Jurisprudence estivale et représentativité syndicale

Cet article a été initialement publié sur le site de la CFDT

La Cour de cassation est venue apporter, au cœur de l’été, plusieurs précisions concernant la représentativité syndicale, notamment quant à la désignation du représentant syndical au comité d’établissement et du représentant syndical de section, par deux arrêts du même jour. (Cass. soc., 08 juill., n° 14-60726 et 14-60691). 

 

Désignation du représentant syndical au comité d’établissement et condition de représentativité

Depuis la loi du 5 mars 2014, le législateur est (fort opportunément) revenu sur les conditions de désignation du représentant syndical au comité d’entreprise (RS au CE), remettant de la cohérence avec l’esprit de la position commune de 2008 signée par la CFDT. 

La loi du 20 août 2008 prévoyait jusqu’alors que dans les entreprises de plus de 300 salariés, seules les organisations disposant de 2 élus au CE puissent désigner des RS. Excluant les organisations syndicales représentatives de cette possibilité si elle ne justifiait pas de cette condition des deux élus. 

Conformément aux demandes de la CFDT, le législateur a fait évoluer ce point en 2014 et a réservé aux organisations représentatives le droit d’avoir un RS au CE, peu important le nombre d’élus. 

Plus d’un an après cette évolution législative, la Cour de cassation est venue faire application de la règle au cas spécifique des entreprises à établissement multiples. 

La question qui s’est posée était de savoir si la condition de représentativité, permettant de désigner un RS au niveau d’un comité d’établissement, devait être remplie au niveau de l’entreprise ou au niveau de l’établissement. 

En l’espèce, le syndicat SUD représentatif au niveau de l’entreprise RATP a voulu désigner un RS au niveau d’un des comités d’établissement, sans pour autant satisfaire à l’exigence des 10 % d’audience dans l’établissement en question. Une interprétation qui ressuscitait une forme de représentativité descendante, contraire à l’esprit de la représentativité syndicale, mesurée au plus près des salariés. 

La Haute juridiction a donc réaffirmé la règle : « Seules peuvent désigner un représentant syndical au comité d’entreprise ou d’établissement, les organisations syndicales qui ont recueilli, dans le périmètre de ce comité, au moins 10 % des suffrages exprimés lors des dernières élections professionnelles ». 

À noter qu’il s’agit là d’un retour à l’interprétation de la Cour de cassation antérieure à la Loi du 20 août 2008 qui imposait que pour pouvoir désigner un RS au comité d’établissement, le syndicat devait établir sa représentativité dans l’établissement en cause. 

 

Désignation d’un RSS et conditions d’effectif

Autre précision apportée le même jour en matière de représentation syndicale : les conditions d’effectif requises pour la désignation d’un représentant syndical de section (RSS dont la désignation est réservée aux organisations non représentatives dans les entreprises de plus de 50 salariés). 

Dans cette affaire, l’union des syndicats anti-précarité revendiquait la possibilité de désigner un RSS dans une entreprise qui avait dépassé la barre des 50 salariés. 

L’employeur a contesté ces désignations, au motif que le critère de l’effectif n’était pas rempli, puisque le seuil des 50 salariés n’avait pas été atteint sur une période de 12 mois, consécutifs ou non, au cours des trois années précédentes. À noter que cette condition d’effectif (durant 12 mois sur les trois dernières années) est expressément prévue pour la désignation des délégués syndicaux (art. L. 2143- 3 du Code du travail) mais pas concernant les RSS pour qui le code dispose uniquement que « Chaque syndicat qui constitue une section syndicale au sein de l’entreprise ou de l’établissement d’au moins cinquante salariés peut, s’il n’est pas représentatif, désigner un représentant de la section » 

Le syndicat a donc cru pouvoir interpréter cette absence de précision de manière extensive, autorisant la désignation des RSS dans des conditions plus aisées que pour le DS. Une interprétation qui, si elle peut sembler être plus favorable, revient à donner plus de possibilité de désignation aux syndicats non représentatifs qu’aux représentatifs. Ce qui est contraire à l’esprit de la réforme de 2008. 

La Cour de cassation ne l’a pas compris ainsi et a établi un parallèle strict entre les conditions d’effectif requises pour la désignation du DS et pour celle du RSS « les conditions de l’article L. 2143-3 relatives à la durée et à la période pendant lesquelles ce seuil doit être atteint s’appliquent également pour la désignation d’un représentant de section syndicale ». 

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmark Close
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

MECSS 2026 : la FNIM parle du poids des normes prudentielles sur les mutuelles

Lancer la vidéo

Les députés rejettent le PLFSS 2027 en première lecture

Lancer la vidéo

MECSS 2026 : la DGAFP évoque le cas "Alan" dans la fonction publique

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #6 : focus sur l'avenant santé n° 9 de la CCN Syntec

You May Also Like

La CCN des métiers de l’éducation ECLAT crée deux certificats complémentaires

Les partenaires sociaux de la CCN des métiers de l’éducation, culture, loisirs et animation agissant pour l’utilité sociale et environnementale, au service des territoires ECLAT (IDCC 1518) ont conclu deux accords de branche pour créer des certificats complémentaires. Tous datés du 18 juin 2026, les textes ont pour objet de créer les nouveaux certificats complémentaires :...

Les salaires évoluent dans les coopératives agricoles – fruits et légumes transformés et conserveries

Un avenant n°7 sur les salaires a été conclu dans la CCN unifiée des coopératives agricoles, unions de coopératives agricoles et SICA, de fleurs, fruits et légumes frais, transformés et conserveries, de teillage de lin-chanvre et de déshydratation (IDCC 7028). Daté du 2 juillet 2026, le texte concerne le secteur particulier des fruits et légumes transformés et conserveries. Il...

La CCN des coopératives agricoles et SICA fixent les salaires dans la filière fleurs-fruits-légumes-frais

La CCN unifiée des coopératives agricoles, unions de coopératives agricoles et SICA, de fleurs, fruits et légumes frais, transformés et conserveries, de teillage de lin-chanvre et de déshydratation (IDCC 7028) vient de publier un avenant salarial n°6 dédié à une filière bien précise. C’est le secteur particulier des fleurs, fruits, légumes frais et pommes de terre qui est...

Un accord de salaires paraît dans la CCN des caves coopératives vinicoles

Dans la convention collective nationale (CCN) des caves coopératives vinicoles et leurs unions (IDCC 7005), les partenaires sociaux ont conclu un avenant n°101 sur les salaires. Ce texte est daté du 16 juin 2026 et il modifie la grille des salaires minima conventionnels au 1er juin 2026, figurant au point 1, paragraphe 1 de l’annexe II de ladite convention collective ; ainsi que les...

Avis d’extension d’un avenant de prévoyance dans la branche des industries électriques et gazières

Le ministre du travail et des solidarités et le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique envisagent d’étendre, par avis publié le 28 octobre 2026, les dispositions de l’avenant conclu le 23 octobre 2026 relatif à la couverture de prévoyance complémentaire obligatoire pour les salariés statutaires, conclu dans le cadre de la convention collective de la branche professionnelle des...

Avis d’extension d’un accord conclu dans les industries électriques et gazières IEG

Le ministre du travail et des solidarités et le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique envisagent d’étendre, par avis publié le 28 octobre 2026, les dispositions de l’accord conclu le 23 octobre 2026 fixant la date de proclamation des résultats du premier tour des élections des représentants du personnel aux « Comité Social et Economique », conclu dans le cadre de la...