Refus de soins : les plateformes de rendez-vous médicaux taclées par le Défenseur des droits

Les plateformes de rendez-vous médicaux en ligne vont devoir sévir auprès de leurs clients : les médecins. Ceux-ci indiquent parfois qu’ils refusent les patients qui bénéficient de la CMU-c (couverture maladie universelle complémentaire), de l’ACS (aide à l’acquisition d’une complémentaire santé) ou de l’AME (aide médicale d’Etat). Le Défenseur des droits vient de les rappeler à l’ordre dans deux décisions.

refus de soins 

Les plateformes de prise de rendez-vous chez le médecin comme Doctolib ou Allodocteur sont nécessairement visées par ces décisions. Rendues le 22 novembre 2018 et tout juste publiées, elles rappellent que ces plateformes ne doivent pas laisser apparaître des mentions discriminatoires exprimant directement le refus de soins. C’est donc à ces plateformes qu’il revient de vérifier que les médecins ne refusent pas de soigner certains patients. 

 

Les plateformes ont 6 mois pour supprimer les refus de soins des médecins inscrits

A la lecture des deux décisions (ici et ici), le Défenseur des droits rappelle d’abord que les médecins n’ont pas le droit d’avoir une pratique discriminatoire : les « refus de soins en raison de la CMU-c, de l’ACS et de l’AME sont expressément interdits par le code de la santé publique ». En principe, les professionnels de santé ont donc interdiction de refuser de soigner des personnes sous prétexte qu’elles bénéficient de l’un de ces dispositifs. Pourtant, c’est parfois ce qui est clairement affiché sur les plateformes de prise de rendez-vous. 

Plusieurs exemples sont donnés, tels que « les bénéficiaires de la CMU ne sont pas acceptés au cabinet », ou « Les AME ne sont pas acceptés » ou encore « bénéficiaires CMU : pas de rendez-vous (le docteur n’a pas le lecteur de carte). Merci de prendre rendez-vous avec l’Hôpital ». Ces informations caractérisent un refus explicite de soins qui est interdit et qui ne doit, en aucun cas, se retrouver sur les plateformes de rendez-vous. 

Mais le Défenseur des droits va plus loin et met en avant certaines formules neutres en apparence mais qui, sans être des refus de soins, sont indirectement discriminatoires. Sont notamment visées les formules « apporter la lettre du médecin traitant pour les patients CMU » ou « des consultations au tarif Sécurité Sociale ou CMU sont prévues les mardis matin ». Le Défenseur des droits enjoint donc les plateformes à supprimer ces références directes et discriminatoires aux bénéficiaires de la CMU-c, de l’ACS et de l’AME. Les formules utilisées doivent rester neutres et ne pas faire référence à ces dispositifs spécifiques. 

Le Défenseur des droits affirme que les plateformes de rendez-vous sont responsables de ces refus de soins qui sont des discriminations : leurs responsabilités civiles et pénales peuvent être engagées. Il leur donne 6 mois pour rendre compte de leur adaptation à toutes les recommandations formulées. 

 

Les 12 recommandations aux plateformes de rendez-vous

Le Défenseur des droits formule 12 recommandations que devront suivre, dans les 6 mois, les plateformes de rendez-vous médicaux. 

On y retrouve l’obligation de respecter le principe de non-discrimination qui devra se caractériser par la suppression des refus de soins de toutes les plateformes. Dans le même temps, la procédure de création de profil par un professionnel de santé devra être adaptée pour ne pas qu’il puisse indiquer de mentions discriminatoire. Chaque plateforme devra aussi veiller à ce qu’aucune mention discriminatoire n’apparaisse dans les conditions d’abonnement du médecin. 

Dans le cas où un refus de soins serait tout de même mis en ligne, les plateformes doivent créer un mécanisme de signalement. A cet effet, les utilisateurs « patients » des plateformes doivent être directement informés de leur faculté de signaler de telles discriminations. 

Les plateformes sont alors invitées à contrôler drastiquement les profils des professionnels qui font l’objet d’un signalement : elles devront sanctionner les médecins récidivistes. Cela pourra aller jusqu’à la résiliation de l’abonnement. 

Pour faciliter la détection des médecins qui continuent à pratiquer le refus de soins, le Défenseur des droits recommande de mettre en place un algorithme qui recherche automatiquement les mots-clefs liés aux refus de soins. 

Pour aider les gens à être informés, une rubrique spécialement dédiée à l’interdiction des pratiques discriminatoires et au refus de soins devra être créée et visible par tous les utilisateurs (médecins comme patients). De plus, un lien visible sur la page d’accueil de chaque plateforme devra mener vers les « outils d’information relatifs aux refus de soins produits par le Défenseur des droits ». Les plateformes devront aussi avoir un rôle de pédagogie concernant la prise en charge du ticket modérateur et la dispense d’avance de frais en mettant des liens vers les pages dédiées à ces sujets en provenance des sites de l’Assurance maladie et du Fonds CMU-c. 

 

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmark Close
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #4 : zoom sur les dernières grandes actus CCN santé/prévoyance

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #10 : Le Triparator boosté à l'IA en bêta test

Lancer la vidéo

MECSS 2026 : le HCAAM parle Grande Sécu et prévoyance

Lancer la vidéo

MECSS 2026 : le HCAAM revient sur l'impact de la généralisation de la complémentaire santé

You May Also Like

L’Ircantec victime potentielle du piratage de ses données

Le site spécialisé FrenchBreaches alerte sur un potentiel piratage de l'Ircantec (le régime de retraite complémentaire des agents non titulaires de l'Etat et des collectivités publiques). Le cybercriminel qui revendique le piratage affirme détenir les données personnelles de plus de 450 000 personnes liées à l'organisme. ...

[MàJ] La surtaxe sur les OCAM à nouveau supprimée en séance publique

Article mis à jour le 23/10/2026 à 15h43 Après avoir été supprimée en commission, puis rétablie pour la séance publique à l'Assemblée, voilà que la surtaxe sur les organismes complémentaires d'assurance maladie (OCAM) est une fois de plus supprimée dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 (PLFSS 2027). Plusieurs amendements de suppression de l'article...

Avis d’extension d’un avenant à la CCN de l’industrie de la fabrication des ciments

Le ministre du travail et des solidarités envisage d’étendre, par avis publié le 23 octobre 2026, les dispositions de l’avenant du 20 septembre 2026 relatif à la négociation des dispositions relatives à la santé, la sécurité et les conditions de travail, conclu dans le cadre de la convention collective nationale de l’industrie de la fabrication des ciments (...

Avis d’extension d’un avenant de prévoyance et frais de santé dans la CCN de la pharmacie d’officine

Le ministre du travail et des solidarités envisage d’étendre, par avis publié le 23 octobre 2026, les dispositions de l’avenant du 7 septembre 2026 relatif aux régimes de prévoyance et régimes de frais de soins de santé, conclu dans le cadre de la convention collective nationale de la pharmacie d’officine du 3 décembre 1997 (IDCC 1996). ...