La CNAM défend sa stratégie de redressement devant les sénateurs

Confrontée à une dérive budgétaire inédite, la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) a livré le 8 juillet 2025 devant la commission des affaires sociales du Sénat un exposé sans détour de ses constats et de ses propositions. Son directeur général, Thomas Fatôme, a présenté le rapport « Charges et produits » 2026, l’occasion de faire connaître les principales pistes envisagées pour redresser un système à la fois coûteux, performant et menacé de rupture.

Dans son rapport, la CNAM avance de nombreuses propositions pour redresser la trajectoire financière de la branche maladie. Lors de son audition à l’Assemblée nationale, les échanges se sont principalement concentrés sur trois leviers d’action : un effort massif sur la prévention, une refonte des parcours de soins, et une politique de régulation fondée sur la pertinence et le juste tarif.

Un déficit massif qui justifie l’alerte lancée par la CNAM

Le point de départ est sans appel : la branche maladie affiche un déficit de 16 milliards d’euros pour 2025, un niveau jamais atteint. Et sans mesures correctrices, ce trou pourrait grimper à 41 milliards d’euros en 2030. « Le système s’endette structurellement, à raison de 5 milliards d’euros supplémentaires chaque année », a prévenu Thomas Fatôme. En toile de fond : des dépenses de santé pérennes non financées, issues notamment des revalorisations du Ségur, et une dynamique de coûts tirée par le vieillissement de la population et l’explosion des pathologies chroniques.

Derrière la moyenne des remboursements par assuré (près de 3 000 €), se cache en réalité une concentration massive : les personnes en affection de longue durée (ALD) coûtent en moyenne 9 500 €, contre à peine 1 200 € pour les autres. À ce rythme, la CNAM projette qu’un quart de la population relèvera d’une ALD d’ici 2035.

Miser sur la prévention : la priorité stratégique portée par la CNAM

Pour briser cette spirale, la CNAM fait de la prévention un « défi de la décennie ». Marguerite Cazeneuve, directrice déléguée, a insisté : « Si nous ne faisons pas baisser le nombre de malades, nous n’y arriverons pas ». Vaccination contre la grippe, lutte contre l’hypertension, réduction du sucre chez les enfants, dépistage précoce des maladies chroniques : les cibles sont connues, mais les résultats peinent à suivre. Ainsi, en matière d’hypertension, pathologie silencieuse et massivement sous-diagnostiquée, seule une personne sur quatre est traitée.

Parmi les propositions phares : autoriser les pharmaciens à dépister l’hypertension, interdire les dépassements d’honoraires pour les actes de dépistage des cancers, ou encore inscrire une demi-journée de prévention dans les contrats responsables d’entreprise. La CNAM propose aussi une approche plus personnalisée via « Mon espace santé », pour adresser des recommandations ciblées selon les données de remboursement.

Des leviers fiscaux au service de la santé publique

L’un des axes les plus audacieux réside dans la réforme des taxes comportementales. Leur rendement décline à mesure que les comportements s’améliorent, justifiant un élargissement progressif à taux de prélèvement constant. La CNAM évoque les produits ultra-transformés, certains additifs ou encore le sucre. Une refonte des taux de TVA sur les produits alimentaires est également suggérée, pointant l’incohérence entre une pizza industrielle et un brocoli tous deux taxés à 5,5 %.

Autre mesure potentiellement polémique : la vaccination obligatoire contre la grippe pour les soignants, voire pour les résidents en Ehpad. L’idée d’abaisser à 9 ans l’âge de la vaccination contre le HPV, pour l’intégrer au calendrier vaccinal de l’enfant, est aussi mise sur la table.

La CNAM veut remettre de l’ordre dans le labyrinthe du suivi médical

L’autre grand axe du rapport est la transformation des parcours de soins. Aujourd’hui, « les patients atteints de pathologies chroniques ont des suivis très heurtés », a regretté Marguerite Cazeneuve. Le rapport souligne par exemple que 40 % des patients diabétiques n’ont pas de dépistage annuel de la maladie rénale chronique, alors qu’ils y sont particulièrement exposés.

La CNAM veut structurer davantage l’offre, notamment en valorisant le rôle des infirmiers de coordination, en liant la rémunération des hôpitaux au suivi post-hospitalisation et en améliorant la planification à long terme des professionnels de santé (infirmiers, cardiologues, assistants médicaux…).

Elle cible aussi les inégalités d’accès aux soins, avec des dépassements d’honoraires qui représentent 4,5 milliards d’euros et 75 % des spécialistes installés en secteur 2. Une mission parlementaire a été lancée, mais l’Assurance maladie plaide pour une régulation ferme, y compris sur les activités non conventionnées comme la médecine esthétique.

Chirurgie ambulatoire et santé mentale : les dernières priorités affichées

En matière hospitalière, la CNAM appelle à respecter les seuils réglementaires de chirurgie, à lancer une nouvelle vague de développement de la chirurgie ambulatoire (objectif 80 % des actes), et à réserver les plateaux techniques aux soins aigus de qualité. Les soins post-opératoires pourraient être recentrés sur des structures de proximité.

Enfin, la santé mentale, déjà fragilisée, est en alerte rouge. Le rapport évoque une explosion de la consommation de psychotropes chez les adolescents, surtout les jeunes filles. Pour y répondre, la CNAM veut multiplier par cinq le nombre de secouristes en santé mentale, renforcer les équipes psychiatriques, généraliser la télé-expertise, et élargir l’accès au dispositif « Mon soutien psy » aux troubles sévères.

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