Philippe Hourcade (Dialogues) : « montée en puissance des contrats collectifs » et « mouvement syndical comme vivier de lobbyistes potentiels »

Suite à la parution d’un article relatif aux syndicalistes reconvertis dans l’assurance, M. Philippe Hourcade a demandé à pouvoir exprimer son avis dans nos colonnes.1) La loi Rebsamen comporte des dispositions sur les carrières syndicales. Quels sont, selon vous, les enjeux de ce sujet aujourd’hui?Dans une situation économique et sociale particulièrement complexe il est déterminant de mettre en place des dispositifs permettant d’accompagner les parcours militants et professionnels des syndicalistes. La loi Rebsamen n’y répond que trop partiellement en proposant un dispositif de VAE et un minimum de revalorisation des salaires qui ne concernent que les élus du personnel et ne répond pas au difficile retour à l’emploi des militants placés momentanément en situation de détachement. Si l’on veut considérer l’engagement syndical comme un moment de la vie professionnelle, c’est bien en s’attachant à la formation, aux évolutions de carrières et à de vraies perspectives de reclassement que nous pourrons susciter des vocations.2) Dans quelles conditions avez-vous été amené à rejoindre le milieu mutualiste après votre passage à la CGT ? Quels liens voyez-vous entre vos engagements syndicaux passés et votre carrière actuelle ?Ayant exercé des responsabilités de secrétaire général de la fédération CGT des organismes sociaux pendant 13 ans, il m’est apparu naturel de permettre l’arrivée aux commandes de nouvelles générations et d’envisager un retour à la vie « active ». Nous étions alors en 2002, bien loin de l’agitation actuelle provoquée par la généralisation de la complémentaire santé. Ne pouvant réintégrer mon poste d’origine au sein du régime général à Bordeaux pour des raisons familiales, je me suis naturellement tourné vers le monde de l’économie sociale qui partage certaines valeurs avec le mouvement syndical. J’ai ainsi répondu à une sollicitation du directeur général de la Mutualité Française qui m’a proposé un poste de chargé de missions à ses côtés. Il s’est donc agit d’une véritable reconversion professionnelle de 12 années, au cours desquelles j’ai participé à la création de l’UNPMF puis de MUTEX à des fonctions au départ sans relation avec le mouvement syndical.Ainsi, contrairement à ce que vous avez insinué dans votre article, il ne s’agissait pas de soudainement tourner la page du service public pour aller le concurrencer dans le privé, la mutualité française se considérant comme un partenaire et un défenseur du régime général. C’est cette vision que je partage et que je m’emploie à défendre. Merci de me permettre de clarifier ce point, dans la mesure où contrairement à ce que pouvait laisser penser votre article, je n’ai jamais refusé de vous répondre n’ayant pas été contacté ! [Précision de la rédaction : la vie est parfois pleine de malentendus, et nous avons été surpris de ne pas pouvoir joindre Philippe Hourcade chez Mutex]3) Beaucoup d’assureurs recrutent des syndicalistes. Quel est l’intérêt, pour les organismes d’assurance, de s’attacher les services d’anciens syndicalistes ?Il est vrai que depuis quelques années, la montée en puissance des contrats collectifs amène de nombreux acteurs à considérer le mouvement syndical comme un vivier de lobbyistes potentiels. Si cela pouvait paraître évident il y a quelques années, je pense que la donne a changé parce que la professionnalisation des négociateurs les amène fort heureusement à considérer la qualité de l’offre, des services associés et le caractère lucratif ou non de l’assureur plus que les origines syndicales de son représentant. Cela est encore plus vrai alors que les clauses de désignations ont laissé place à des dispositifs de recommandation qui voient les branches souhaiter que plusieurs opérateurs travaillent en commun au service d’une branche. Toutefois je ne nie pas les interférences qui peuvent subsister ici ou là y compris dans les milieux patronaux alors que de nombreux dirigeants occupent des fonctions clés au sein de nombreuses institutions. Force est de constater que le décret sur la transparence dans les appels d’offre n’apporte pas de réponse satisfaisante sur ces questions.4) Considérez-vous que ce type de reconversions comporte des risques pour l’intégrité du mouvement syndical ?C’est au mouvement syndical que la question doit être posée. Par contre, et cela renvoie à votre première question sur les parcours des militants syndicaux, en particulier ceux issus du secteur privé ayant occupé des fonctions permanentes et exposées auxquels objectivement peu de perspectives de reconversion sont offertes.

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