Représentativité syndicale : la stratégie perdante de Philippe Martinez

Hier, à l’occasion d’une réunion du haut conseil de dialogue social (HCDS), le ministère du Travail a présenté aux responsables des organisations syndicales patronales et salariales les résultats de la mesure de l’audience des organisations syndicales de salariés pour le cycle 2017 – 2020.

Il en ressort notamment que la stratégie mise en œuvre par le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, de reconquête de la place de première organisation syndicale française qui fut longtemps la sienne, est une stratégie perdante.

Le quinté dans le même ordre

Telle qu’elle a été annoncée hier aux partenaires sociaux, l’audience syndicale mesurée sur la base des choix formulés lors d’élections professionnelles, entre 2017 et 2020, par quelque 5 400 000 salariés du secteur privé, présente un visage très semblable à celui qui avait été le sien en 2017. Au niveau national et interprofessionnel, ce sont toujours les cinq mêmes organisations qui dépassent le seuil fatidique des 8 % permettant de prétendre à la représentativité. Ces cinq organisations se classent par ailleurs dans le même ordre qu’en 2017. La CFDT est en première place avec 26,77 % (26,39 % en 2017) suivie de la CGT avec 22,96 % (24,85 %), puis de FO, qui atteint 15,24 % (15,6 %). La CFE-CGC tutoie les 12 %, contre 10,69 % en 2017 et la CFTC est stable à 9,5 %. Ainsi donc, au niveau le plus global, la représentativité syndicale des salariés français du privé a peu évolué au cours de la décennie passée.

Ces différents taux ne correspondent pas à la mesure définitive de la représentativité nationale et interprofessionnelle des organisations syndicales françaises de salariés. Comme le rappelle en effet le ministère du Travail, une phase de contrôle va débuter d’un certain nombre de caractéristiques desdites organisations – « respect des valeurs républicaines, indépendance, transparence financière, ancienneté de deux ans, influence, effectifs d’adhérents et cotisations » – afin de déterminer si elles peuvent prétendre à la représentativité nationale et interprofessionnelle d’une part et avec quel score d’autre part. « Le HCDS rendra au mois de juillet un avis » sur cette question précise le ministère. La représentativité syndicale par branche, pour sa part, ne sera connue qu’au second semestre prochain.

Les calculs complexes de Philippe Martinez

Outre la stabilité de notre quinté syndical, on retiendra d’abord de cette nouvelle mesure que son soutien à la réforme systémique des retraites n’a pas pénalisé la CFDT aux yeux des salariés du secteur privé – qui risquent pourtant fort d’y laisser quelques plumes. On retiendra également que la CFE-CGC connaît une progression notable de son audience, qui vient peut-être récompenser son savant mélange de réformisme paritaire et de posture critique vis-à-vis des grandes orientations de la politique sociale du gouvernement actuel. Enfin, on ne peut que constater que Philippe Martinez, qui dirige la CGT depuis 2015, n’a non seulement pas réussi à hisser de nouveau l’organisation sur la première place du podium syndical mais l’en a même bien plutôt nettement éloignée – puisqu’elle perd près de deux points d’audience.

Il faut, certes, reconnaître que, ces dernières années, le patron de la CGT n’a pas ménagé ses efforts pour battre le pavé dès que l’occasion lui en était donnée. La mobilisation contre la réforme des retraites a, notamment, été un moment social fort pour la CGT. Hélas pour Philippe Martinez, force est de constater que le petit peuple laborieux de France, cœur de cible cégétiste, ne se contente plus de ce que Montreuil hurle dans les mégaphones pour effectuer ses choix électoraux. Désormais coutumier des trahisons diverses de la part des forces politiques et syndicales « de gauche », il lui en faut un peu plus pour se prononcer. Or, il est vrai que sur le fond de ses convictions, Philippe Martinez donne plus le sentiment d’apprécier l’odeur de la moraline qui dégouline des cénacles élitistes du militantisme sociétal actuel – voir la participation de la CGT au collectif « Plus jamais ça » – que celle de la sueur, du sang et des larmes du prolétaire moyen – on se souvient de la manière dont Philippe Martinez a dépeint les « gilets jaunes » en fascistes plus ou moins conscients. Tout ceci se paie nécessairement.

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