Réforme des retraites : FO prend acte de la disparition annoncée de l’Agirc-Arrco

En présentant les grandes lignes du futur système universel de retraite, Jean-Paul Delevoye, le haut commissaire à la réforme des retraites, a plus ou moins implicitement laissé entendre que l’avenir de l’Agirc-Arrco n’apparaissait pas nécessairement évident. Pour Force Ouvrière, dont le rôle au coeur des arrangements institutionnels de la retraite a toujours été central, l’heure est, en réalité, très grave : le régime Agirc-Arrco va disparaître. 

Gloire à l’Agirc-Arrco !

Sous la plume de Philippe Pihet, le responsable du secteur retraites de FO, l’organisation rappelle tout d’abord les réussites des régimes complémentares de retraite des salariés du secteur privé. « Créés respectivement en 1947 et 1961, les régimes de retraite complémentaire pour les salariés du privé, cadres puis non cadres, ont incontestablement permis à l’immense majorité des retraités de passer de « retraités pauvres » à retraités », salue M. Pihet. Ceci s’est fait, ajoute-t-il, dans le cadre de régimes gérés en points et « en appui d’un régime de base, en annuité, par essence solidaire », qui ont permis « à chacune et chacun de trouver le « reflet » au plus juste de sa carrière tout en étant solidaire des plus modestes ». Distinction suprême : Philippe Pihet souligne qu’en 2015, la Cour des Comptes « elle-même » a loué la gestion paritaire « singulière » de l’Agirc-Arrco. 

Avec le temps va, tout s’en va…

Force est de le reconnaître : bien qu’il se défende de verser dans la « nostalgie », Philippe Pihet n’en déclame pas moins ce qui s’apparente fort à une oraison funèbre de l’Agirc-Arrco. Du point de FO, il ne fait en effet plus guère de doute que c’en est fini de la retraite paritaire. « La réforme annoncée vient tuer cette construction : le Haut-Commissaire a confirmé la création d’un « système universel public » dont le périmètre de cotisations (l’assiette) serait de trois plafonds de la sécurité sociale (PASS), soit environ 10 000 € bruts par mois. Pour les salariés, ces 3 PASS englobent 96% de la masse salariale, et ce système public indique clairement une dépossession de la gouvernance des paritaires au profit de l’État, sous quelque forme que ce soit » affirme en effet M. Pihet. FO, dont les engagements en matière de retraite sont sérieux, l’affirme donc officiellement : l’Agirc et l’Arrco sont en cours de liquidation. 

Vers une logique purement budgétaire

Au cas où certains en viendraient à espérer un surcroît de solidarité de l’étatisation totale de la retraite, Philippe Pihet les arrête tout net. « La réalité est beaucoup plus dure, elle s’appelle « loi de programmation des finances publiques », votée par la majorité parlementaire actuelle, qui impose des économies à la sphère sociale au service du budget de l’État, le 22 janvier 2018″. Autrement dit : étatisés, les régimes de retraite seront bien moins généreux qu’ils ne le sont actuellement. Sans pour autant, d’ailleurs, être mieux gérés, puisque, comme le dénonce FO, ils seront financés par du déficit et de la dette. Amer, comme il le dit lui-même, Philippe Pihet conclut : « Je regrette profondément cette volonté, basée sur des présupposés voire des visées comptables à long terme. Décidément, le temps politique n’est pas compatible avec le temps des interlocuteurs sociaux, et celui de l’intérêt général ». 

Quel avenir pour la protection sociale ?

La sortie de FO n’augure vraiment rien de bon quant à l’avenir de la protection sociale qui, jusqu’alors, n’était pas encore étatisée. Certes, la liquidation des institutions paritaires de protection pourrait bien, a priori, faire quelques heureux dans le privé : un appauvrissement général des régimes universels étatisés pourrait, après tout, permettre de développer des marchés nouveaux de protection sociale. Une analyse élémentaire de la configuration politico-administrative actuelle laisse pourtant penser que ce calcul est fort risqué. La progression du contrôle de l’Etat sur les activités de protection sociale ne concerne en effet pas uniquement les activités paritaires de protection sociale, comme le savent bien les opérateurs santé, prévoyance ou retraite supplémentaire. Ainsi, la chute des bastions paritaires a bien des chances de préparer, à moyen terme, une disparition de toute forme de protection sociale qui ne soit pas étroitement contrôlée par l’Etat. 

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