Le gouvernement baisse les retraites pour résorber le trou de la Sécurité Sociale

Le gouvernement n’en est pas fier, mais il baisse les retraites pour résorber le trou de la sécurité sociale. Une opération pas très glorieuse qui donne un signal fort sur l’avenir d’un système dont tout le monde imagine naïvement qu’il est soutenable pour les quarante prochaines années.

 

Le gouvernement affiche des comptes de la sécurité sociale en apparente bonne forme. Le tableau ci-dessus le montre. La branche maladie restera en déficit de 500 millions, et le FSV (Fonds de Solidarité Vieillesse), qui verse les pensions minimales aux retraités qui n’ont pas rempli leur temps de cotisations, sera en déficit de 1,8 milliard d’euros. L’ensemble dégagera un excédent de 700 millions d’euros grâce aux excédents de la CNAF et des accidents du travail. Et partiellement grâce aux excédents de la CNAV, c’est-à-dire des retraites des salariés. Autrement dit, ce sont les retraités moyens, les familles et les accidentés du travail qui financeront largement les quelques augmentations de dépenses qui bénéficieront aux médecins (grâce au recrutement de 4.000 assistants médicaux) et aux retraités les plus modestes. 

Comment le gouvernement baisse les retraites

Il faut lire en creux le texte du gouvernement pour comprendre quelle opération se cache derrière le jeu de prestidigitation auquel le gouvernement s’est livré:  

L’ensemble des prestations sociales augmenteront en 2019 et en 2020. Elles n’augmenteront toutefois pas toutes à la même vitesse : les prestations prioritaires (prime d’activité, minimum vieillesse et AAH) bénéficieront de revalorisations exceptionnelles de plus de 4 % par an, conformément aux engagements du Président de la République ; les prestations bénéficiant à nos concitoyens les plus fragiles augmenteront de l’ordre de 1,5 % par an (minima sociaux , dont RSA et ASS) ; les autres prestations sociales augmenteront de 0,3 %, soit le taux moyen des quatre dernières années. 

Traduction: les retraites du secteur privé et les rentes d’invalidité (pudiquement appelées « autres prestations sociales ») seront sous-indexées pour dégager du cash permettant de faire apparaître les comptes en excédent sans taper trop fort sur les bénéficiaires de la solidarité. Pratique! 

Il faut bien comprendre ici en quoi consiste la sous-indexation: elle revient à baisser le niveau des retraites en les revalorisant moins vite que l’inflation. La méthode est discrète, à peine visible, douloureuse dans la durée, mais indolore ou presque à son début. C’est la voie politique la plus simple pour afficher de bons résultats financiers sans pratiquer de réforme structurelle: les assurés paient toujours les mêmes cotisations, mais, en contrepartie, ils reçoivent moins de prestation. 

Vers une dégradation durable du niveau des retraites

La sous-indexation n’est pas une innovation du régime Macron. Hollande l’avait pratiquée en son temps, lorsque Marisol Touraine avait retardé de 6 mois la revalorisation des retraites, tout en proclamant le retour prochain à l’équilibre des comptes. On notera que cette revalorisation tardive ne concernait que les retraités du privé, et n’impactait pas les fonctionnaires, selon les bons principes d’égalité que l’Etat nous garantit en tous lieux et en tous temps.  

La particularité de la sous-indexation à la mode Buzyn tient à la quasi-institutionnalisation du choix politique porté par le gouvernement précédent. Touraine parlait de retard ponctuel dans l’augmentation des retraites. Buzyn fait savoir que, pour les années à venir, les retraites augmenteront définitivement moins vite que les prix.  

Les techniciens parleront ici de dégradation assumée du taux de remplacement. Autrement dit, en valeur réelle, la retraite perçue par les retraités va baisser. Ceux qui sont partis avec 75% de leur salarie moyen, n’en seront plus qu’à 70% à peine, peut-être moins, à la fin du mandat d’Emmannuel Macron. La promesse faite (mais les promesses n’engagent que ceux qui les entendent, c’est bien connu) dans le « pacte social » ne sera donc pas tenue. Petit à petit, les cotisations versées au cours de la carrière active rapportent moins qu’avant.  

En soi, la méthode peut être justifiée. Il est un fait que le taux de remplacement à la retraite en France est l’un des plus favorables d’Europe. Certains seniors qui ont terminé leur carrière au chômage ou dans un emploi plus ou moins précaire ont même gagné de l’argent en partant à la retraite. Dans ces conditions, il n’est pas forcémenet choquant de « raboter » le niveau global des pensions. 

Reste que ce point n’a pas fait l’objet de débat et qu’il est imposé subrepticement. Entre la hausse de la CSG et la sous-indexation des retraites, on voit bien que l’attaque est frontale pour les retraités. Démocratiquement, il ne serait pas absurde de l’évoquer globalement et de la discuter. Ce serait même probablement dans l’intérêt du gouvernement, puisque, tôt ou tard, le retour de bâton en sera d’autant plus douloureux qu’il sera lesté du poids des frustrations que le silence officiel nourrit. 

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