Fonds de pension : Roland Lescure relance un débat un peu lointain

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Invité à s’exprimer en clôture de la conférence annuelle d’Euronext, le premier groupement européen de marchés financiers, Roland Lescure, le ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique a plaidé en faveur de la création de fonds de pension en France.

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En s’exprimant sur ce sujet des fonds de pension, Roland Lescure a, certes, paru relancer un débat aujourd’hui un peu lointain.

Des fonds de pension pour « financer notre autonomie stratégique »

Le ministre de l’Economie ne l’ignore pas : le débat répartition contre capitalisation demeure sensible dans notre pays. « Je sais que c’est un gros mot en France » a-t-il ainsi reconnu au sujet des fonds de pension. Il n’en a pas moins réaffirmé son intérêt pour ce mode de financement des retraites, insistant sur le fait qu’il permet de constituer une épargne longue à même de financer l’investissement économique de manière autonome – des investissements américains notamment. « Nous devons nous assurer d’avoir des investisseurs de long terme qui puissent investir plus en France et en Europe. Et oui, les fonds de pension sont l’une des réponses à cela », a-t-il en effet estimé, poursuivant : « La plupart de l’argent venu des États-Unis en Europe vient en fait des fonds de pension américains, et il n’y a pas de raison pour que nous n’ayons pas les nôtres ». Il en va selon le ministre de notre capacité à « financer notre autonomie stratégique ».

Un débat ni tout à fait original…

Pour les acteurs et observateurs des enjeux liés à la retraite, cette prise de position de Roland Lescure a pu paraître décalée. D’une part parce que s’il est vrai que le financement capitalisé des pensions de retraite ne jouit pas en France de la réputation dont il jouit dans d’autres pays, notamment anglo-saxons, il ne peut toutefois pas non plus être décrit comme un « gros mot ». Rappelons ainsi que les fonctionnaires peuvent depuis longtemps s’appuyer sur la Préfon. Rappelons également que les salariés du secteur privé disposent eux aussi, depuis bien longtemps – depuis bien avant même la réforme Fillon de 2003 – de dispositifs d’épargne retraite dont le fonctionnement tend à se faire de plus en plus collectif. Dans les entreprises, mais également dans les conventions collectives – que l’on songe à l’agriculture, à la métallurgie ou, prochainement, aux bureaux d’études – leur diffusion est de plus en plus fréquente. Le mot est décidément de moins en moins gros.

… ni tout à fait opportun

Il n’en pose toutefois, dans l’état actuel des choses, des questions d’opportunité d’agenda. Il n’a d’abord échappé à personne qu’en matière de retraite, l’enjeu essentiel du moment – et des vingt ans à venir – consiste en la capacité de notre économie à financer les droits accumulés en répartition par les assurés sociaux. Les marges de manœuvre destinées à la capitalisation des actifs demeurent et devraient demeurer limitées. Il s’agit d’ailleurs de relativiser le problème que poserait, du point de vue du financement de l’investissement économique, son développement moins important en France qu’ailleurs : l’épargne, y compris longue – l’assurance-vie vole de record en record de collecte et d’encours – ne manque pas dans notre pays. On ajoutera enfin à ceci qu’étant donné l’état très dégradé de nos finances publiques et sociales, la perspective de la structuration et de l’essor de fonds de pension appelés à être généralisés n’est pas nécessairement la plus réaliste.

Le débat n’en reste pas moins intéressant à suivre.

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