Budget 2019 : les retraités, cocus du quinquennat Macron

Entre autres orientations budgétaires annoncées hier dans la presse par le Premier ministre Edouard Philippe figure une mesure qui fait beaucoup parler d’elle : alors que l’inflation s’élève cette année à plus de 2 %, les pensions de retraite ne seront revalorisées que de 0,3 % au 1er septembre prochain. Un nouveau coup de massue pour les retraités, qui ont pourtant très majoritairement voté pour Emmanuel Macron l’an passé. 

Les retraités à l’amende

Quelques mois à peine après avoir dû se résoudre à une forte hausse de leur CSG, les retraités sont donc de nouveau mis à contribution par le Président de la République. En revalorisant les pensions de retraite à un taux très nettement inférieur à celui de l’inflation, il réalise en effet une importante économie budgétaire sur le dos du troisième âge. 

Interrogé par France Info, Christian Bourreau, le président de l’union française des retraités (UFR), a déploré cette information, fataliste : « Les pouvoirs publics veulent faire un effort en faveur des personnes qui travaillent, des actifs, et à partir de là ils regardent du côté des inactifs, à savoir les retraités. Et une nouvelle fois, on va ponctionner leur pouvoir d’achat. Ce n’est pas nouveau, c’est quelque chose de répétitif. » M. Bourreau a précisé que pour un retraité percevant une pension annuelle de 18 000 euros, la perte de pouvoir d’achat s’élève à 180 euros – ce qui représente, par exemple, une baguette de pain par jour sur la moitié de l’année. 

Un faible pouvoir de nuisance

Sans grande surprise, le représentant des retraités a affirmé que ces derniers seront très mécontents de subir une nouvelle attaque de la part du gouvernement : « environ 16 millions de Français ne seront pas satisfaits » a-t-il considéré, sans trop risquer de se tromper peut-on imaginer… 

Hélas pour M. Bourreau, les retraités ont tout de la proie facile pour un gouvernement en quête de fonds de tiroirs à racler. Il est vrai qu’ils n’ont qu’un pouvoir de nuisance fort réduit, comme il le reconnaît lui-même, amer : « On peut faire connaître notre point de vue, mais c’est sûr que nos modalités d’action sont limitées. On peut discuter, on peut parler, on peut rencontrer des personnes. Mais on ne va pas faire de manifestations ou bloquer les voies de la gare Montparnasse. » Il semble d’ailleurs avoir échappé à Christian Bourreau que même ceux qui peuvent bloquer la gare Montparnasse ont perdu leur bras-de-fer avec l’exécutif. 

Un électorat bien malmené

Si le constat d’impuissance du président de l’UFR est difficilement contestable, il n’en demeure pas moins que les retraités conservent du moins un pouvoir qui n’a pas encore été contesté aux citoyens français par l’Etablissement : le droit de vote. En l’occurrence, les élections européennes qui se tiendront l’an prochain pourraient être l’occasion d’un vote de défiance des retraités à l’égard de la majorité présidentielle. 

On relèvera ici que la stratégie du chef de l’Etat laisse pour le moins perplexe. Si l’on en croit les sondages d’opinion – voir par exemple ici – l’an passé au second tour de l’élection présidentiele, les Français de plus de 60 ans ont voté à plus de 70 % pour Emmanuel Macron. Autrement dit : depuis la fin de l’année dernière, le chef de l’Etat cogne fort sur l’un de ses principaux socles électoraux. Véritables cocus du débat du quinquennat Macron, les retraités vont-ils saluer le sort qui leur est réservé par l’éxecutif en remettant une pièce dans la machine ?  

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmark Close
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

PLFSS 2026 : Stéphanie Rist défend le principe de la taxe Ocam

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #3 : les enjeux de la rentrée de septembre 2025

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #4 : zoom sur les dernières grandes actus CCN santé/prévoyance

Lancer la vidéo

Piratage d'Almerys : Nathalie Goulet interroge Stéphanie Rist

You May Also Like
Lire plus

La taxe OCAM disparaît temporairement du PLFSS 2027

Les députés réunis en commission des affaires sociales ont adopté les amendements de suppression de la taxe sur les complémentaires santé prévue à l'article 12 du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 (PLFSS 2027). Cette suppression est évidemment temporaire et la taxe sera sans nul doute réinstaurée en séance publique. Ce qui est intéressant c'est de ...

Avis d’extension d’un accord territorial (Dordogne) conclu dans le cadre de la convention collective nationale de la métallurgie

Le ministre du travail et des solidarités, envisage d’étendre, par avis publié le 16 octobre 2026, les dispositions de l’accord territorial (Dordogne) 30 juin 2026 relatif à la détermination de la valeur de point pour le calcul de la prime d’ancienneté, à compter du 1er juillet 2026 conclu dans le cadre de la convention collective nationale de la métallurgie (...

Avis d’extension d’un avenant salarial dans la CCN de l’assainissement et de la maintenance industrielle

Le ministre du travail et des solidarités envisage d’étendre, par avis publié le 16 octobre 2026, les dispositions de l’avenant n° 46 du 15 septembre 2026 relatif à la réévaluation des salaires minima conventionnels au 1er octobre 2026, conclu dans le cadre de la convention collective nationale de l’assainissement et de la maintenance industrielle du 21 mai 2002 (déchets liquides ...