La crise ne fait-elle que commencer à la CGC?

La CGC a-t-elle, avec l’élection de François Hommeril à sa présidence, clos sa crise interne, ou l’a-t-elle relancée? Les bruissements de couloir de toutes parts, ces derniers jours, dont la presse se fait écho, obligent à poser la question, qui est très loin d’être neutres pour l’évolution du dialogue social en France. 

Hommeril, l’homme de l’apaisement

Facialement, le choix de François Hommeril à la présidence de la CGC, à la tête d’un ticket où figuraient la banque (en la personne d’Alain Giffard) et le transport aérien (Franck Zid, devenu trésorier), pouvait donner le sentiment d’un apaisement après la douloureuse éviction de Carole Couvert. Hommeril est un candidat de compromis, choisi avec l’accord de la métallurgie, qui continue à se tenir à l’écart de la direction confédéral après l’avoir dirigée pendant plusieurs années. Hommeril a recueilli 90% des voix au Congrès. C’est une belle performance et si, lors de son ultime discours, Carole Couvert ne s’était pas apesantie pendant 15 minutes en propos polémiques et revanchards sur sa propre fédération, la réconciliation eut été parfaite. 

Hommeril, l’homme qui n’a pas compris le rôle de la CGC

Une fois ce portrait idyllique dressé, la réalité revient au galop. Ainsi, dès le vote consommé, et la poussière des urnes volant encore après leur ouverture, Hommeril a improvisé une conférence de presse dans le dos de ses grands électeurs pour expliquer qu’il ne serait pas le toutou du gouvernement et qu’il rejoignait le front du refus de la loi Travail. Du coup, ce ralliement sans coup férir fait basculer la majorité syndicale du côté du retrait: FO, CGT et CGC représentent en effet une nette majorité de salariés. 

Mais personne ne lui a dit, au petit père Hommeril, que la loi de 2008 sur la représentativité syndicale avait intégré une disposition sur les syndicats catégoriels spécialement pour sauver la CGC en contrepartie d’un engagement à signer les accords à vie? Personne ne lui a dit qu’avant son élection, le destin des présidents qui ont refusé de jouer le jeu a toujours été tragique? Van Crayenest avait fini assassiné par Couvert, qui a fini assassinée par sa propre fédération, aux mains du gouvernement. Cette dernière avait eu la bonne idée de retirer la signature de la CGC sur le pacte de responsabilité, puis de négocier absurdement son ralliement à l’accord sur les retraites complémentaires exigé par Bruxelles. La réponse n’a pas tardé: EDF a organisé son éviction. 

Ces points d’histoire n’ont manifestement pas été clairement expliqués au nouveau président.  

Déjà des murmures dans les rangs

Comme à la parade, la réplique ne s’est pas faite attendre. Les barons qui ont fait de Hommeril un roi ont commencé à jeter des petits cailloux pour réexpliquer à l’impétrant les règles du jeu: pas question que la confédération échappe au contrôle de la banque et de la métallurgie. Et si Hommeril a paru un homme de paille crédible, ce n’est pas pour ses sorties gauchistes, mais pour ses qualités de porte-flingues (il avait servi à éliminer Danièle Karniewicz en son temps). 

Dès cette semaine, une première mise en garde filtrait dans les colonnes de la Lettre A, qui se faisait un plaisir de rappeler que le duo Dos Santos (banque) et Artero (métallurgie) avait éliminé tous les alliés possibles de Hommeril de la direction confédérale. Celle-ci est entièrement tenue par les deux fédérations dominantes. De leur côté, les informateurs habituels de la presse soulignait que Carole Couvert avait réalisé un excellent travail et avait des prises de position nuancées en son temps. Le seul reproche qui expliquait son éviction était de n’avoir pas envoyé au CESE des membres de sa fédération. 

Voilà quelques rappels sur les règles du jeu qu’Hommeril devrait d’autant plus et mieux prendre au sérieux qu’Alain Giffard, son numéro deux, a pendant un temps caressé l’espoir de prendre la présidence de la confédération. Un accident dans les escaliers est si vite arrivé! 

Hommeril est-il capable de comprendre les règles du jeu?

Hommeril a expliqué qu’il resterait à Chambéry, sa ville d’origine et de résidence, pendant son mandat. L’annonce ne manque pas de surprendre. Sera-t-il suffisamment présent pour tenir les rênes d’une maison moins facile qu’il ne le croit peut-être? Que va devenir l’appartement du 8è arrondissement loué par la confédération pour le président? A-t-il bien mesuré les contraintes liées à la charge, qui s’accommodent mal de l’idéalisme gauchiste dont il fait preuve aujourd’hui? Toutes ces questions sont ouvertes et n’excluent pas une crise rapide de gouvernance à la tête d’une maison qui a eu l’espoir un peu naïf de se rabibocher pour pas cher.  

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