Congrès de la CFDT : la modération, envers et contre tout

C’est cette semaine que se tient, à Rennes, le 49ème Congrès confédéral de la CFDT. Quelque 3000 militants sont attendus pour donner leur avis sur le bilan de la seconde mandature de Laurent Berger, le secrétaire général de l’organisation. S’il est acquis que M. Berger devrait se succéder à lui-même, il n’en demeure pas moins que son parti pris résolument modéré devrait faire l’objet d’un certain nombre de critiques. 

Une réélection acquise

Laurent Berger l’avait annoncé depuis plusieurs mois : il est candidat à sa propre succession à la tête de la CFDT. Dans cette configuration, aucune autre candidature au secrétariat général n’était envisageable. En pleine confiance, M. Berger, a ainsi déclaré, jeudi dernier, devant des journalistes de l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS) : « Je repars pour quatre ans et peut-être plus ». Avant même le début du congrès de Rennes, le patron de la CFDT annonçait ainsi qu’il allait se succéder à lui-même dans quatre ans. La CFDT est décidément un long fleuve tranquille. C’est d’ailleurs probablement cette tendance à la continuité qui a conduit Véronique Descacq, jusqu’alors numéro 2 de l’organisationt et parfois pressentie pour en prendre la tête, à préférer prendre le large – par le moyen, rappelons-le, d’un poste à la Caisse des Dépôts et Consignations. 

Le « réformisme » et lui seul

Sur le fond de son action, Laurent Berger entend bien défendre la méthode syndicale « réformiste », entendez : modérée. Toujours devant l’AJIS, il a en effet affirmé qu’il était partisan d’une « ligne qui prône le dialogue social et la démocratie sociale comme méthode de transformation ». Ceci étant dit, afin sans doute d’anticiper certaines des critiques qui pourraient lui être faites à propos de dispositions d’esprit trop conciliantes à l’égard du gouvernement ou du patronat, M. Berger a reconnu que la période était difficile. « On a une absence de patronat en terme d’interlocuteurs » et un gouvernement tenté de « jouer bloc contre bloc » déplore-t-il. S’estimant trop peu écouté notamment par le chef de l’Etat et le Premier ministre, Laurent Berger en est même venu à leur dire qu’il considérait « qu’il y avait un problème de méthode, un profond mécontentement de la CFDT ».  

Des militants parfois plus perplexes

Ces expressions d’agacement et coups de menton de M. Berger expriment son désarroi d’être mis sur la touche par Emmanuel Macron. Ils lui permettent surtout de montrer à la base militante que la confédération n’est pas dans une attitude attentiste vis-à-vis des dirigeants de l’Etat. Il faut dire que certains adhérents et responsables de la CFDT semblent s’inquiéter des méthodes de travail de leurs dirigeants confédéraux. Est-il nécessaire de rappeler qu’en octobre dernier, en plein débat sur les ordonnances Travail, à l’occasion d’un rassemblement de 10 000 représentants de la CFDT, Laurent Berger avait été quelque peu chahuté du fait de ses positions conciliantes à l’égard du gouvernement ? Depuis, le gouvernement a muliplié les fronts sociaux et, pour certains militants cédétistes – comme ici dans Marianne les postures modérées du national ne passent pas toujours bien en interne. 

Une méthode qui fait ses preuves

Qu’elles soient largement partagées ou non par les militants cédétistes, les critiques formulées en interne à l’encontre des méthodes de Laurent Berger ne renvoie pas, en tout cas, à une opposition structurée aux orientations confédérales. Le secrétaire général de la CFDT tient indiscutablement son organisation. En outre, le parti pris modéré des dirigeants de la CFDT qui se succèdent depuis maintenant trente ans ont finalement permis à la centrale de passer devant la CGT pour ce qui concerne la représentativité chez les salariés du privé. Un mouvement similaire n’est pas à exclure dans la fonction publique – les résultats de la représentativité syndicale y seront connus à la fin de l’année. 

Une telle progression de la représentativité cédétiste et une telle stabilité interne peuvent-elles être pérennisées dans une configuration où plus grand monde, au gouvernement et dans le patronat, ne veut négocier grand chose avec la CFDT ? Laurent Berger devra convaincre sa base que « oui ». 

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