Assurance-chômage: entre Macron et le MEDEF, c’est « qui t’a fait roi? qui t’a fait comte? »

La négociation sur l’assurance-chômage tourne au bras de fer entre le MEDEF et Macron, pour des raisons qui, selon nous, ne tiennent pas forcément debout. FO avait en effet formulé une proposition plutôt intelligente (on aimerait que ce syndicat en face autant sur les retraites…) qui aurait pu convenir à la CPME et à l’U2P. Mais une autre partie se joue, semble-t-il, entre le patronat et le pouvoir exécutif.

 

On ne pouvait pas éternellement remettre le sujet à plus tard. Après une trêve conclue de fait pendant le pic des Gilets Jaunes, doivent reprendre une négociation qui aurait initialement dû se terminer fin décembre. 

Macron dans les habits de l’ancien monde

Cette renégociation de la convention d’assurance chômage a vu Emmanuel Macron chaussé au galop les bottes de l’ancien monde. Dès septembre, l’exécutif avait fixé le cap à atteindre: plusieurs milliards d’économies sur le régime en échange d’un système de bonus-malus pour les contrats courts. L’objectif était de terminer l’ensemble fin décembre. 

Puis l’histoire en a décidé autrement. Les Gilets Jaunes ont bousculé le jeu. Et Emmanuel Macron s’est affaibli politiquement. 

Mongon commence par l’assurance-chômage

Pour comble de malheur, cette négociation sur l’assurance-chômage est la première que mène une équipe renouvelée du MEDEF. Entre Geoffroy Roux de Bézieux, dont la ligne n’est pas plus clairement perçue en interne que l’engouement pour son poste, et Hubert Mongon, délégué général de l’UIMM, et à ce titre relevant de la catégorie des managers plus que de celle des patrons, le jeu n’est pas facile à jouer. Ces deux-là ont des preuves à faire et des marques à prendre vis-à-vis de leurs adhérents. On sent bien que l’équipe patronale se donne beaucoup moins de liberté qu’elle ne le pourrait. 

Une proposition FO à retenir

Pour sortir de l’impasse ouverte par la dernière séance que le mouvement patronal avait quittée avec fracas, FO a proposé une solution qui aurait pu servir de base à une discussion intelligente. L’idée consistait à transposer le logique des accidents du travail à l’assurance-chômage. Elle repose sur une comparaison entre la part des salariés employés en contrats courts (CDD et intérim) dans une entreprise à une moyenne par secteur ou taille d’entreprise, appelée « taux pivot ». Ce système permet de pénaliser, secteur par secteur, les employeurs les plus éloignés (vers le bas) de la moyenne. Facialement, elle permettait de limiter les dégâts et de sortir par le haut de l’impasse qui commence à poindre. 

Bras de fer entre le MEDEF et Macron

Le MEDEF n’a pas voulu s’emparer de cette proposition et lui préfère une solution qui n’évoque pas le terme de bonus-malus, mais repose sur une prime de précarité étendue. C’est un chiffon rouge pour les syndicats. C’est surtout un début de bras de fer entre le MEDEF et un Macron affaibli. Roux de Bézieux contraint ainsi Macron à trancher dans le vif et à passer outre le refus patronal pour imposer par la loi ou le règlement la solution qu’il a choisi unilatéralement l’été dernier, lorsqu’il se croyait tout puissant. 

Six mois de Gilets Jaunes sont passés par là, et les patrons mettent Macron au pied du mur. Dans cette stratégie, les impondérables pèsent lourd. Roux de Bézieux n’oublie certainement pas que Macron avait ordonné que Jean-Dominique Sénard devienne président du MEDEF. Il n’oublie pas non plus l’ingratitude maladroite de Macron vis-à-vis de Pierre Gattaz, acteur très volontaire de l’élection de Macron, finalement bien mal récompensé. Qui t’a fait roi? qui t’a fait comte? 

On attend avec impatience les résultats du duel. 

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