Métiers de l’assurance : les six tendances qui vont rebattre les compétences d’ici 2031

France Assureurs et son Observatoire de l’évolution des métiers de l’assurance (OEMA) publient leur nouveau baromètre prospectif pour les années 2026-2031. Cinq tendances de fond — intelligence artificielle, climat, vieillissement, digitalisation, géopolitique — vont redessiner l’emploi et les compétences du secteur. Tour d’horizon des grandes lignes à retenir.

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L’OEMA, association paritaire créée par France Assureur, tente d’anticiper les évolutions du secteur dans un horizon de 5 ans. Le baromètre décrypte l’effet potentiel des grandes tendances sur l’emploi, les métiers et les besoins de formation de l’assurance. Le document (entièrement disponible en fin d’article) s’articule en six parties, dont nous retenons ici l’essentiel.

Un marché florissant, mais déjà sous tension

Sur l’année 2025 le marché français reste le premier marché d’Europe pour l’assurance avec un chiffre d’affaires estimé à plus de 307 Md€ en 2025 (+9,6% sur un an), devant l’Allemagne (254 Md€) et l’Italie (182 Md€). L’assurance-vie et capitalisation progresse de 9,8%, la santé et prévoyance de 3,5%, et l’assurance de biens et de responsabilité de 7%.

La solvabilité reste aussi solide (taux de SCR proche de 240%) et l’emploi du secteur reste dynamique : plus de 162 300 salariés en 2025 (+0,6%), dont 6 sur 10 sont des femmes et 54% sont des cadres. On constate toutefois une ombre à ce tableau : le budget 2026 de la Sécurité sociale transfère 400 M€ de charges vers les complémentaires santé — un reste à charge que l’Unocam chiffre plutôt à 530 M€ en année pleine —, ce qui pèsera nécessairement sur la solvabilité et les tarifs des assureurs.

Le travail du secteur commence seulement à évoluer avec l’intelligence artificielle

L’adoption de l’IA reste modeste dans l’assurance mais progresse vite d’après le baromètre. Les grandes entreprises sont qualifiées d’adoptantes précoces et misent sur une innovation agressive (gouvernance dédiée, formation massive). De leur côté les ETI sont plutôt des suiveuses pragmatiques qui avancent par expérimentations prudentes.

Mais au-delà de l’automatisation des tâches, l’IA dite agentique promet d’orchestrer des processus entiers (souscription, lutte contre la fraude, conformité) et d’accélérer le cycle d’innovation au point de rendre certains outils obsolètes dans les années à venir. De nouveaux rôles dédiés à la maîtrise de l’IA émergent aussi (auditeur IA, curateur d’offres IA) et le rapport alerte sur 3 risques pour les jeunes qui arrivent sur le marché du travail de l’assurance :

  1. la perte des tâches d’apprentissage,
  2. le décrochage des compétences (moindre réflexion critique)
  3. le gel des recrutements juniors.

S’agissant de l’aspect des conditions de travail face à l’IA, le baromètre précise que la pression sur la productivité fait peser un risque de charge mentale, que les assureurs devront intégrer dans leur processus d’encadrement (on parle d’intégration by design).

Le climat : contrainte structurelle inévitable

Sur le volet des catastrophes climatiques le baromètre de l’OEMA précise que le risque n’est plus du tout périphérique. Face aux sinistres de masse, le secteur doit revoir son modèle assurantiel et accélérer sa transition vers la neutralité carbone. Cette voie devrait faire émerger des métiers dits verts.

Le document considère cependant que la décarbonation engagée est largement insuffisante au regard de l’accord de Paris et de l’objectif de neutralité en 2050. Il esquisse alors des pistes fortes, comme mesurer les émissions de CO2 des assurés et, dans certains cas, conditionner la couverture à la réduction de leur empreinte carbone.

S’agissant des ressources humaines, l’amplification des sinistres impose des équipes plus flexibles et renforcées pour absorber les pics post-catastrophe (gestionnaires de sinistres, experts), avec des aménagements d’horaires et de télétravail.

Le vieillissement démographique est un enjeu central des prochaines années

La baisse de la natalité et l’allongement de l’espérance de vie transforment les risques auxquels les assureurs font face. Ceux-ci devront s’adapter en adoptant une approche plus globale, intégrant assurance-vie, santé et dépendance (on pense notamment à l’aide aux aidants qui frémit de plus en plus) et passer d’une logique de risques simples à des risques complexes.

L’enjeu est double. Sur le volet des collaborateurs de l’assurance, le vieillissement appelle la bonne transmission de l’expertise sur les produits de longue durée (assurance-vie) et l’aménagement des postes seniors (ergonomie, télétravail, retraite progressive). Quant au volet des assurés, le baromètre pointe le développement de produits de dépendance et la création de postes dédiés à l’accompagnement des seniors, tout en alertant sur un risque d’inaccessibilité financière des mutuelles pour les seniors modestes. D’où la nécessité d’imaginer des offres inclusives et de programmes de prévention pour maîtriser les coûts.

La conformité et de la lutte contre la fraude accélérées par le numérique

Le baromètre consacre une partie entière à la numérisation du secteur de l’assurance qui s’accompagne d’avancées réglementaires majeures, à commencer par le DORA (résilience opérationnelle numérique) et le renforcement de la cybersécurité. Le millefeuille réglementaire est vécu comme une contrainte croissante par les professionnels mais la question de la conformité reste un atout d’image immédiat qui évite de lourdes sanctions.

Pour automatiser la mise en conformité et détecter la fraude, les assureurs s’appuient de plus en plus sur les RegTech (les technologies de la réglementation comme la vérification d’identité, des dispositifs de portefeuille numérique ou d’identité numérique). Il faut aussi s’attendre à ce que les métiers de la distribution et de la souscription subissent progressivement l’impact de cette numérisation et une organisation plus collaborative devra s’imposer pour mêler conformité, cybersécurité et lutte anti-fraude.

Les tensions géopolitiques : un nouveau risque à prendre en charge

Enfin le baromètre ne fait pas l’impasse sur la montée des conflits internationaux qui fait entrer le risque géopolitique dans le champ assurantiel. Les entreprises multinationales adoptent des mesures spécifiques de gestion de ces risques alors que les assureurs nationaux y sont, eux, moins directement exposés.

Le document identifie ainsi des besoins de couverture nouveaux : assurance des chaînes d’approvisionnement (ruptures d’activité, pénuries), risques politiques et assurance-crédit.

Retrouvez le baromètre complet ci-dessous :

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