Retraites complémentaires: dernier remords avant passage à l’acte

Les partenaires sociaux devaient se retrouver ce vendredi pour signer le texte dont ils avaient négocié les contours le 16 octobre. A la surprise quasi-générale, le MEDEF a envoyé un texte de transposition de l’accord en indiquant qu’il faisait l’objet d’une ultime négociation. Cette façon de repasser les plats illustre bien les difficultés à expliquer le texte dans les organisations syndicales.  

CFDT et CGC en butte à des critiques internes

Les principales difficultés viennent des deux plus grandes centrales qui ont prévu de signer.  

A la CFDT, la contestation enfle. Laurent Berger est accusé de rejouer le même coup qu’en 2003, quand la confédération avait été seule à soutenir une réforme des retraites salutaires mais en rupture avec la douce euphorie française. Un secrétaire d’union départementale a écrit son malaise face à un texte qui revient à repousser l’âge de la retraite d’un an.  

A la CGC, la disparition programmée de l’AGIRC, la caisse créée par les cadres en 1947 en réaction à la création de la sécurité sociale, n’en finit pas de susciter des commentaires. Il faut maintenant expliquer pourquoi la confédération signe après avoir, durant de longs mois, annoncé qu’elle n’en ferait rien. La peu inspirée Carole Couvert avait même lancé un mouvement « coupez les cravates » pour protester contre le projet de fusion entre l’AGIRC et l’ARRCO.  

Le gouvernement a évidemment besoin de ces deux signataires pour sauver un accord indispensable à la maîtrise des dépenses publiques. Sans eux, tout serait à recommencer et c’est un cas de figure qui n’est pas envisageable. 

Des corrections à la marge?

La séance de vendredi pourrait donc donner lieu à quelques regrets et à quelques modifications du texte pour faciliter son adoption dans les organisations syndicales réformistes.  

L’ouverture est particulièrement importante pour la CGC qui tient un congrès l’an prochain. Carole Couvert souhaite sa propre réélection et son intérêt n’est pas de sortir de la négociation avec un boulet qu’elle devrait traîner devant des fédérations affamées. Or la métallurgie, qu’elle avait défaite lors du précédent congrès, a déjà exprimé son mécontentement face à un accord qui fait la part belle à la CFDT. 

La CFDT, paradoxalement, n’a guère à se plaindre du texte. Sa signature et l’opposition de FO lui ont permis de récupérer le régime des non-cadres (l’ARRCO) après avoir fait main basse sur l’AGIRC il y a quatre ans. Mais la prédation ne suffit pas à justifier les concessions lâchées au patronat lors de la séance du 16 octobre. Laurent Berger ne peut se permettre d’être en porte-à-faux complet avec son organisation.  

On peut donc imaginer que certains seront tentés d’arrondir les angles. 

Peut-on réformer les retraites en France?

La question sous-jacente à l’ensemble est évidemment de savoir s’il est possible de réformer les retraites en France. Dans la pratique, l’exercice de demain en dira long sur les pesanteurs que les partenaires sociaux impose aux réformes et à la remise en ordre du pays. Alors que le MEDEF a posé sur la table ses propositions depuis plusieurs mois, les organisations syndicales tournent autour du pot en arguant que les réserves financières ne sont pas épuisées et que tout cela laisse du temps pour agir. 

Dans la pratique, la longue tradition de louvoiement joue des tours à certaines organisations. La CFDT, en particulier, a beaucoup reproché au MEDEF, et singulièrement à sa tête de file Claude Tendil, d’avoir mené une négociation trop « cash », en annonçant d’emblée son intention de durcir les conditions de départ à la retraite pour ramener des liquidités dans le système.  

Faut-il réformer sans le dire? Cette opacité est volontiers cultivée par les confédérations signataires et les événements de demain permettront de savoir si c’est un bon choix.  

 

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