Coronavirus : la situation est toujours tendue dans le transport routier

Cet article a été initialement publié sur le site du syndicat de salariés FO.

Lassées des promesses non suivies d’effets, trois organisations syndicales, dont FO, ont appelé les chauffeurs routiers qui se sentent insuffisamment protégés contre le coronavirus à exercer leur droit de retrait à partir du 30 mars. Ils appellent aussi à l’arrêt des transports non essentiels. 

Des bidons d’eau et du savon, voilà la seule protection qu’on donne aux chauffeurs routiers pour aller travailler, dénonce Patrick Clos, secrétaire général de la fédération FO des Transports et de la Logistique-UNCP. Si on veut que ça fonctionne, l’État doit réquisitionner les aires d’autoroutes, faire que toutes les stations-service et les aires de repos fonctionnent, qu’il fasse rouvrir les restos routiers. 

Avec les fédérations du transport CFTC et CFDT, il a appelé les chauffeurs à exercer individuellement leur droit de retrait à compter du 30 mars, en cas de manquements aux mesures de protection sanitaire contre le Covid 19. C’est difficile de quantifier combien ont exercé leur droit de retrait car ce n’estpas une grève, mais on sait que certains ne sont pas allés travailler , ajoute-t-il. 

Depuis l’annonce du confinement, le 16 mars, FO a fait remonter auprès du ministère des Transports les difficultés rencontrées par les salariés du secteur : manque de masques, de gel hydroalcoolique et de gants, sanitaires fermés ou non nettoyés sur les aires de repos, restauration à l’arrêt, pauses sur les bandes d’arrêt d’urgence, sans compter le mauvais accueil que leur réservent parfois les clients… Un décret du 19 mars prévoyait la réouverture des structures de repos, l’amélioration de l’accueil chez les clients, et l’accès à du gel ou un point d’eau avec savon dans le véhicule ou chez les clients. Mais ces mesures n’ont été ni homogènes, ni générales partout sur le territoire. 

 

1500 malades et 5 décès dans le secteur

C’est pourquoi FO Transports avait lancé un premier appel au droit de retrait le 20 mars. Après avoir obtenu une série d’engagements du gouvernement pour garantir la sécurité des chauffeurs pendant l’épidémie de coronavirus, notamment sur les restaurants, les parkings ou les sanitaires, la fédération avait levé son appel. Mais elle avait promis de rester vigilante sur la mise en application de ces annonces. 

Depuis, rien ne s’est passé ou presque à part l’ouverture des parkings, déplore Patrice Clos. Les sanitaires restent fermés ou quand ils sont ouverts, ils ne sont pas nettoyés. Les salariés n’ont toujours pas ou presque pas de protections sanitaires pour aller travailler.  

Les trois fédérations syndicales constatent dans un communiqué commun que même si des efforts ont pu être consentis, cela est bien maigre au regard des risques sanitaires et cela devient de plus en plus dangereux face à cette pandémie . Selon Patrice Clos, le secteur déplore désormais 1500 malades. Et un cinquième décès a malheureusement été annoncé le 29 mars. 

Les fédérations demandent également que l’activité s’arrête pour les secteurs non essentiels à la Nation. Sinon on aura un problème d’effectifs, poursuit le secrétaire général de FO Transports. Il y a 30% d’absentéisme dans la logistique, que ce soit pour garde d’enfant, arrêt maladie ou exercice du droit de retrait. 

Ni masques ni blouses pour le transport sanitaire 

Par ailleurs, les organisations syndicales demandent que les salariés du secteur sanitaire puissent bénéficier des mêmes protections que les pompiers oule Samu. « Ils font le même boulot, mais ils n’ont ni masques, ni blouse, ni charlotte », dénonce Patrice Clos. 

Dans la matinée du 30 mars, la ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne a assuré sur BFMTV que son ministère faisait « tout » pour améliorer les conditions de travail et le niveau de sécurité des chauffeurs avec notamment la réouverture des stations-service et des aires de repos. Elle a également annoncé la rédaction en cours d’un guide de bonnes pratiques pour les employeurs du secteur. 

Deux réunions téléphoniques étaient prévues le 30 mars en fin de journée entre les organisations syndicales et le ministère du Transport, la première concernant le transport sanitaire, la seconde les routiers. « J’espère que ça va aboutir, mais je n’y crois pas, poursuit Patrice Clos. Le gouvernement fait une bonne com’ mais dans les faits, ce n’est pas ça. » 

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