Les effets dévastateurs de la crise sur la restauration collective

Cette publication provient du site du syndicat de salariés CFE-CGC.

Présidente de la Fédération CFE-CGC Inova, Michelle Foiret analyse les impacts de la pandémie et du télétravail sur un secteur d’activité sous la menace de milliers de suppressions d’emplois. 

Quels sont les impacts de la crise sanitaire sur les secteurs d’activité regroupés au sein de votre Fédération ?La crise impacte très fortement tous les secteurs : la restauration collective (RC), la restauration rapide (RR), l’hôtellerie-cafés-restaurants (HCR), l’hôtellerie de plein air (HPA), les cafétérias, les casinos, les loisirs et les sports. Concernant les restaurateurs, toujours fermés, on estime que 30 à 35 % d’entre eux pourraient déposer le bilan. C’est catastrophique également pour les hôtels et les parcs de loisirs à l’image de Disneyland Paris – 30 000 emplois quand même – fermé jusqu’en février prochain. Nous ne sommes qu’au début : les conséquences multiples de cette crise vont s’étendre sur une dizaine d’années et certaines activités ne s’en remettront pas. Quelle est la situation spécifique de la restauration collective, fortement pénalisée par le développement à grande échelle du télétravail ?Il faut d’abord comprendre que la restauration collective (entreprises, écoles, hôpitaux) fait partie intégrante de notre modèle social. Les cantines d’entreprise ont fait leur apparition dès les années 40, au même titre que la médecine du travail, afin d’avoir des salariés bien nourris et bien soignés. Encadrée par toute une réglementation (qualité et variété des produits, menus établis par des diététiciens, circuits-courts, protocoles sanitaires…), la restauration d’entreprise, financée conjointement par l’employeur et le salarié, s’est généralisée dans le temps avec des tarifs très attractifs, concourant à la qualité de vie au travail (QVT). Elle concerne principalement les grandes entreprises. Les salariés de plus petites structures disposent quant à eux de tickets restaurant, avec les dérives que cela peut occasionner : menus moins équilibrés, repas plus chers, etc.La crise du coronavirus, avec les confinements successifs et le développement massif du télétravail, met gravement en péril les services de restauration collective et leurs acteurs. Alors que les employeurs cherchent depuis longtemps à réduire les coûts, la pratique du télétravail, amenée à se généraliser à l’avenir avec des possibles accords instaurant 2 à 3 jours par semaine, leur fait dire que la restauration collective – un sujet de dialogue social abordé notamment dans le cadre des comités sociaux et économiques (CSE) – n’est plus une nécessité. Les entreprises vont préférer négocier des indemnités en tickets restaurant et faire d’importantes économies sur le bail des espaces de restauration et leurs coûts induits. C’est pénalisant pour les salariés et leur santé car pour un nombre significatif, c’est souvent le seul repas équilibré de la journée. 

« Veiller, dans l’accord d’APLD, au maintien dans l’emploi, aux périmètres de mobilité et aux formations. » 

Qu’en est-il chez Compass, Elior et Sodexo, les trois grandes entreprises du secteur au sein desquelles la CFE-CGC est représentative ? La branche du SNRC (Syndicat national de la restauration collective), c’est 21 500 restaurants, 100 000 salaries et 4 millions de repas servis chaque jour. Les conséquences sont terribles pour l’activité. On s’achemine vers la suppression de milliers d’emplois. Chez Compass, la direction négocie un accord de rupture conventionnelle collective (RCC) et un accord d’activité partielle de longue durée (APLD) avec, à la clé, 1 200 à 1 500 emplois supprimés. Pour Elior, chez qui je suis déléguée syndicale centrale CFE-CGC, le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) prévoit 1 880 suppressions de postes. Enfin, le PSE actuellement négocié chez Sodexo devrait porter sur plus de 2 300 emplois.La multiplication des plans de restructuration un peu partout impacte inévitablement les acteurs de la restauration d’entreprise. Quand Airbus annonce la suppression de milliers d’emplois, ce sont autant de repas qui ne pourront plus être assurés dans les restaurants d’entreprise. Les seules activités de restauration collective qui perdurent concernent l’enseignement (écoles, crèches…) et la santé (hôpitaux, maisons de retraite, pénitenciers), deux segments bien moins rentables que celui de la restauration d’entreprise.Les partenaires sociaux négocient actuellement, au niveau de la branche professionnelle, un accord d’APLD pour la restauration collective. Quels sont les points de vigilance pour la CFE-CGC ?Nous veillons particulièrement au maintien dans l’emploi, aux périmètres de mobilité, à proportionner les effectifs et à proposer des formations de professionnalisation. L’accord, s’il est signé majoritairement, s’appliquera pour les entreprises et les salariés jusqu’à fin 2023, en espérant que la pandémie soit vaincue d’ici là. Il doit permettre de réduire de 40 % les effectifs du secteur. La CFE-CGC s’associe à cette nécessaire restructuration mais exige d’une part des clauses de revoyure dans le cas où l’activité redémarre, et d’autre part des engagements concernant le non-versement de dividendes aux actionnaires durant la période. Il serait indécent que les actionnaires de ces grandes entreprises puissent bénéficier de dividendes et licencier, et obtenir les aides de l’État. Il faut être sérieux. 

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmarkClose
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #2 : Le point sur les catégories objectives dans les CCN

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #7 : PSC, Alan et agréments de catégories objectives

Lancer la vidéo

Nicolas Desormiere (MH) : la garantie aidants, nouvelle corde de la prévoyance CCN

Lancer la vidéo

PLFSS 2026 : rejet du socle solidaire et responsable par Thibault Bazin

You May Also Like

CNSA : la nomination du président du conseil publiée officiellement

La nomination du nouveau président du conseil de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) vient d'être confirmée au Journal officiel. Il s'agit de Paul Christophe, maire de la commune de Zuydcoote et conseiller départemental du Nord. Il était également député Horizons (le parti d'Edouard Philippe) et fut ministre express des solidarités, de...

Acoss : 3 représentants de la CPME rejoignent le conseil d’administration

Un arrêté ministériel acte la nomination de nouveaux représentants de la CPME au sein du conseil d'administration de l'Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss). Muriel Nicolas devient ainsi titulaire à la place d'Alexa Morin. Cette dernière est alors suppléante, tout comme Sarah Lorenter. Accédez à l'arrêté de nomination en suivant ce...

L’assurance collective invitée à s’impliquer dans la prévention cardio-neuro-vasculaire

L'ex-ministre de la santé Yannick Neuder est à l'origine d'une proposition de loi récemment adoptée en première lecture pour améliorer la prévention cardio-neuro-vasculaire. Ce texte contient une référence directe à l'implication des professionnels de l'assurance collective de personnes. Dans sa version initiale la proposition de loi dressait une liste très succincte des acteurs vers lesquels les entreprises peuvent se tourner pour réaliser les actions d'information et...

Seyna poursuit sa forte croissance

La plateforme française d'assurance et de technologie pour les courtiers, Seyna, publie des résultats annuels 2025 très positifs. Après une année 2024 déjà bonne, l'année 2025 poursuit dans la même trajectoire et dépasse les objectifs que l'entreprise s'est fixée dans son plan "Horizon 2027". Ainsi le niveau des...