Retraites : que « tout » puisse changer pour que rien ne change ?

C’est aujourd’hui, qu’instruits du dernier rapport de la Cour des Comptes sur les perspectives financières des régimes de retraite, les partenaires sociaux entament une négociation présentée comme étroitement paritaire sur l’enjeu des retraites.

retraite retraites

La multiplication des thèmes potentiels de discussion des partenaires sociaux ne facilite pas la lisibilité de cette négociation sur l’avenir des retraites.

La question originelle de l’âge de la retraite

A l’origine, si le Premier ministre François Bayrou a lancé, au début de l’année, l’idée de la mise en place d’une négociation paritaire, initialement nommée « conclave », sur les retraites, c’était afin de permettre aux partenaires sociaux de discuter d’ajustements de la dernière réforme mise en œuvre dans ce domaine par l’exécutif macroniste, qui s’était essentiellement traduite par un recul à 64 ans de l’âge légal de la retraite. Dans la mesure où il s’agissait alors pour Matignon de s’assurer du fait que la gauche modérée ne le censurerait pas à l’Assemblée Nationale en vue du vote des textes budgétaires, il paraissait entendu, du point de vue notamment des syndicats, que la question de l’âge de la retraite devait être au centre des débats paritaires. En se contentant de dire que « tout » pouvait être mis en débat, le chef du gouvernement accréditait d’ailleurs l’hypothèse selon laquelle la réforme de 2023 pouvait faire l’objet d’amendements plus ou moins substantiels s’agissant de sa mesure phare.

Le retour du vieux débat répartition/capitalisation

Au fil des semaines, cette grande latitude accordée aux partenaires sociaux par le Premier ministre a fini par donner à certains des idées quant au périmètre des discussions. Si « tout » peut être en débat, pourquoi ne pas tout remettre vraiment en débat ? Ainsi a-t-on commencé à entendre parler, y compris dans des déclarations de représentants politiques et paritaires de premier plan, de l’éventualité d’un financement des retraites par le recours à la capitalisation. Si les arguments principaux des défenseurs de la « capi » n’ont guère évolué par rapport à ceux qui étaient mis en exergue durant la décennie 1990, qui fut la décennie du vrai débat répartition contre capitalisation – l’épargne personnelle doit prendre le relais d’un système en répartition voué à l’échec du fait de la pyramide démographique et l’épargne collective ainsi collectée va financer l’investissement et donc la croissance – la situation financière et sociale de la France de 2025 n’a plus rien à voir avec celle de la France de cette époque, n’apparaissant pas immédiatement compatible avec le retour de ce débat.

Les partenaires sociaux aux commandes de la politique des retraites ?

Dans la foulée de l’engagement, nonobstant son caractère pas vraiment approprié, de ce débat répartition contre capitalisation, un autre, tout aussi curieux, a émergé. On a pu entendre, ici ou là, des déclarations de responsables politiques plaidant en faveur d’une prise de contrôle de la politique des retraites par les partenaires sociaux. « L’avenir des retraites, c’est une gestion par les partenaires sociaux, et non plus par l’Etat » a par exemple déclaré le Premier ministre à ce sujet. S’inscrivant à rebours de la logique à la fois institutionnelle – c’est l’Etat qui a toujours défini les principaux paramètres des grands régimes de retraite de base – et sociale – les réformes des retraites menées depuis les années 1990 ont, entre autres, visé à adosser l’ensemble des régimes sur celui des salariés du secteur privé, accroissant le caractère global de l’enjeu des retraites – de la politique des retraites en France, ces prises de position en faveur d’un effacement de l’Etat au profit des partenaires sociaux n’exprimaient pas une orientation éventuelle de réforme aisément compréhensible.

Une négociation « retraites » à la finalité incertaine

Ainsi donc, en quelques semaines, la négociation sur l’avenir des retraites a vu son périmètre s’élargir considérant, passant de la question de l’âge légal de départ à une remise en cause bien plus générale des principales modalités de structuration et de fonctionnement de cette politique sociale. Les partenaires sociaux ont trois mois pour s’emparer des différents thèmes évoqués précédemment – étant entendu qu’ils peuvent même, s’ils en viennent à le souhaiter, s’embarquer dans d’autres discussions encore. Afin de leur permettre de travailler sereinement le gouvernement a promis qu’il les laisserait entièrement libres dans leurs échanges. Avec un programme de discussions aussi dense, il va effectivement le falloir. Certains mauvais esprits en viendront sans doute à penser que le gouvernement ne verrait peut-être pas d’un mauvais œil les partenaires sociaux s’engager dans des débats aussi multiples que potentiellement houleux. Quand « tout » peut changer, ne serait-ce pas, en réalité, la même chose que quand tout change : sur le fond, rien ne change.

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmarkClose
0 Shares:
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #5 : les 3 grandes actualités PSC du moment

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #7 : prévoyance Syntec et duo de jurisprudences

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #1 : le régime santé de la CCN Syntec

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #2 : Le point sur les catégories objectives dans les CCN

You May Also Like

2 exonérations de ticket modérateur vont disparaître

Un décret tout juste publié au Journal officiel prévoit la fin de l'exonération du ticket modérateur (TM) sur deux prestations précises. Premièrement, les patients en affection de longue durée (ALD) vont devoir assumer de payer le ticket modérateur sur les médicaments à service médical rendu faible. Ceux-ci ne sont remboursés qu'à 15% BRSS par la sécurité sociale, le TM de 85% BRSS sera donc généralement remboursé par la complémentaire santé. ...

Avis d’extension d’un avenant dans la conchyliculture et les cultures marines

La ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature envisage d’étendre, par avis publié le 17 avril 2026, les dispositions de l'avenant n° 50 du 13 janvier 2026 relatif à la grille des salaires, conclu dans le cadre de la convention collective nationale de la conchyliculture et des cultures marines du 19 octobre 2000 (...

Avis d’extension d’un avenant prévoyance à un accord dans la conchyliculture et les cultures marines

La ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature envisage d’étendre, par avis publié le 17 avril 2026, les dispositions de l'avenant n° 49 du 13 janvier 2026 à l'accord du 22 septembre 2003 relatif au régime de prévoyance, conclu dans le cadre de la convention collective nationale de la conchyliculture et des cultures marines du 19 octobre 2000 (...

Arrêté d’extension d’un avenant chez le personnel navigant d’exécution des transports maritimes

Le ministre du travail et des solidarités et la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, ont étendu, par arrêté du 16 mars 2026, publié le 17 avril 2026, les dispositions de l'avenant n° 4 relatif aux salaires minima, conclu dans la convention collective nationale des personnels navigants officiers des entreprises de transport et services maritimes du 19 novembre...

Avis d’extension d’un accord départemental (Loire) chez les OETAM du bâtiment 

Le ministre du travail et des solidarités envisage d’étendre, par avis publié le 17 avril 2026, les dispositions de l'accord départemental (Loire) du 15 janvier 2026 relatif aux idemnités de petits déplacements pour 2026, conclu dans le cadre des conventions collectives nationales des ouvriers employés par les entreprises du bâtiment visées et non visées par le décret du 1er mars 1962 (c’est-à-dire entreprises occupant jusqu’à dix et...