Réforme des retraites : la concertation dans la confusion

C’est aujourd’hui que le gouvernement inaugure la seconde séquence de « concertation » sur la réforme des retraites, qui est censée se fonder sur les préconisations formulées par Jean-Paul Delevoye – nouveau ministre délégué auprès d’Agnès Buzyn, la ministre des Solidarités et de la Santé, chargé spécifiquement de la réforme des retraites.

 

Alors que ce chantier est fondamental, cette nouvelle concertation s’engage dans une grande confusion. 

Questions de méthode

Les responsables des organisations patronales et salariales sont donc reçus aujourd’hui et demain à Matignon, par le Premier ministre Edouard Philippe, en vue de lancer la seconde séquence de concertation sur la réforme des retraites. Durant ces deux jours, leurs échanges devraient essentiellement concerner la méthode que le gouvernement entend mettre en oeuvre afin de mener cette réforme à bien. 

Il se pourrait ainsi que le Premier ministre précise à quel moment il entend présenter un premier projet de réforme et quel calendrier exact il entend mettre en oeuvre. Les échanges devraient également permettre aux partenaires sociaux d’en savoir un peu plus sur la place qui leur sera accordée dans le cadre de l’élaboration de la réforme. Enfin, ils devraient conduire à aborder la manière dont sera organisée la – fameuse… – « consultation citoyenne » sur les retraites. 

La réforme des retraites dans le flou

Abordant cette nouvelle concertation de longue durée avec les partenaires sociaux, l’exécutif ne donne pas tout à fait le sentiment de pleinement maîtriser son sujet. Depuis la fin du mois d’août, les dirigeants de l’Etat concernés par ce dossier ont multiplié les déclarations contradictoires ou entretenu une incertitude certaine à propos de divers éléments fondamentaux de la réforme. 

Tout d’abord, et puisqu’il sera question de méthode de la réforme aujourd’hui et demain, dans ce domaine, l’exécutif ne semble toujours pas savoir combien de temps doit durer la concertation : environ « un an » comme l’a déclaré Gérald Darmanin la semaine dernière, ou « quelques mois » comme l’a assuré Agnès Buzyn hier au micro de France Info ? La question peut paraître secondaire mais, justement, le fait qu’elle ne soit toujours pas définitivement tranchée en dit long sur la fébrilité gouvernementale. 

Concernant ensuite le fond des choses, la question du moment du départ à la retraite au taux plein continue de nourrir bien des interrogations. Après que le Président de la République a affirmé que ce moment pourrait être défini non pas en référence à un âge pivot – proposé par le rapport Delevoye à 64 ans – mais à une durée de cotisation, Agnès Buzyn a réaffirmé que l’hypothèse de l’âge pivot était toujours « sur la table ». En lien avec cette question, il apparaît d’ailleurs que l’exécutif n’est pas non plus fixé au sujet du caractère financier ou non de la réforme des retraites.  

Le gouvernement attendu au tournant

Dans cette configuration, les représentants des salariés du privé et du public, mais également ceux des professions libérales et du patronat, attendent évidemment le gouvernement au tournant. Du côté des organisations salariales, l’heure est soit à la mobilisation – pour la CGT le 24 septembre et pour FO le 21 septembre – soit à la méfiance – la CFDT, en particulier, affirme qu’elle refusera catégoriquement une réforme des retraites qui viserait à réaliser des économies budgétaires. 

Du côté des représentants des professions libérales, le ton se fait également de plus en plus menaçant. Réunis hier, les dirigeants de l’union nationale des professions libérales (UNAPL) se sont vivement opposés aux principales conclusions de M. Delevoye les concernant – intégration poussée au régime universel, prise de contrôle étatique des 27 milliards d’euros de réserves des régimes actuels des professions libérales, recouvrement des cotisations par l’URSSAF, notamment. Surtout, ils ont promis d’organiser une « mobilisation nationale de grande ampleur » si leurs inquiétudes et revendications devaient ne pas être prises en compte par le gouvernement. 

Enfin, bien conscient que l’exécutif va se trouver tenté de multiplier les concessions afin de faire accepter l’essentiel de sa réforme, Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, a tenu, à l’occasion de l’université d’été de son organisation, à se montrer plus royaliste que le roi. Il a en effet réaffirmé non seulement qu’il fallait s’orienter vers la mise en place du régime universel en points mais qu’en outre, il ne soutiendrait la démarche gouvernementale qu’à la condition que la réforme des retraites s’accompagnât d’économies budgétaires substantielles. 

Entre ces trois positions, celle du gouvernement n’est pas tout à fait évidente et on comprend dès lors mieux la confusion qui préside au lancement de la seconde phase de concertation sur la réforme des retraites. 

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