 à l'accord collectif territorial de travail du 17 janvier 1991 concernant les exploitations et entreprises agricoles de l'horticulture, des pépinières, de l'arboriculture, de la production de fruits et de champignons du Calvados ...

Arrêté d’extension d’un avenant sur le personnel d’encadrement des entreprises de polyculture de l’Eure

La ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire, a étendu par arrêté du 4 août 2026 publié le 8 août 2026, les dispositions de l'avenant n° 28 du 3 mars 2026 à l'accord collectif territorial de travail du 30 novembre 1984 du personnel d'encadrement des entreprises de polyculture et d'élevage, des exploitations maraichères et de cultures légumières de plein champ et des coopératives d'utilisation...

Les entreprises artistiques et culturelles modifient leur accord sur les salaires

Un avenant relatif aux salaires a été conclu dans la CCN de la convention collective nationale pour les entreprises artistiques et culturelles du 1er janvier 1984 (IDCC 1285). Daté du 16 juillet 2026, le texte a pour objet de modifier l'article 1.2 de l'accord sur les salaires 2026, car la grille des minimas conventionnels des emplois autres qu'artistiques figurant dans cet...

La CCN de l’industries des tuiles et briques met à jour les salaires

Un accord relatif aux salaires a été conclu dans la convention collective nationale de l’industrie des tuiles et briques du 17 février 1982 (IDCC 1170). Il s’agit de l’avenant n°19 du 30 avril 2026 qui a été signé par la Fédération Française des Tuiles et Briques (FFTB), UP'CHAUX, FIB et UNICEM ; ainsi que par les syndicats de salariés Fédération Nationale des...

La CCN de la médecine du travail revient sur la formation professionnelle

Un accord relatif à la formation professionnelle a été conclu dans la CCN du personnel des services interentreprises de médecine du travail (IDCC 897). Il a été signé le 25 juin 2026 par l’organisation patronale PRESANSE ; ainsi que par les syndicats de salariés Fédération Française de la Santé, de la Médecine et de l’Action Sociale CFE-CGC, Fédération Santé...